Mercredi 8 avril 2009 - Camp de Aïda / Al-Rowwad Centre / Solomon’s Pools

mardi 5 janvier 2010
popularité : 17%

Réveil en musique et petit-déjeuner surprise : des crêpes ! Nous nous répartissons les tâches de la matinée : aujourd’hui, pendant que certains iront à la chasse aux images dans le camp, d’autres commenceront les interviews. Nous nous étions mis d’accord pour prendre le temps de nous immerger dans la vie du centre Al-Rowwad et de tisser des liens avant de prendre des photos, filmer, poser des questions. petit à petit, nous avons expliqué à nos amis notre projet d’un documentaire sur "la Palestine telle que vue par les Palestiniens". Ils sont plus que d’accord de participer à notre projet : "That’s a great idea ! So, when you go back home, you can show your friends and family who we really are !"

C’est Salam (18 ans) qui ouvre la danse. La voix et la langue d’une personne étant son âme, nous lui demandons de nous parler en arabe : Marwa (23 ans) fera la traduction. Salam et elle sont tout d’abord un peu intimidées, tout comme nous qui nous emmêlons les pinceaux dans nos questions, le maniement de la caméra et de notre super MP3 acheté pour l’occasion ! Mais le résultat en valait la peine : nous en apprenons un peu plus sur l’histoire des gens du camp de Aïda : "Tout a commencé en 1948, quand les Israéliens sont arrivés dans les villages palestiniens et en ont chassé leurs habitants, les ont forcés à quitter leur maison. Ces gens se sont alors installés comme ils le pouvaient dans des endroits aussi proches que possible de leur village d’origine… Il n’y avait au début aucune infrastructure pour les accueillir : ce sont les Nations-Unies qui ont organisé les premiers camps, apporté et planté les premières tentes dans lesquelles loger tous ces gens jetés sur les routes", sur Handala, le petit personnage dessiné par Naji Al-Ali, un réfugié installé au Liban originaire du village de Shajarah : "Comme vous le voyez, Handala n’a que dix cheveux sur la tête : ils représentent en fait son âge : Handala a 10 ans et ne grandira plus tant qu’on ne le laissera pas retourner dans son pays. Il est pieds nus et ses vêtements sont dans un triste état, signe que, comme tous les réfugiés, il est pauvre et démuni : il ne possède plus que ce qu’il avait sur lui lorsqu’il a été chassé de son village par l’armée israélienne. Handala se tient les mains croisées dans le dos et exprime ainsi son refus d’avoir quoique ce soit à donner en échange pour récupérer son pays. Ce pays lui appartient, lui a été volé, et doit lui être rendu sans qu’il ait à payer. Nous ne le voyons jamais que de dos parce qu’Handala a les yeux rivés sur son village, celui dans lequel il rêve de pouvoir retourner un jour… Ce petit personnage est, en fait, la conscience arabe. Il ne représente pas seulement les enfants palestiniens, mais tous les enfants arabes" et sur Mahmoud Darwich (grand poète palestinien)...

Surtout nous entrons doucement dans leur univers : Salam et Marwa nous parlent de leur engagement dans le centre Al-Rowwad : "Les activités proposées visent toutes à apprendre aux enfants et aux jeunes ce que nous appelons notre « Beautiful resistance ». C’est vraiment difficile de leur apprendre la non-violence alors qu’ils vivent dans un environnement violent (le murs, les soldats...) mais nous leur apprenons à exprimer leurs sentiments autrement.", de l ’importance du rôle de la Troupe de Théâtre d’Al-Rowwad : "C’est une grande responsabilité pour chacun de nous que d’aller faire connaître notre pays à l’étranger. Ce n’est pas facile, nous n’arrivons pas toujours à nous exprimer comme nous le voudrions, parce que nous avons vraiment à cœur de montrer les bons côtés de notre pays et de donner une image qui corresponde à ce que nous sommes en réalité... En même temps, c’est une grande chance pour nous que de pouvoir sortir du camp", de leurs études, de leur rêve.

Marwa sourit : "Pour pouvoir rêver, on a besoin de croire qu’il n’y a pas de frontières, de limites, mais nous, même lorsque nous rêvons, nous savons qu’il y a des murs qui ne nous permettent pas de rêver. Par ex, moi, je rêve de faire un master à l’université, mais c’est impossible, parce qu’il n’y a pas d’université ici à Bethléem où je pourrais le faire et que, maintenant que j’ai une petite fille, c’est trop difficile pour moi d’aller à Jérusalem sans jamais savoir combien de temps ça me prendra pour aller et revenir". Quant à Salam, son rêve est de quitter le camp : "Ici, il y a toutes ces « boîtes » construites les unes sur les autres, on n’a pas d’espace, aucune vie privée. Je voudrais partir, pas pour voyager mais pour retourner dans mon village… Parfois, c’est difficile de répondre aux gens qui vous demandent d’où vous êtes. On répond qu’on vit à Aïda, mais qu’en fait, on vient de tel ou tel village… C’est difficile de faire comprendre aux gens que nous avons été transplantés de notre pays vers notre pays, et que nous sommes des réfugiés dans notre propre pays…"

Nous leur demandons si elles ont envie de passer un message à ceux et celles qui voudront bien écouter/lire leur interview. Salam se lance en premier : "Nous ne sommes pas des terroristes, nous sommes des êtres humains et nous n’avons aucun problème avec les Juifs : ils ont leur religion, leurs croyances comme nous avons les nôtres, et nous vivons différemment, c’est tout. Mais nous avons un problème avec les Israéliens sionistes… Lorsqu’on s’intéresse à l’histoire, on se rend compte que beaucoup de pays ont été occupés. Puis les occupants sont repartis. En Palestine, l’occupant est toujours là et on doit continuer à lui résister. L’objectif du Centre Al-Rowwad est de mener une « Beautiful Resistance » : chacun travaille à s’améliorer en tant que personne, ce qui est une façon de se battre contre l’occupation. Bien sûr, nous respectons chaque personne qui se bat pour récupérer son pays et pour plus de justice".

Marwa termine : "A tous ceux qui ne viendront jamais ici, j’aimerais dire ceci : vous qui vivez dans votre propre pays, vous ne pouvez pas savoir ce que c’est d’être chez soi sans être chez soi. Imaginez, par ex, que si vous vouliez vous rendre à Jérusalem, pour y prier ou simplement pour visiter la ville. Jérusalem n’est qu’à une dizaine de km de Aïda, mais vous devez d’abord obtenir la permission des autorités israéliennes et ensuite faire peut-être 50 km de détour pour y arriver à cause des checkpoints et du reste... Et donc, ça me fait réellement plaisir que des gens de l’extérieur viennent jusqu’ici. Cela nous aide de penser qu’ils savent que nous existons. Cela nous suffit, et je les en remercie… "

11h déjà : le groupe se reconstitue pour une petite excursion jusqu’aux Piscines de Salomon, de grands réservoirs d’eau où, dit la légende, le Roi Salomon aimait se promener au 10è siècle avant JC.

Le beau temps est de la partie et nous folâtrons dans le parc en compagnie de Ribal, Marwa, Mazen, Jamal et Ayssar. La verdure nous a manqué (de très rares (et minuscules) jardins, quasi aucun arbre dans la camp !) et nous comptons bien en profiter.

Djembé et chicha
IMG/mp3/Solomon_s_pool_-_djembe_et_chicha.mp3

Nous nous posons à l’ombre des arbres : quelques-uns s’empoisonnent à la chicha, d’autres s’essaient à quelques pas de dabka, un peu de musique improvisée (Ayssar au djembé, Laetitia à la guimbarde), un petit rap en passant avec le Freedom’s Sons Band, pourquoi s’en priver ? Et puis, petit pique-nique, longue sieste et échanges amortis sous le soleil du début d’après-midi.

Aysar et Laetitia
IMG/mp3/Solomon_s_pool_-_Aysar_et_Laetitia.mp3


D’une chose à l’autre et Marwa nous parle de son jeune frère de 18 ans, en prison suite à une dénonciation diffamatoire (il aurait "lancé des bombes sur des soldats israéliens") : il n’a été jugé qu’au bout d’un an et demi et condamné à 44 mois encore... En Palestine, la tristesse n’est jamais loin de la joie, et vice versa...

Vers 15h, nous repartons vers le camp, non sans avoir reçu de Mazen un petit poisson qu’il a pêché dans un des réservoirs et que nous appelons d’office Habibi, ("mon chéri, mon amour"). Ambiance (chant, danse et radio à fond dans le mini-bus !) tout au long du trajet : quelle bande nous faisons !

Bus
IMG/mp3/Solomon_s_pool_-_bus_retour.mp3

Dans le camp, les gosses se sont déjà habitués à notre présence. Ils ont entre 5 et 10 ans et nous interpellent à chacun de nos passage d’un concert de "wats-your-ném ?" qui les fait s’esclaffer. Ils nous empruntent nos lunettes et posent pour la photo, redemandent des ballons à Laetitia, des grimaces à Julien. Certains sont un peu agressifs, s’accrochent à nous, à nos sacs, mais on se souvient des conseils de Martine : rester gentil mais ferme.

Comme tous les jours, nous nous engouffrons dans le local d’ordinateurs, mis à notre entière disposition entre 16 et 17 heures, et c’est la course aux mails et aux compte-rendus de nos journées sur le blog... Stop ! C’est déjà l’heure pour ceux qui le souhaitent de retrouver la Troupe de théâtre du centre.

Aujourd’hui, nous avons le plaisir et l’avantage de pouvoir observer les jeunes acteurs d’Al-Rowwad lors d’une de leurs dernières répétitions de la pièce qu’ils iront jouer d’ici quelques jours en Autriche. Pour Tanguy, Anne-Claire et Théodore, ce n’est pas une première, vu qu’ils ont assisté au spectacle « Qui a peur du loup ? » présenté en juin 2008 à Bruxelles par cette même troupe d’enfants : Ribal (19 ans) par ex, y jouait alors le rôle du loup. Mais, dorénavant, il s’occupe de la mise en scène et donne quelques indications aux garçons et filles de 10 à 18 ans.

C’est Abdelfattah Abu-Srour, le directeur du centre, qui a écrit cette nouvelle pièce intitulée « We are the children of the camp », et c’est à la fois bouleversant et inconfortable de voir ces enfants incarner une histoire vraie, la leur, celle de leurs parents et grand-parents, celle de leur peuple. Ils sont sérieux, concentrés, d’une très grande sobriété face à un texte bien lourd pour de si minces épaules, mais, au détour d’un trou de mémoire, d’un cafouillage ou d’une intervention mal ajustée, ils éclatent de rire, et le directeur avec eux, signe qu’effectivement, à Al-Rowwad, les activités sont au service de ces enfants, et non le contraire : pas d’énervement du côté des adultes qui encadrent et tout ce qui manquerait en professionnalisme gagne en fraîcheur, sincérité, conviction.

A l’école - At school
IMG/mp3/Aida_-_repete_theatre_1a.mp3

- Child 2 : Les profs m’aiment bien parce que je pose beaucoup de questions…
- Child 5 : Que j’en pose ou que je n’en pose pas, tout le monde s’en fiche. A l’école comme à la maison…
- All : Nous sommes des écoliers. Nous avons le droit d’étudier. Nous avons le droit de jouer. Nous avons le droit d’avoir une enfance. Nous avons le droit de nous exprimer !
- Child 5 : Vous avez juste le droit de vous taire, de fermer les yeux et d’oublier que vous êtes des enfants !
- All (chant) : Oh mon professeur, apprends-moi l’Histoire / Dis-moi : où est mon pays ? / Est-il ici ou sur Mars ? / Je suis Palestinien / Je ne cache pas mes origines / Je leur ai demandé : où est mon pays ? / Ils ont dit qu’il n’existe pas (...)

Abdelfattah nous passe un script arabe-anglais pour nous permettre de suivre ce qui se déroule sous nos yeux. Suit une scène mimée qui illustre cruellement l’arbitraire auquel de tout jeunes soldats israéliens soumettent les Palestiniens aux checkpoints…

Le cri du peuple - People’s cry
IMG/mp3/Aida_-_repete_theatre_1b.mp3

- Child 1 : Tout un people et un pays ont disparu comme s’ils n’avaient jamais existé
- Child 4 : Et le monde se tait, sans en éprouver la moindre honte
- Child 9 : Ils ont donné un nouveau nom à notre pays
- All : Israel
- Child 3 : Un peuple étranger occupe notre terre
- Child 5 : Il a forcé notre peuple à s’exiler
- Child 7 : Il a confisqué nos terres, y a installé des colonies
- Child 6 : A jeté les gens en prison ou sur les routes de l’exil. Il contrôle et gouverne, démolit nos maisons
- Child 1 : Retourne le sol, déracine les arbres, construit de nouvelles routes, détruit les bâtiments
- Child 8 : Fait de notre terre un désert, nous avons de moins en moins d’eau
- Child 4 : Ils ont violé notre terre, volé notre eau
- Child 9 : Nous empêchent d’irriguer nos terres
- All : Viens avec moi, mon frère, révoltons-nous, mon père !
- Child 10 : Ne laissons pas ces occupants faire !
- Child 6 : Regagnons nos droits !
- All : Que se lève l’aube de la liberté !

Intifada
IMG/mp3/Aida_-_repete_theatre_2_-_intifada.mp3

- All : Nous sommes la génération de l’Intifada
- Child 1 : Nous avons allaité la liberté avec des pierres
- Child 2 : Notre air, c’est le gaz des bombes lacrymogènes
- Child 4 : Notre parfum celui de la fumée et des pneus brûlés
- All : Nous sommes la génération de l’Intifada

Enfants du camp - Children of the camp
IMG/mp3/Aida_-_repete_theatre_4_-_nous_sommes_les_enfants.mp3

- Child 1 : Nous sommes les enfants du camp
- Child 4 : Nous sommes nés en étrangers dans notre propre pays
- Child 5 : Nous avons vécu dans des camps
- Child 6 : On nous appelait des réfugiés
- All : Ce pays est le nôtre
- Child 2 : C’est la terre de nos pères et de nos grands-pères
- Child 3 : Nous vivons ici depuis des années et des années
- Child 7 : C’est ici que nous avons vécu, que nous avons grandi
- All : C’est notre terre
- Child 8 : Nous avions des oliviers
- Child 9 : Et là, nous avions un jardin
- Child 10 : Et là-bas en haut, nous avions une vigne
- Child 6 : Mon grand-père est enterré derrière cette colline
- Child 5 : Ma grand-mère a donné naissance à mon père sous l’olivier qu’ils ont déraciné là-bas
- All : C’est notre terre et ce sont nos enfants
- Child 2 : Ils ont déraciné les oliviers de notre terre
- Child 3 : Et mon père a pleuré. Mon père ne pleure jamais, mais quand ils ont déraciné les oliviers, il a pleuré
- Child 1 : Ils veulent nous déraciner d’ici
- All : Mais nos racines sont profondes
- 3 children : Ils veulent déraciner nos souvenirs
- All : Mais nos racines sont très profondes
- Child 7 : Ils veulent déraciner nos yeux et nos sentiments
- All : Mais nos racines sont aussi profondes que celles des bouleaux

Scène 8 : les enfants sont couchés sur le sol, morts ? endormis ? ... L’une d’entre eux, Aissa, se relève et nous parle d’elle : "Mon nom est Aissa Abou Sourour. J’ai 14 ans. Mon village d’origine s’appelle Natif, mais je suis né à Aïda. Un jour, alors que je revenais avec mon ami Mohammed et d’autres, on a été surpris de trouver l’armée Israélienne devant l’entrée du camp. Tous les jeunes se sont regroupés et ont commencé à jeter des pierres. J’ai appelé Mohammed : viens on va jeter des pierre aussi. Il ne voulait pas, j’ai insisté et je l’ai entraîné avec moi. Soudain un coup de feu a retenti. Tous les gens du village l’on entendu... Une seul balle, et Mohammed était allongé sur le sol. Je me suis penché sur lui et j’ai crié : "Mohammed !... Lève toi Mohammed !... Appelez les secours !!" Mais Mohammed était déjà mort, mort en martyr... Mohamed faisait du théâtre avec moi. Il disait : "On peut faire face aux colonisateurs autrement, pas en jetant des pierres, mais en faisant du théâtre : laissons le monde entier voir tout ce que nous pouvons faire"... Pour toi Mohammed, je vais continuer la résistance, mais à ta façon, celle que tu avais choisie... Le monde entier pourra voir et comprendre que les enfants qui jettent les pierres sont aussi des êtres humains..."

Elle s’effondre sur place. Riwae entre en scène, se penche sur les martyres, puis s’adresse à nous : "Je m’appelle Riwae. Cela signifie « la promesse ».. J’ai 13 ans. Le nom de mon village d’origine signifie « La vieille ». Moi, je suis née au camp de Aïda. Je rêve de devenir ingénieur de décor... J’aime la musique et le théâtre et je suis brillante à l’école... Ma mère était enseignante, elle m’aidait beaucoup pour mes devoirs... Mais le 8 mars 2002, l’armée d’occupation est arrivée dans notre camp. Les soldats défonçaient les murs et faisaient exploser les maisons pour y pénétrer. On a entendu des voix devant notre porte. Ma mère s’est levée pour aller l’ouvrir. A ce moment-là, on a entendu une explosion. De la fumée s’est répandue dans toute la maison et ma mère était couchée sur le sol, entourée de soldats de l’armée. Elle avait du sang partout... Mon père a essayé de s’approcher d’elle pour lui porter secours, mais les militaires l’en ont empêché... Il a voulu appeler les secours, mais ils le lui ont interdit.... Ils nous ont tous entassés dans une pièce et ont continué à défoncer les murs de la maison... Au bout de deux heures, ils ont laissé mon père appeler les secours. L’ambulance est arrivée une heure plus tard et a emmené ma mère. Mon père l’a accompagnée à l’hôpital. Les soldats, eux, ont continué à percer le mur qui nous sépare de nos voisins et sont entrés chez eux... Mon père est revenu, mais ma mère n’est plus jamais revenue... Ce jour-là, j’ai décidé de me battre et de résister. J’ai choisi une forme de résistance plus douce pour faire parvenir mes cris. J’ai choisi de faire du théâtre, du dessin et de la musique pour faire entendre ma souffrance au monde entier... " Riwae prend lcette équipe de basketteurs en chaise|Voir les photos de l’équipea main d’une des martyres allongées sur le sol et reste un moment assise à son côté...

Il reste encore trois scènes à jouer jusqu’au rideau final, mais les jeunes acteurs doivent encore en étudier le texte. Nous quittons le local vraiment déboussolés. Bien sûr, nous avions lu et nous étions documentés sur la Palestine avant d’y venir, mais entendre et voir l’histoire dite et (re)vécue par ces enfants… Ces enfants qui, la répétition terminée, se remettent à bavarder, courir et rire comme s’il n’y avait pas de camp, pas de mur en béton tout autour, pas de soldats armés sur les miradors du mur…

Pendant ce temps-là...

Pendant ce temps-là, l’autre moitié du groupe est partie assister au match de basket-ball de Youssef, basket-ball en chaise roulante pour jeunes athlètes handicapés. Départ du centre "à la palestinienne" (désorganisé comme il se doit ;-) ) : les taxis n’arrivent pas, puis quand ils arrivent, on s’est arrangé autrement, on n’en veut qu’un dans lequel Youssef et trois des nôtres grimpent, tandis que le reste va à pied avec Mourad et en profite pour donner un petit coup de main aux responsables de l’atelier "Images for Life" et coller des affiches annonçant l’expo photo qui se tiendra au centre à partir de vendredi.

Sur place, le groupe est accueilli très gentiment par l’équipe de basket, quoiqu’avec un peu de surprise. Tout le monde s’installe sur les gradins et regarde Youssef et les autres joueurs s’entraîner...

Ils ont tous une ou deux prothèses en guise de jambes et c’est très impressionnant de les voir aller et venir sur leurs chaises roulantes adaptées : ils donnent parfois l’impression d’être sur le point de tomber (réaction : oh !... dans les gradins), mais ils gèrent (soupir de soulagement dans les mêmes gradins). Ils sont tous très forts, s’entraînent vraiment très sérieusement. Evidemment, le groupe est totalement fan et supporter de Youssef, qui sourit et fait des signes... Objectivement, il est un des meilleurs !!

***

Cet après-midi, promenade jusqu’à Beit Jala, le village voisin du camp de Aïda. Il s’accroche au flanc de la colline juste de l’autre côté de la vallée et raconte son histoire à qui veut bien s’y intéresser.

A côté de la mosquée, de l’église et des petites maisons, il y a ce qu’il reste de la maison du maire. Lors de la seconde Intifada (octobre 2000), des jeunes venus d’un camp de réfugiés s’y étaient retranchés et tiraient sur les habitants de la colonie qui fait face au village. L’armée israélienne a alors tiré des obus sur la maison avant de monter une opération et d’entrer dans Beit Jala.

Nous y entrons sur la pointe des pieds, pas certains de la réaction des fantômes du lieu... L’intérieur, tout en gravas, barres de fer tordues et escaliers éventrés, nous donne une idée de ce que cette maison aurait dû être et nous ne pouvons nous empêcher de frissonner devant tout ce gâchis...

La brèche béante dans le mur vers la terrasse, côté vallée, nous jette brutalement les nouveaux voisins au visage : Gilo, une des 12 colonies implantées par Israël depuis 1967 à la périphérie du Grand Jérusalem, véritable ville de 37.000 habitants construite sur des terres palestiniennes annexées : du côté palestinien de la Ligne Verte qui sépare depuis 1949 l’Etat d’Israël de la Cisjordanie... Plantée comme ses soeurs au sommet d’une colline, elle domine les agglomérations palestiniennes de Bethléem et Beit Jala.

Y mène une de ces routes modernes exclusivement réservées aux colons. Pour la construire, les routes palestiniennes ont tout simplement été coupées et s’arrêtent sur des monticules de terre : les Palestiniens sont tout simplement empêchés de circuler normalement. "Leurs" routes coupées, ils doivent faire des détours invraisemblables pour aller d’un point à l’autre, se rendre à leur travail, leurs champs, aller à l’école, rendre visite à la famille... Ils sont "chez eux", pourtant : en Cisjordanie... Aussi appelée les "territoires occupés".

Soirée entre amis autour du délicieux repas que nous a préparé la maman de Ribal... Ce soir, Mohammed nous fait un incroyable numéro de chants d’oiseaux (+ sifflement de bouilloire et agents de police !).

Mohammed and the birds
IMG/mp3/Aida_-_Mohammed_et_oiseaux.mp3
Music together
IMG/mp3/Aida_-_musique_ensemble.mp3

Et puis, plus tard dans la nuit, c’est devenu une tradition, chants et musiques mêlées, pour le plaisir d’être ensemble, d’être si bien ensemble.

Lire la suite du voyage