Introduction à l’historique du conflit israélo-palestinien

ABP - 4 octobre 2008
samedi 26 décembre 2009
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Note sur les photos * [1]

Nous nous retrouvons ce froid matin d’octobre dans les locaux du CNCD, où se trouve le siège de l’ABP (Association belgo-Palestinienne) pour en apprendre un peu plus sur le conflit israélo-palestinien et la vie quotidienne dans les Territoires Occupés. Nous y attendent Marianne Blume, Henri Wajnblum et Nadia Farkh.


Marianne Blume est née en Belgique en 1951. A l’origine, elle est professeur de langues anciennes. En 1995, elle part comme coopérante pour Gaza, où elle enseigne le français pendant dix ans à l’université Al-Azhar. Marianne a publié un livre témoignage sur la vie quotidienne là-bas, Gaza dans mes yeux : "Née dans une famille de militants communistes et de résistants, j’ai depuis l’enfance été habituée à ne pas me contenter de regarder le monde en spectateur", écrit-elle dans son introduction. Elle est membre de l’ABP et collabore régulièrement à la rédaction du Bulletin de l’Association. Elle a publié de nombreux témoignages et analyses sur la situation en Palestine, donne régulièrement des interviews, des conférences et des formations, participe à des tables-rondes et des débats sur la Palestine, Gaza, le conflit israélo-palestinien.

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Au travers du regard de Marianne Blume se dévoile une Palestine fort éloignée des images habituelles et convenues. "Gaza dans mes yeux" dépeint la Bande de Gaza de l’intérieur. L’auteure y a travaillé dix ans (dont cinq d’Intifada),raconte son vécu quotidien et témoigne de l’extraordinaire vitalité des Palestiniens de Gaza. Loin des clichés véhiculés par les médias : elle parle d’ordre et de désordre, de vie et de mort, d’occupation et de résistance mais aussi d’enseignement et de théâtre, de jeunesse et d’espoir, d’humour et d’amitié.

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Vu son expérience (10 ans à Gaza) et sa capacité à comprendre/expliquer les choses « de l’intérieur », Mariane Blume a été contactée et chargée par la Communauté Française d’animer les rencontres organisées à l’occasion du festival Masarat (Halles de Schaerbeek sept 2008). C’est dans ces circonstances que nous avons fait sa connaissance et lui avons demandé de nous accompagner dans la préparation de notre voyage.

Marianne Blume nous accueille et se propose de nous retracer les grandes lignes de l’historique du conflit israélo-palestinien. Il y a, dit-elle, une histoire double du « peuple juif » depuis le 19ème siècle : celle des Juifs de l’Empire Ottoman et celle des Juifs d’Europe, dont elle va nous parler maintenant : "Depuis longtemps, les Juifs d’Europe vivent dans des ghettos, sont victimes de pogroms et, pour échapper à tout cela, certains, dès le 19è siècle, commencent à imaginer la création d’un état à eux (pas spécialement Israël)."

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"Avant, précise Marianne, la Palestine n’était pas un pays, mais une province de l’Empire Ottoman, dont le territoire a été démembré après la 1ère guerre mondiale et que les vainqueurs de 14-18 se sont partagé en fonction de leurs intérêts propres (pétrole, influence sur le Liban…), sans se demander quels peuples étaient installés où. La Société des Nations attribua alors le mandat sur la Palestine aux Anglais qui vont jouer un double et sale jeu en promettant à la fois un grand état indépendant aux Arabes et la création d’un foyer juif en Palestine aux Juifs (cf « La lettre de Balfour » 1917).

Dès le début, on sait qu’il y a des gens sur place, (contrairement à la théorie sioniste « une terre sans peuple pour un peuple sans terre »), dont des Juifs (9% de la population globale au moment du Congrès de Bâle, 1897) qui vivent en harmonie avec les Arabes. Après la 1ère guerre mondiale, on assiste aux premières grandes migrations juives vers la Palestine, encouragées par la politique antisémite d’Hitler, arrivé au pouvoir en 1933. Ces premiers immigrants (considérés comme les premiers pionniers), sont des gens de gauche qui rêvent de collectivité, de partage et sont dans le mythe de la terre qu’il faut prendre et travailler…

Au début, en Galilée, à Haïfa et Tel-Aviv, les gens de l’endroit ne réagissent pas. Mais très vite, l’implantation juive se radicalise : les immigrants juifs ne veulent plus des Arabes qui travaillaient pour eux (travail juif exclusif), ou alors, ils les exploitent. Les Palestiniens sont peu à peu chassés des terres que les Juifs occupent désormais. Le contrat d’achat aux propriétaires palestiniens stipule que les terres doivent être vidées de leurs habitants (pour la plupart travailleurs agricoles), lesquels sont purement et simplement expulsés.

Peu à peu, dans l’agriculture ou l’industrie ou le commerce, les Juifs excluent les travailleurs arabes, ce qui provoque des grèves parmi les Palestiniens (dans les grands ports, pour commencer) puis, en 1936-1939, la Grande révolte du peuple palestinien menée à la fois contre l’autorité britannique et la colonisation sioniste : la bourgeoisie et la classe ouvrière palestinienne ont pleinement conscience de ce qu’on est en train de les spolier, et on assiste aux premiers attentats contre les Juifs.

La répression (par les Anglais) sera sanglante, le mouvement est ratiboisé, mais il est clair maintenant que la double promesse faite par les Anglais et la situation dans laquelle se trouve le pays nécessite une solution urgente.

Cette solution sera proposée (imposée) en 1947 par les Nations Unies qui (subissent des pressions et) décident d’un partage du territoire sans demander aux populations autochtones (= aux Palestiniens) ce qu’elles veulent. Les Juifs acceptent ce plan de partage (pour eux, c’est mieux que rien !), mais les Palestiniens et les Etats arabes voisins le refusent : il donne une majorité des terres (56%) à une minorité (32% de Juifs). De plus, le partage est curieux puisqu’il reste des Juifs dans le nouvel Etat arabe, et des Arabes dans le nouvel Etat juif...

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Mais les forces juives d’avant la proclamation d’Israël ont pour objectif d’avoir un vrai Etat viable et vont commencer une guerre de prise de territoire. Elles ciblent la région côtière (zone de plaines, la plus riche au point de vue agricole, la plus intéressante aussi avec ses ports) et les troupes juives se lancent dans une occupation/invasion brutale et continuent (car ils le faisaient déjà avant le partage décidé par l’ONU) de chasser les Palestiniens des villages qui seront détruits. Ces populations n’ont d’autre choix que de se réfugier sur les terres de Palestine restées « arabes », ou en Syrie, au Liban… Mais tous sont partis avec l’idée de pouvoir revenir un jour chez eux : ils n’ont jamais imaginé être chassés pour toujours ; la preuve, ils sont partis avec la clé de leur maison (rouillée maintenant...)

L’Etat d’Israël va être proclamé en mai 1948 par Ben Gourion (= indépendance par rapport au mandat anglais). Le lendemain, les armées arabes (Egypte, Irak, Liban, Syrie…) entrent en Palestine. Mais, mal organisées et ayant des intérêts concurrents, elles sont déboutées par l’armée israélienne. Le conflit se solde par l’expulsion/la fuite de 750.000 Palestiniens et par la mainmise d’Israël sur 78% du territoire palestinien.

Après la guerre, ces réfugiés vont essayer de revenir sur leurs terres. Il y aura de nombreux drames lors du passage du Jourdain : ils se font tirer dessus par les Israéliens qui interdisent aux réfugiés de rentrer chez eux (malgré le vote de l’ONU qui leur reconnaît ce droit). S’ensuit une guéguerre de coups de force par les "fedayin" (= combattants) palestiniens, tandis qu’à l’intérieur, 500 autres villages Palestiniens sont démolis ou vidés. Les Israéliens utilisent les lois des « Présents-Absents » : ceux qui sont partis sont revenus clandestinement, donc ils sont officiellement toujours absents, donc leurs terres sont confisquées, et entrent dans le pot commun d’Israël.

Ce problème des réfugiés palestiniens est un des problèmes centraux du conflit, nous explique Marianne : de +/- 700.000 en 1948, ils sont aujourd’hui 3 Millions vivant à l’extérieur de la Palestine. Quant aux Palestiniens qui ne sont jamais partis, les « Arabes d’Israël », ils ne sont pas mieux lotis : ce sont des déplacés intérieurs, condamnés à vivre à certains endroits dans ce qui est devenu Israël, et non plus dans leur village, ville ou quartier d’origine.

Les Palestiniens vont petit à petit s’organiser : en 1964, l’OLP, Organisation de Libération de la Palestine est créé à Jérusalem-Est. Les autres pays arabes (La "Ligue Arabe") ne sont pas vraiment intéressés par la cause palestinienne, mais ils veillent à défendre leurs propres intérêts.

En juin 1967 débute la 3ème guerre israélo-arabe. On assiste à un nouvel exode de quelques 200.000 Palestiniens (la plupart déjà réfugiés de 1948). La carte ci-contre montre ce qu’il reste aux Palestiniens après cette guerre : 22% de la Palestine historique.

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En 1969, le Fatah et le Front démocratique de Libération de la Palestine (FDLP), se déclarent en faveur d’un « Etat palestinien démocrate et laïque » où Juifs, Chrétiens et Musulmans auraient les mêmes droits et devoirs. Mais en 1970, sous la pression américaine, le roi de Jordanie liquide les forces palestiniennes dans son pays : les fedayin fuient au Liban.

En 1975 débute la guerre civile au Liban : les fedayin palestiniens, aux côtés de Libanais « islamo-progressistes », s’opposent à la droite libanaise chrétienne (les "milices phalangistes") qui est soutenue par Israël, puis par la Syrie.

1977 voit la victoire électorale du "Likoud" (droite israélienne) : les expropriations continuent, la colonisation s’intensifie. Les Palestiniens sont maintenant sous occupation complète, ce qui signifie qu’en territoires occupés (en blanc sur la carte), la loi appliquée est la loi militaire (inspirée par les lois antiterroristes du mandat anglais) : ceux qui administrent les territoires occupés, ce sont les militaires qui décident de tout (santé, école…), ce qui va à l’encontre totale de ce qu’Israël dit d’elle même : elle est une « démocratie » …

Le gouvernement israélien annexe Jérusalem, «  capitale éternelle et indivisible du peuple israélien  ». La ville était divisée en deux parce que la Jordanie avait réussi à garder la vieille ville et ses environs ("Jérusalem-est") tandis que l’autre partie était devenue Israël. En 1980, Jérusalem-Est est officiellement annexée à l’Etat d’Israël.

En 1982, l’armée israélienne envahit le Liban : les forces de l’OLP en sont chassées et s’éparpillent dans divers pays arabes. Massacres des Palestiniens dans les camps de réfugiés de Sabra et Chatila. [2]

En Palestine, l’occupation est aussi économique : ni Gaza, ni la Cisjordanie ne sont développés. Les Israéliens ne permettent pas aux Palestiniens d’établir de nouvelles industries, de construire, de creuser des puits. Le taux de chômage est élevé puisqu’il n’y a rien à faire sur place. L’économie palestinienne est imbriquée dans l’économie israélienne : les travailleurs palestiniens vont travailler en Israël. Ils constituent une réserve de main d’œuvre à bon marché et à disposition. Et puis, Israël n’a plus voulu de ces travailleurs palestiniens : elle a fait venir des travailleurs des Philippines, du Sri Lanka (lesquels n’ont pas de statut décent, sont maltraités)".

Et Marianne rappelle que le droit international oblige tout état à s’occuper du bien-être de sa population. De même, il interdit de changer les dispositions intérieures, ce que fait Israël en toute impunité, alors qu’elle est une puissance occupante !

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Henri Wajnblum est le Président de l’ UPJB, l’Union des progressistes juifs de Belgique, association qui s’inscrit dans la tradition de défense des valeurs humanistes et universalistes, des droits civils et sociaux et des luttes contre toutes les formes d’injustice et de discrimination, et est résolument engagée dans la défense des valeurs démocratiques, ici et ailleurs, et dans la lutte contre tout ce qui pourrait les mettre en péril : apparition de nationalismes exacerbés, vecteurs de guerres, de discriminations diverses sur base ethnique, religieuse, politique ou philosophique ; montée du racisme, de la xénophobie et résurgence de l’antisémitisme ; exclusions sociales et citoyennes ; résurgence des thèses fascisantes ici et ailleurs ; négations des génocides des Arméniens, des Juifs, des Tsiganes ou des Tutsi du Rwanda.

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Fidèle à ces valeurs, l’UPJB rejette l’israélo-centrisme et le " patriotisme " pro-israélien de la plupart des institutions communautaires, que ce soit dans ses thèmes de réflexion, son public, son ancrage dans le monde associatif belge et bruxellois et, en particulier, ses actions sur l’interculturalité à Saint-Gilles.

"Les gouvernements israéliens s’étant de tout temps arrogé le droit de parler au nom de l’ensemble du peuple juif, l’UPJB a depuis toujours eu le souci de faire entendre une autre voix juive dans le conflit israélo-palestinien dont l’origine remonte au plan de partage de novembre 1947, qui portait déjà en lui le déni des droits nationaux du peuple palestinien. Depuis 1967, l’UPJB dénonce la politique d’occupation et de colonisation des territoires annexés après la naissance de l’Etat hébreu. Elle se prononce en faveur d’un règlement juste du conflit israéalo-palestinien, qui garantisse la sécurité des deux peuples tout en prenant en compte la dramatique question des réfugiés palestiniens. Son engagement s’illustre notamment par un soutien actif aux organisations israéliennes et israélo-palestiniennes ainsi qu’aux divers mouvements palestiniens de résistance non-violente à l’occupation qui oeuvrent en faveur de la paix et de l’application de droits égaux à tous les citoyens de l’Etat d’Israël, Juifs et Arabes." (voir Charte de l’UPJB).

Lire aussi la Carte blanche de l’UPJB publiée dans Le Soir du 14 mai 2008

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Henri Wajnblum interrompt brièvement Marianne, et nous explique qu’il y a en Israël une culture de la sécurité : "Pour les Juifs, tout est un problème de sécurité, toute solution doit être sécuritaire. Cela s’explique bien sûr, dit-il, par l’Holocauste : les gens les plus âgés ont un sentiment de peur très fort, la peur de disparaître. Quant au peu de réaction de l’Europe par rapport à l’occupation israélienne, cela s’explique par la culpabilité que les Européens ressentent par rapport aux camps de concentration. Mais, il y a une utilisation politique par les plus jeunes de ce fait historique. Dans les écoles juives, on apprend le nationalisme (« tout le monde veut nous faire disparaître »). Il faut, dit Henri, faire attention à ne pas devenir extrême : ce n’est pas parce qu’on a souffert qu’on « a le droit de ».

Henri reprend ce que disait Marianne sur l’OLP, : "On n’aime pas voir les gens s’organiser pour résister." Il raconte comment, sous l’égide de l’OLP (avec Arafat, hors de la Palestine, et entre Palestiniens en Palestine), différents mouvements vont organiser une résistance contre l’occupation israélienne, parfois de manière très insigne (fermer les magasins à une heure que les Israéliens n’ont pas prévue, s’habiller exclusivement en rouge, vert, blanc, noir - les couleurs du drapeau palestinien - refuser le passage à l’heure d’hiver …) mais aussi via l’intifada (= soulèvement, insurrection), en réponse à Golda Meir qui avait proclamé que « les Palestiniens, ça n’existe pas ! » (le mot « palestinien » n’est même plus prononcé !).

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Marianne reprend le fil de son historique : "Il y a maintenant une résistance populaire qui veut montrer à l’occupant que les Palestiniens existent, une résistance identitaire. 1987 : première intifada (= résistance populaire) qui vient de l’intérieur : les Israéliens imposent divers couvre-feux de 2 semaines, interdiction pour les Palestiniens de sortir de chez eux, ils doivent faire des provisions. Les Israéliens ferment les écoles, les universités (alors que pour les Palestiniens, apprendre est super important) : les professeurs louent des appartements pour donner cours en cachette. Les Israéliens confisquent les outils, interdisent aux Palestiniens de cultiver leurs champs : ceux-ci se mettent à cultiver chaque bout de terrain, sur leur terrasse (et avant sous leur tente), pour assurer leur autosubsistance… Les Israéliens sont perdus devant tout ce que les gens inventent comme trucs pour aller à l’encontre des interdictions faites.

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En 1988, devant l’ONU, l’OLP (via Arafat) reconnaît l’existence d’Israël et dénonce « le terrorisme sous toutes ses formes ». En 1990, début de l’immigration massive en Israël de juifs originaires de l’ex-URSS.

L’intifada est relayée en 1993 par les Accords d’Oslo, censés apporter une solution « par étapes » au conflit. Ces accords sont importants pour les Palestiniens : en effet, pour la première fois, Israël reconnaît l’OLP qui pourra enfin rentrer en Palestine ; Gaza et Jéricho vont progressivement regagner leur autonomie.

Mais, tout n’est pas bon pour les Palestiniens : le territoire va être coupé en zones : A (zones palestiniennes autonomes, grandes villes libérées (Gaza, Jéricho, Ramallah) qui sont sous l’autorité palestinienne, censée exercer tout pouvoir (école, santé…), B (Israël ), et C. Ces zones C (60% du territoire) restent sous contrôle/administration/sécurité israéliens. Il s’agit des colonies (implantées en Cisjordanie et à Gaza par Israël dans le but/ la volonté d’occuper un jour tout le territoire) et du territoire entre elles, et entre elles et la zone autonome B.

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Une colonie, explique Marianne, est une sorte de camp retranché, pourvu de tout un système d’électricité, eau… et d’une protection militaire (comptez 2 soldats pour 1 colon), ainsi que d’un système de routes (faites sur les terres de Palestiniens) destinées uniquement aux colons et leur permettant de se rendre à Tel Aviv. L’armée israélienne est partout dans cette zone C, où on multiplie les obstacles pour les Palestiniens (checkpoints, murs….).

La carte ci-jointe nous permet de comprendre à quel point Israël poursuit son "grignotage" du territoire : après Oslo, il ne reste aux Palestiniens que 12% de la Palestine historique. En effet, les Accords d’Oslo n’ont pas empêché le développement des colonies israéliennes et les confiscations de terres palestiniennes.

"2000 est l’année du sommet de Camp David. La presse a relayé l’idée selon laquelle Ehud Barak (1er ministre israélien) aurait fait des offres généreuses qu’Arafat aurait refusées, faisant ainsi échouer le processus de paix. En fait, il s’agissait d’amputer encore la Palestine de 10% de son territoire, tout en continuant à refuser le droit au retour des réfugiés palestiniens : Barak a réussi à délégitimer Arafat aux yeux du monde entier en le convainquant qu’au fond le chef de l’OLP ne voulait pas la paix avec Israël.

Ce n’est qu’en 2002 que l’ONU reconnaît la nécessité d’un Etat palestinien. Mais c’est aussi à cette date que commence la construction du mur.

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Les Palestiniens ont accepté que la Palestine soit formée sur la bande de Gaza et la Cisjordanie, mais on peut voir sur la grande carte ci-dessous que le tracé du mur (ligne noire = achevé en 2007, rouge = à construire) ne suit pas la ligne d’amnistie décidée en 1967 (ligne traits dicontinus) : Israël continue à grignoter du territoire…"

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"A l’origine de la construction du mur, il y a « un souci de se protéger contre les attentats terroristes » - un réflexe moyenâgeux, commente Marianne. Mais, si l’on regarde d’un peu plus près la carte hydrologique du pays, on s’aperçoit vite que ce mur, plus qu’un mur de sécurité est un mur de spoliation qui tourne autour des nappes phréatiques et des puits.

Quant à la situation de Jérusalem, elle a été annexée, puis entourée d’une série de colonies juives, pour former aujourd’hui le « Grand Jérusalem » (hachuré vert sur la carte + mur planifié autour de la colonie d’Adumim) territoire immense englobant les colonies et dont sont exclus les Palestiniens (cf zones C), lesquels ont besoin de permis pour passer d’un point à l’autre, et doivent parfois faire des détours de plusieurs heures pour y arriver.

Si l’on se penche maintenant sur la zone jaune pâle de la Cisjordanie, on se rend compte qu’elle correspond à la vallée du Jourdain (riche !), qui compte plusieurs colonies (petits triangles sur la carte), dont on a décidé qu’elles seraient une zone militaire, interdite aux Palestiniens (sauf s’ils sont propriétaires de leurs terres : mais comment travailler la terre seul – puisque les ouvriers n’ont pas le droit d’y aller ????), et que Sharon planifiait d’entourer d’un second mur… "

"Un checkpoint, explique encore Marianne, c’est un endroit où il y a toute une organisation (barrières électriques…) et quelqu’un qui décide arbitrairement si vous pouvez passer, selon un horaire aléatoire : Les travailleurs qui ont des champs peuvent passer mais en fonction du caprice des soldats : longues attentes, horaires aberrants...

De même, des camions avec des produits laitiers peuvent-ils rester bloqués de longues heures : le prétexte est la sécurité, en fait, c’est une manière de contenir le peuple palestinien, de tuer son économie. A Naplouse, par exemple, aucun camion ne rentre ni ne sort de la ville. Les Israéliens appliquent le back-to-back, càd qu’un camion qui arrive est fouillé, puis déchargé dans un autre camion de l’autre côté du checkpoint, ce qui augmente les frais de transport, et donc le prix des denrées… Il faut aussi savoir que les Palestiniens ne peuvent acheter qu’aux Israéliens. S’il n’y a plus de farine, impossible pour eux d’aller en acheter ailleurs... Avoir un GSM est vital pour les Palestiniens : ils partent de chez eux, et ne savent jamais quand ils rentreront, vu les difficultés qu’ils ont à circuler".

Face à tout cela, Marianne parle du discours hypocrite de l’Europe qui ne fait pas pression sur Israël pour qu’elle applique le droit. L’Europe se contente d’envoyer des aides charitables (sacs de farine) dont la plupart reviennent en fin de compte à l’Union Européenne (tous les intermédiaires qui sont payés, c’est de l’argent en moins pour les Palestiniens.)

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Henri Wajnblum reprend la parole et nous explique que le courant majeur du sionisme revendiquait la totalité du territoire palestinien pour les Juifs, et ce dans une optique de gauche : provoquer l’émancipation des travailleurs. Le plan de partage de 1947 n’a satisfait ni les Palestiniens, ni les dirigeants juifs. Après avoir proclamé la naissance de l’Etat d’Israël en 1948, Ben Gourioun a dit « on prend », tout en sachant qu’il y aurait une guerre, et qu’Israël avait assez de forces pour prendre plus de territoire.

"Cette politique s’est soldée par 750.000 Palestiniens expulsés (suite à des opérations de terreurs dans les villages) pour un exode sans retour possible (en 1949, Israël vote la loi des « Présents-Absents), 430 villages détruits, d’autres occupés par les Israéliens qui y implantent leurs kibboutz et aujourd’hui, il y a ce mur qui marque la volonté d’Israël de repousser encore les Arabes, d’annexer encore plus de territoires, parce qu’elle rêve d’un état aussi grand que possible, sans population arabe du tout, totalement homogène.

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Ce mur (qui n’a rien de sécuritaire) préfigure en fait pour Israël la frontière entre elle et la Palestine (une indemnisation est prévue pour les 60.000 colons qui « rentreraient »). Quant aux 1,2 million de Palestiniens qui sont citoyens Israéliens, ils sont des citoyens de seconde zone et subissent des restrictions à tous niveaux (par ex ; pour obtenir des subsides pour un logement, il faut avoir fait son service militaire, mais les Palestiniens n’ont pas le droit de le faire…) .

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Les colons au nombre de 200.000 au moment de la signature des Accords d’Oslo (1993) sont maintenant 400.000. Il y a eu une intensification de la colonisation pour créer des faits acquis, pour pouvoir négocier en position de force la création de la Palestine. Les colonies qui sont implantées de manière planifiée, stratégique, sont en fait les forces avancées de l’Etat d’Israël. Aujourd’hui encore, en territoire Palestinien, il y a une impunité pour les colons qui deviennent de plus en plus violents (ils arrachent les oliviers sous le regard impassible des militaires). Les colons sont en général des nationalistes d’idéologie dure, ou des religieux qui se croient investis d’une mission divine… et sont donc légitimement là.

Aujourd’hui, d’accord, il n’y a plus de colons à Gaza, mais cette zone est entièrement fermée, les Palestiniens y sont comme en prison, surveillés de l’extérieur par les Israéliens qui décident quelles marchandises y entrent/en sortent, par les Egyptiens qui obéissent à la pression des USA.

Dans la ville d’Hébron, aujourd’hui, 450 colons (travaillant en Israël) pourrissent la vie des Palestiniens (leurs habitations surplombent les souks – jadis florissants- et ils déversent leurs ordures sur la tête des passants).

A Bethléem, enclavée dans le mur, c’est la disette, le règne de la mendicité ; cette ville est morte économiquement, effet de la colonisation. Les Palestiniens sont poussés à quitter les lieux, certains sont partis à l’étranger, surtout les chrétiens, aux USA, en Amérique du Sud, mais où peuvent aller les musulmans ?

A Jérusalem, la carte d’identité est bleue. Si un garçon tombe amoureux d’une fille de Cisjordanie, la fille ne peut pas entrer à Jérusalem, et le garçon perdra sa carte d’identité s’il va en Cisjordanie…"

Et Henri de pointer combien la politique d’aujourd’hui tend à rendre l’autre invisible : l’Israélien, c’est forcément le soldat du checkpoint, à Gaza, les Israéliens n’existent pas. Inversement, le mur rend les Palestiniens invisibles aux Israéliens, lesquels n’ont pas le droit d’aller dans les Territoires Occupés, officiellement pour leur sécurité, en fait pour qu’il n’y ait pas de tentative de fraternisation.

Dessin de Naji Al-Ali

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Mais Henri veut nous parler maintenant de toute une série de mouvements pour la paix en Israël, par ex :

- Taayoush (= vivre ensemble), mouvement judéo-arabe israélien, considéré comme traître à la cause nationale.

- les Anarchistes contre le Mur, groupe de jeunes de 20 ans qui organisent des manifestations non-violentes dans les villages du mur, lesquelles sont violemment réprimées pour éviter leur propagation (ce qui ferait mauvais genre sur l’opinion internationale : en Occident, de 67 à 87 on pensait que l’occupation juive était une occupation soft en attendant un accord. Depuis 87 (1ère intifada), il y a une prise de conscience de la question palestinienne)

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- les Refuznik : soldats israéliens réservistes qui ont décidé de ne plus servir dans les Territoires Occupés ni de participer à la répression, à l’humiliation du peuple palestinien.

- le Mouvement des 18 ans, composé de lycéens israéliens qui annoncent déjà qu’ils refuseront d’aller servir dans les Territoires Occupés.

- le Mouvement des Vieilles Dames, grands-mères qui font des sit-in, surveillent les checkpoints, font un rapport de ce qui s’y passe, interpellent les jeunes soldats sur ce qu’ils font.

Henri indique qu’il y a aussi toute une série d’initiatives citoyennes, telles que :

- la distribution de caméras vidéos à des Palestiniens pour qu’ils filment ce qui se passe. *

- la distribution de folders à la sortie des écoles pour expliquer l’occupation (la mémoire Israélienne nie la mémoire palestinienne : il y a un réel lavage de cerveau dans les écoles. On veut opposer les 2 anniversaires : 60 ans depuis la création d’Israël >< 40 ans d’occupation depuis la nabka (= catastrophe) pour les Palestiniens.

- « Breaking the Silence », une exposition montée par d’anciens soldats avec toutes les clés de voiture qu’ils ont confisquées aux Palestiniens à Hébron : « Il faut que ça se sache en Israël qu’on s’est conduit comme des ordures en Territoires Occupés ».

Henri trouve également remarquable la critique que les cinéastes israéliens osent faire de ce qui se passe ou s’est passé et nous recommande d’aller voir les films « Pour un seul de tes deux yeux » (lien avec compte-rendu), et « Lemon Tree ». Et Henri souligne combien est admirable la résistance civile du peuple palestinien qui continue à envoyer ses enfants à l’école (faire des études = sortir de l’ostracisme), à replanter symboliquement des oliviers. Il nous recommande chaudement d’aller voir sur YouTube « Hebron Emotion » et « Checkpoint ».

"Les Palestiniens, dit-il encore, ne sont pas antisémites, ils sont contre le gouvernement israélien. « Quand on parle de nous, disent-ils, c’est toujours par rapport aux Israéliens, comme si on était que 50% : on n’existe pas en tant que palestinien à part entière, on n’existe pas dans un pays à part entière… ».

En conclusion, Henri nous livre ce qu’un Palestinien lui a confié : « Personne n’imagine la concession que ça a été d’accepter de vivre dans de nouvelles frontières en 1967, alors qu’au fond du cœur, on garde l’image d’une Palestine entière ».

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Le temps a passé très vite, Marianne et Henri nous laissent discuter de notre projet de voyage en Palestine, de ce que nous voudrions en faire, non sans avoir parlé de la sécurité sur place : "Il faut obéir aux Palestiniens qui savent ce qui est judicieux de faire/ne pas faire (« reste tranquille même si tu vois quelque chose d’injuste qui te choque, ne va pas près du mur »), voyager en taxis collectifs, éviter les bus internes. Les Israéliens n’ont pas envie d’abîmer leur image face à la chrétienté en général : vous ne risquez rien à Bethléem ni à Jérusalem, villes chrétiennes, en zone A (= sous « contrôle » palestinien)".

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Lire la suite du témoignage de Marianne et de l’historique


[1Les photos/cartes/dessins marqués d’une étoile * ont été empruntés sur le net. Merci à leurs auteurs de n’y voir aucune malice !