Samedi 4 avril 2009 - Jérusalem

vendredi 1er janvier 2010
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Un nouveau jour se lève sur Jérusalem. L’air est encore un peu frais ce matin, mais le ciel se dégage : il va faire aussi beau qu’hier.

Diane a merveilleusement dormi et nous sommes désormais plusieurs à vouloir nous installer sur le toit pour la nuit prochaine...

Tandis que du haut des minarets les muezzins lancent leur second appel de la journée et que le gros de la troupe achève de se débarbouiller, Théodore s’extasie sur la vue que nous avons de la terrasse et se répète comme pour s’en convaincre : "On est à Jérusalem ! C’est incroyable !... On est à Jérusalem !...".

Appel des muezzins - The call
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Anne-Claire et Louise sont parties chercher le petit-déjeuner. Elles font un tour pour rien hors des remparts : la nouvelle ville est complètement vide, sauf pour un vieux chauffeur de taxi palestinien qui confirme que, oui, tout est fermé. "It’s Shabbat, you know !", explique-t-il. C’est vrai, on est samedi ! Bon... Elles reviennent vers les souks de la vieille ville et trouvent là tout ce qu’il faut : pains au sésame, au fromage et aux épinards (spécialités locales !), dattes fraîches et oranges parfumées, que vous pouvez manger avec du yaourt auquel vous aurez ajouté du miel et du sirop de dattes. Café, thé et jus d’orange et vous obtenez un repas de rêve sur une terrasse de rêve qui nous offre une vue de rêve sur une ville de rêve... Et comme un bonheur ne va pas sans l’autre, nous découvrons que notre "Jésus" de la veille et sa tendre blonde qui s’appelle... Madeleine. Non !... Mais oui ! sont dans la même auberge que nous...

Mais voici qu’arrive notre "contact" à Jérusalem : Daoud, un grand jeune homme timide de 26 ans, accompagné d’un guide qui nous fera faire une visite "alternative" de la vieille ville. Ce n’est pas la personne prévue (laquelle est malade), mais, pour nous, c’est OK... Daoud (David en français) nous conduit tout d’abord jusqu’au centre où il travaille (heureusement, c’est un vrai dédale, ces ruelles !). Le Centre socio-culturel Nidal fait partie du Health Work Committee et - comme la plupart des centres culturels de Cisjordanie - travaille principalement avec des femmes et des enfants pour lesquels sont organisés une série d’ateliers et de formations en partenariat avec les écoles voisines.

"Il y a beaucoup de choses à faire au niveau social dans la vieille ville : rien n’est mis sur pied pour les Palestiniens par les autorités israéliennes", nous explique Daoud, "et celles-ci ne nous facilitent pas le travail, bien au contraire. Les soldats nous mettent souvent des bâtons dans les roues : l’année passée, par ex, ils ont subitement décidé d’interdire le festival de danse préparé depuis longue date et ce, alors que les enfants avaient déjà revêtu leurs costumes et se tenaient prêts à monter sur scène... Cela fait partie des vexations quotidiennes qu’on nous inflige", commente-t-il de sa voix tranquille...

Le guide de remplacement prend ensuite la parole, et la garde pour un bon bout de temps... Il se lance dans un long monologue sur l’histoire de Jérusalem telle que vue et vécue par les Palestiniens. "Jérusalem est une ville sainte pour les Chrétiens, les Juifs et les Musulmans, mais les Israéliens (qui ont tout pouvoir au niveau politique et militaire) font en sorte de créer une série d’états de faits dans le but avoué de faire de Jérusalem une ville exclusivement juive. Les Chrétiens y sont à peine tolérés, les Musulmans/Palestiniens carrément poussés à s’en aller et à s’établir en Cisjordanie (West Bank). Ils sont sous surveillance permanente : comme vous pourrez le constater vous-mêmes, la vieille ville, qui est sous sécurité israélienne, est truffée de caméras qui enregistrent tous leurs faits et gestes".

"Jusqu’en 1891, explique-t-il, Jérusalem faisait partie de l’Empire Ottoman. Après la seconde guerre mondiale et la création de l’Etat d’Israël en 1948, de plus en plus de Juifs sont arrivés à Jérusalem, se sont construit des habitations en dehors du mur d’enceinte, et ont déclaré Jérusalem "capitale d’Israël" dès 1950. En 1967, ils ont tout simplement annexé les 28 villages qui se trouvent autour de Jérusalem, et ce au mépris de la ligne verte de façon à faire de Jérusalem la plus grande ville d’Israël."

"Il y a aujourd’hui 750.000 personnes vivant à Jérusalem, dont 270.000 sont des Palestiniens (ils représentent 99% de la population de Jérusalem Est). La vieille ville ne fait qu’un km² de superficie. S’y trouvent des monuments religieux importants pour les 3 religions, en conséquence de quoi, les habitations sont extrêmement exiguës (40m² par famille). La vieille ville est organisée en 4 quartiers : chrétien, juif, arménien et musulman. Le quartier juif est le plus petit et le plus moderne, le quartier musulman (où se trouve notre auberge et le Nidal Center) est le plus grand, le plus peuplé et le plus pauvre. Les Israéliens ont rasé une partie des habitations palestiniennes pour construire l’esplanade qui donne accès au Mur des Lamentations."

"Le statut des Palestiniens de Jérusalem est plus que particulier : ils ont beau être nés à Jérusalem et y vivre, ils ne sont pas reconnus comme citoyens et n’ont pas de droit de vote. Par contre, ils ont une carte d’identité israélienne, mais qu’ils perdront s’ils décident d’aller s’installer en Cisjordanie. Ils sont, en fait, dans leur ville comme dans un pays étranger. Quand Israël a commencé la construction du mur de séparation beaucoup de Palestiniens sont revenus habiter à Jérusalem, même si la vie y est beaucoup plus chère qu’en Cisjordanie, de peur effectivement de perdre leur carte d’identité et d’être définitivement empêchés de revenir un jour chez eux..."

"Pour Israël, continue le guide, il y a 3 sortes d’Arabes, qui chacune ont une valeur différente aux yeux des Israéliens juifs : en haut de l’échelle se trouvent les Arabes de Jérusalem (= les Israéliens Arabes), au milieu les Arabes de Cisjordanie (= les territoires palestiniens occupés par Israël), et tout en bas, les Arabes de la Bande de Gaza, qui vivent dans une véritable prison à ciel ouvert. Les Arabes qui habitent en Cisjordanie ne peuvent pas aller en Israël, ceux qui habitent en Israël peuvent aller en Cisjordanie mais subissent d’autres contraintes : ils n’ont, par ex, pas le droit de construire sur de nouveaux terrains. La seule possibilité pour eux est d’ajouter un étage à une maison déjà existante (et donc les enfants qui se marient habitent en général au-dessus de leurs parents)".

Il fait de plus en plus chaud dans le centre Nidal et le guide se rend bien compte qu’il est plus que temps de nous emmener dans les rues de la vieille ville... Effectivement, il y a des caméras partout, souvent bien cachées, d’ailleurs... Le guide nous montre différents lieux chargés d’histoire (dont des restes de chaussée romaine) qui ne nous emballent pas outre mesure. Le pauvre, il est un peu perdu, ne comprend pas bien ce que nous souhaitons voir et savoir. "Usually, the tourists tell me what they want me to show them", dit-il. Mais nous n’avons pas de demande particulière, si ce n’est découvrir la Jérusalem des Palestiniens.


Nous redescendons vers le Mur des Lamentations, d’où le guide compte nous donner d’autres informations. Mais au guichet de contrôle, coup de poing dans le ventre : si notre guide palestinien peut passer (il a un badge officiel), Daoud se fait froidement remballer. "It doesn’t matter", nous dit-il très gentiment, je dois simplement faire le tour et entrer par l’autre côté"... Nous sommes estomaqués, mais vu que Daoud a l’air de le prendre plutôt cool... Il nous rejoint au bout de 10 minutes, le temps de faire (en courant !) le détour jusqu’à l’entrée réservée aux Musulmans qui se rendent à la mosquée Al-Aqsa. Mais à peine sommes-nous réunis que deux Israéliens s’approchent et interpellent Daoud sèchement : il n’a pas le droit d’être là !... Nous sommes dégoûtés. Marianne Blume nous avait bien dit que nous serions surveillés, mais nous ne l’avions pas vraiment "intégré" (pas question d’être parano, surtout si on n’a rien à se reprocher !), mais là...! Ce qui nous touche le plus, c’est le calme de notre ami qui obéit tout en continuant à sourire paisiblement...

Tant pis pour le Mur, nous décidons de quitter l’esplanade avec Daoud, remercions le guide qui nous quitte et nous mettons à la recherche d’un endroit où déjeuner... Nous sortons des remparts et nous installons à la terrasse d’un snack, juste à côté de la Porte de Damas : falafels et légumes pour tout le monde, et des dizaines de bouteilles d’eau... Nous sommes fatigués par le soleil, le bruit, les émotions, les escaliers de la vieille ville et la multitude d’informations reçues et décidons d’une longue sieste au calme du "Parc de l’Indépendance"... l’indépendance de qui ?...

Ensuite, retour à l’auberge : les plus courageux s’occupent de faire les courses pour le repas du soir, les plus amoureux répondent à leurs mails, et les autres installent leurs matelas pour passer la prochaine nuit sur le toit.

Tout à l’heure, nous irons boire un verre dans un café israélien hors des remparts de la vieille ville : là aussi, des cameras partout. La jeunesse juive (non-orthodoxe) s’amuse, tandis que passent des soldats armés, tout à fait décontractés. C’est samedi soir pour tout le monde...

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