Lundi 4 avril 2011 : Jérusalem – Est : la vieille ville, Ali Jiddah et Silwan

mardi 18 octobre 2011
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Petit déjeuner l’un sur l’autre dans un des recoins de l’auberge : pains aux dattes et chocolat chaud ou thé achetés chez le même marchand qu’il y a deux ans.
Bon commerçant, il fait semblant de reconnaître Tanguy et Anne-Claire. N’empêche qu’il est bien sympa et nous prête un plateau pour ramener le petit déj’ à l’auberge. Il parle hébreu, arabe, anglais et … russe ! Etonnant pour nous, sauf si l’on se souvient que 1/5 des Israéliens sont d’origine russe.

Il pleuvine sur Jérusalem, il fait même carrément froid. Notre première rencontre programmée avec un Palestinien a lieu ce matin : Daoud, un jeune homme de 28 ans, dont Tanguy et Anne-Claire nous ont parlé avec beaucoup de chaleur. Il les avait accueillis avec le groupe Taayoush en 2009. En l’attendant (il est en retard…), nous explorons les petites boutiques de la rue de David qui descend de la Porte de Jaffa.

Les uns font des emplettes, les autres essayent de tenir debout car la nuit a été courte ! Nous en profitons aussi pour faire davantage connaissance les uns avec les autres : après tout, nous n’avons jusqu’à présent fait que nous côtoyer à l’école. Anne-Claire, elle, papote dans un sabir arabo-anglais avec un des commerçants chez qui elle se rappelle avoir acheté des T-shirts Handala. Les choses n’ont pas beaucoup changé pour les Palestiniens de Jérusalem : les patrouilles de soldats sont toujours trop nombreuses et trop présentes, et il faut toujours faire profil bas. Ce qui n’empêche pas ce commerçant de nous parler franchement, heureusement.

Mais voilà qu’arrive finalement Daoud, désolé pour son retard , super occupé comme toujours par ses mille responsabilités… Anne-Claire et Tanguy ont bien l’air de retrouver quelqu’un de cher. Marie-Gaëlle dira plus tard qu’elle se rappelle le visage d’Anne-Claire à ce moment-là : il s’est comme illuminé. Elle retrouvait son fils de Palestine... Nous, nous sommes un peu intimidés.

Bref état des lieux sur la judaïsation progressive de Jérusalem-Est

Daoud, coordinateur du Centre Nidal, nous emmène tous au Centre pour enfants de Spafford. Depuis que les Israéliens ont fermé le Centre Nidal (voir l’article à ce sujet), Daoud y a un bureau d’où il peut continuer à organiser des activités pour les enfants du quartier (voir La Belle Résistance). Il propose de nous montrer deux films tournés par des bénévoles qui illustrent les conditions de vie dans lesquelles se trouvent les habitants des villages de Jérusalem encore existants. Mais avant cela, il nous rappelle brièvement quelques moments importants de l’histoire du pays. [1]

«  La Palestine a plus de 3.400 ans. Il y a un grand nombre de sites archéologiques sur son territoire, ce qui en fait un lieu touristique important. La situation du pays est complexe : Israël l’occupe officiellement depuis 1948 mais, en réalité, de nombreux Juifs s’y étaient déjà installés auparavant et plus particulièrement, après les pogroms [2] subis par les Juifs d’Europe orientale à la fin du XIXème siècle et après le judéocide commis en Europe par les nazis durant la deuxième guerre mondiale. »

« Après la victoire des Alliés sur l’Empire Ottoman en 1918, les Français et les Anglais se sont réparti les territoires (en vertu des acccords Sykes-Picot de 1916) sans vraiment tenir compte des populations. A cette époque, nombreux étaient ceux qui pensaient que les Juifs méritaient bien de se sentir en sécurité quelque part sur terre, comme le revendiquait l’Organisation sioniste mondiale. On a d’abord envisagé de créer ce lieu en Argentine ou en Ouganda, mais finalement, c’est la Palestine qui a été retenue en raison de son passé religieux. L’idée va se concrétiser grâce à l’appui des Britanniques. En effet, après avoir promis aux Arabes de toute la région la création d’une grande nation arabe, les Anglais renieront leur promesses et favoriseront l’établissement des Juifs en Palestine : par la Déclaration Balfour de 1917, la Grande-Bretagne qui a reçu le mandat sur la Palestine après la chute de l’Empire Ottoman, promet aux dirigeants sionistes l’établissement d’un "foyer national pour les Juifs" en Palestine, à condition de ne pas nuire aux populations non-juives qui y vivent en ce moment.  »

Réaction de Marie-Gaëlle : mais c’est malhonnête de promettre la même chose à deux peuples en même temps ! Pourquoi les Anglais ont-ils fait ça ? Réponse de Tanguy : ça correspondait mieux à leurs intérêts dans la région. Ils voulaient contrebalancer et contrer les prétentions de la France, l’autre grand pays qui a bénéficié du partage de l’empire ottoman. Réflexion de Margot : moi, ça m’aurait rendue dingue. Tanguy approuve et explique que les population arabes vont résister à ce qu’elles vivent comme un envahissement. Le mouvement sioniste va alors organiser des milices privées (Irgoun, Hagana [3]... qui deviendront l’armée actuelle) pour soutenir et accompagner la colonisation des territoires de la Palestine qui ira croissant jusqu’après la Seconde guerre mondiale : beaucoup de rescapés du judéocide se verront refuser l’entrée aux Etats-Unis et dans de nombreux pays européens et iront agrandir les populations juives déjà établies en Palestine. En 1936-1939, c’est la "Grande révolte palestinienne", menée à la fois contre l’autorité britannique et la colonisation sioniste. Elle sera très durement réprimée par les Anglais qui, dépassés par les affrontements entre palestiniens et milices juives vont remettre leur mandat à la Société des Nations... Il fait signe à Daoud qu’il peut continuer :

«  En 1947, l’ONU décide la scission de la Palestine en deux parties, un Etat juif et un Etat palestinien. Les Juifs reçoivent la plus grande partie du territoire (55%) alors qu’ils ne représentent qu’une minorité ethnique (5% de la population). Les Palestiniens et les Arabes en général refusent ce partage. Il s’ensuit une guerre féroce qui aboutira à la création de l’Etat d’Israël en 1948. Les dégâts humains furent considérables. De fin 1947 à fin 1948, la guerre va chasser de leurs terres et de leurs maisons des centaines de milliers de Palestiniens. Beaucoup aussi furent tués. Plus de 63 ans plus tard, la majorité de ces personnes et de leurs descendants vivent toujours dans des camps principalement en Cisjordanie, en Jordanie et au Liban : les réfugiés palestiniens sont les plus vieux réfugiés de l’histoire de l’humanité. Le conflit se solde par la main-mise de’Israël sur 78% du territoire. »

« En 1949, un cessez-le-feu fut finalement conclu entre Israël et les pays arabes. C’est cette ligne d’armistice séparant Israël de la Cisjordanie que l’on appelle aujourd’hui "ligne verte" et qui devrait servir de frontière pour un futur Etat palestinien. »


(Carte : Courrier International)

Daoud explique encore que, pendant son mandat sur la Palestine, l’Angleterre a utilisé la religion pour diviser Jérusalem en différents quartiers, dans le but de donner aux Juifs un endroit à eux. Le quartier juif est le seul, avec le quartier arménien, à être un quartier religieux (le quartier arménien a 1500 ans et est particulier : c’est une ville dans la ville, fermée par des portes - seules les églises sont ouvertes aux visiteurs). Mais, avant l’occupation israélienne, le quartier juif était un lieu de mixité culturelle et comme dans tous les autres quartiers aujourd’hui, on y trouvait des édifices appartenant aux différentes religions. Quant au quartier maghrébin, « Les Israéliens l’ont détruit, rasé pour faire de la place à la construction de l’esplanade qui s’étend au pied du Mur des Lamentations. »

« Après la reconnaissance officielle de l’Etat d’Israël en 1948, la Cisjordanie et la bande de Gaza se sont retrouvées sous le contrôle des armées jordanienne et égyptienne. Jérusalem, qui devait être placée sous la juridiction internationale, se retrouva séparée en deux : israélienne à l’ouest, jordanienne à l’est. En 1967, après sa victoire lors de la guerre des Six Jours, Israël envahit et occupa la Bande de Gaza, la Cisjordanie ainsi qu’une partie du Liban et de la Syrie (Golan), et tenta d’annexer la partie est de Jérusalem. L’idée sioniste était de créer la "Grande Jérusalem", laquelle engloberait toutes les colonies de Cisjordanie (illégales au regard du droit international, notamment la quatrième convention de Genève) qui entourent la ville. Le but était qu’il y ait une majorité d’habitants juifs, de manière à disposer d’un sérieux argument dans les négociations visant à faire reconnaître Jérusalem comme la capitale des Juifs du monde entier. Les Israéliens ne sont parvenus qu’à occuper Jérusalem-Ouest et la vieille ville, mais n’ont pas renoncé pour autant à leur rêve de s’approprier l’entièreté de la ville. »

« L’autre idée que les mouvements sionistes ont travaillé à répandre est celle d’ "une terre sans peuple pour un peuple sans terre". Mais il y avait des gens en Palestine avant que les Juifs occidentaux n’arrivent et avant la création d’Israël. Il y avait des Palestiniens, dont certains étaient juifs. Nombre d’entre eux sont encore là, malgré tout ce que les Israéliens ont fait et font encore à l’heure actuelle pour les pousser à quitter les lieux. Certains vivent encore dans leur propre village, beaucoup dans des camps de réfugiés ». [4]


Et Daoud nous parle de ces villages qui entourent Jérusalem. Lifta, par exemple.

« Lifta, qui se trouve à l’entrée de Jérusalem, est un des villages que les Israéliens ont détruits pendant la Nakba (= la catastrophe) de 1948. A l’époque, ses 3.000 habitants ont été forcés de fuir et aujourd’hui, ils ne peuvent retourner chez eux, leurs maisons n’étant plus que ruines. Ce village est une exception. En effet, il est le seul parmi les centaines de villages abandonnés par leurs habitants palestiniens à n’avoir été ni entièrement rasé, ni réoccupé par des colons - ce qui est le cas, par exemple, des villages d’Ein Karem et Ein Ho, toujours debouts mais où, désormais, les maisons palestiniennes sont habitées par des Israéliens. » [5]

Nous sursautons, tentons d’imaginer nos grands-parents, nos parents, nous-mêmes dans cette situation : avoir dû fuir devant des soldats, et 60 ans plus tard, savoir sa maison toujours là mais volée et occupée par des gens ne rêvant que d’effacer notre existence…[Ceci nous rappelle l’exposition des photos de Rula Halawani, vue en octobre 2008.]] Mais c’est difficile : nous, Belges qui vivons en paix depuis plus de 65 ans maintenant, n’éprouvons pas (ou plus) le même sentiment d’attachement à notre terre que les Palestiniens.

Mais Lifta ? Pourquoi cette particularité ? Daoud continue : « Israël essaie de vendre le terrain sur lequel se trouve les ruines du village de Lifta pour y faire construire une zone commerciale et résidentielle de luxe.

Les réfugiés de Lifta et leurs descendants ont clairement le sentiment que les Israéliens veulent effacer leur mémoire, leurs souvenirs et ils se battent autant qu’ils le peuvent pour tenter de sauver le village : ils organisent des conférences de presse avec l’espoir que la communauté internationale réagira (ils ont pris contact http://www.alnakba.org/avec des instances internationales telles que l’UNESCO, l’UE et l’UNRWA). Ils ont aussi envoyé une pétition légale pour que ce projet de construction soit arrêté, et ce avec le soutien d’ONG israéliennes. L’avocat qui représente les réfugiés de Lifta dit haut et clair que ces maisons et ces terres appartiennent à des personnes encore en vie, certaines habitant désormais à Jérusalem-Est, en Cisjordanie ou en exil à l’étranger. Les réfugiés souhaitent que leur village soit conservé tel quel, et devienne un site historique. Mais pour Israël les terres et maisons de Lifta tombent sous le coup de la "loi des Absents" [6] »

Daoud sourit : son anglais n’est pas parfait et Anne-Claire qui traduit a un peu de mal à garder l’attention de tout le monde. La nuit a été trop courte et cela fait beaucoup d’informations théoriques en peu de temps. Surtout pour Natalia qui traduit pour Laurie qui, apparemment, fait un blocage à l’anglais. Daoud va lancer le premier film mais avant cela il répète une chose qu’il faut que nous comprenions bien : « Les Palestiniens n’ont aucun problème avec les Juifs. Mais ils en ont avec les sionistes. Ceux-ci prétendent qu’il y a beaucoup de terrorisme dans le pays. C’est de la pure propagande, qui ne leur sert qu’à justifier leur politique de nettoyage ethnique. Malheureusement, il y a encore trop de gens qui les croient, en et hors d’Israël ».

Les films que Daoud nous propose de visionner ont été tournés par des bénévoles internationaux, pas par des Palestiniens. Ils témoignent de la destruction de maisons palestiniennes, de l’expulsion de Palestiniens et de l’occupation des lieux par des colons israéliens.

Voici ce que le premier film nous rappelle ou nous apprend : au moment des Accords d’Oslo de 1993-1994 [7], les Israéliens ont offert la citoyenneté israélienne aux Palestiniens de Jérusalem, mais ceux-ci l’ont refusée : ç’aurait été accepter l’occupation de leur pays par Israël. Aujourd’hui, les habitants de Jérusalem ont une carte d’identité israélienne, laquelle leur permet de rester à Jérusalem. (Daoud, par exemple, en a une ainsi qu’un passeport jordanien). Les Palestiniens de Jérusalem sont considérés comme “résidents permanents” (ce qui leur donne par exemple accès aux soins médicaux), mais ils n’ont pas la nationalité israélienne ni aucune autre d’ailleurs. S’ils quittent Jérusalem pour partir en voyage ou aller voir leur famille en Cisjordanie, ils courent le risque de voir leur carte d’identité confisquée. Inversement, depuis la deuxième intifada, il est de plus en plus difficile pour les travailleurs vivant en Cisjordanie d’obtenir des permis de travail et donc d’entrer dans Jérusalem.

Dans ce film, il est ensuite question de Sheikh Jarrah, un quartier de Jérusalem-Est dont plus de 500 habitants ont été récemment chassés, alors qu’ils avaient des documents prouvant que leur maison leur appartenait. Le but est toujours le même : faire de la place pour de nouvelles maisons (ici 200) destinées à des colons. Les 28 familles jetées hors de chez elles sont pour la plupart des réfugiés de 1948 qui ont du fuir Haïfa et ont vécu sous tentes un certain temps avant de pouvoir trouver un abri en dur à Jérusalem-Est...

Daoud propose de nous emmener sur place le lendemain et de nous montrer une maison dont les propriétaires ont été chassés en 2008. La police et les colons ont investi la maison à peine une heure après l’expulsion des propriétaires. Ceux-ci ont campé un certain temps juste en face de leur ancien foyer mais, ils n’avaient même plus le droit d’aller arroser leur jardin et leurs arbres.

Après Sheikh Jarrah, les bénévoles sont allés tourner des images dans le quartier Al-Bustan de Silwan. Ses habitants sont progressivement évacués afin qu’y soit construit un "parc biblique" pour les Juifs. Israël a déjà décrété des dizaines d’ordres de démolition et continue à en décréter davantage afin d’ouvrir l’espace devant le projet de la "Cité de David", projet basé sur l’hypothèse que c’est à Silwan que le roi David avait fait construire son palais. «  La judaïsation et l’annexion de Silwan sont un pas important dans l’annexion de Jérusalem-Est. Le but du gouvernement israélien est de faire en sorte qu’il y ait une majorité juive pour empêcher, par les réalités créées sur le terrain, que Jérusalem-Est ne devienne la capitale d’un futur Etat palestinien. »

« Voici comment cela se passe : 5h30 du matin, des coups à la porte. A l’entrée de la maison, des soldats armés. Ils annoncent aux résidents qu’ils ont 3 heures pour faire leurs paquets et vider les lieux. Il pleut, adultes et enfants se retrouvent à la rue : les bulldozers sont déjà là et commencent à démolir leur maison sous leurs yeux. »

Daoud nous dit qu’en parallèle à tout ceci, Israël a entamé le creusement de tunnels sous la Mosquée Al-Aqsa, lesquels sont censés révéler des preuves archéologiques de l’occupation juive millénaire du sol. « Autour d’Al-Aqsa, les soldats israéliens ont forcé les habitants à détruire eux-mêmes leur propre maison. S’ils refusaient de le faire, ils se retrouvaient en prison ». Et Daoud nous parle d’un plan papier, datant de 1959, sur lequel les maisons palestiniennes ont un simple numéro : il n’y a aucune référence aux habitants, comme s’ils étaient inexistants. « Le parallèle avec les numéros que les Nazis tatouaient sur le bras des Juifs prisonniers des camps est douloureusement évident », commente Daoud tristement.

Anne-Claire et Tanguy ne peuvent s’empêcher de frémir en se rappelant qu’en 2009, Daoud parlait déjà de morts et d’expulsés palestiniens au groupe Taayoush. C’est terrible de constater que rien ne s’est arrangé depuis pour les Palestiniens de Jérusalem. Bien au contraire, tout a continué : les expulsions, les démolitions de maisons, les déportations et les blessures, les décès lors des descentes de la police ou des soldats israéliens dans les quartiers palestiniens. Comment ne pas croire que tout cela ne soit pas concerté, voulu ? Un harcèlement permanent dont le but est de décourager les Palestiniens, les faire craquer, les forcer à partir ; vider le pays de leur présence et le re-remplir avec de bons Israéliens bien juifs. Comme le résume un Palestinien dans ce premier film, la politique israélienne ne vise à rien d’autre qu’à littéralement “take peace by pieces [8].

Daoud nous lance maintenant un second petit film. Le thème est le même : judaïsation de Jérusalem-Est et nettoyage ethnique.

« Si vous regardez attentivement la carte, vous verrez que le tracé du mur s’enroule autour des 22 villages de Jérusalem-Est et forme comme des doigts. 211000 colons vivent aujourd’hui illégalement sur des terres qui ont été confisquées à des Palestiniens. Ils ont tout bonnement annexé Jérusalem-Est avec ce mur de l’apartheid, y incluant les colonies de Ma’ale Adumim, Gibeo et Etzion. » [9]

Ce qui est affolant, c’est d’entendre la réaction des colons israéliens interviewés quand on leur demande s’ils se rendent compte de la situation, le fait qu’ils vivent là parce qu’ils en ont chassé les habitants palestiniens. Ils s’en fichent, n’en n’ont rien à cirer, ce n’est pas leur problème… Et nous entendons les plus agressifs justifier leur droit d’être là en invoquant la religion... Il semble bien qu’Israël a développé une réelle propagande au travers de son système d’éducation : l’idée qu’ils sont chez eux, et personne d’autre, est inculquée aux enfants israéliens dès leur plus jeune âge.

Le deuxième film s’achève. Nous demandons à Daoud ce qu’il en était de la population juive de la vieille ville avant la création d’Israël. « Les hiérosolymitains [10] juifs vivaient en harmonie avec leurs voisins arabes autour d’Al-Aqsa. Certains ont refusé l’occupation israélienne et ont, en conséquence, passé plus de 28 ans en prison. Ensuite, comme vous le savez, les Israéliens ont fait main basse sur le quartier maghrébin en juin 1967 et ont continué à prendre des maisons ici et là dans toute la vieille ville. Maintenant, ils contrôlent complètement le “Mur des lamentations” qui est supposé être un mur du Second Temple. Ils ont commencé à creuser des tunnels, toujours à la recherche de preuves de leurs droits sur Jérusalem. »

« Les colons agressifs instrumentalisent la religion et utilisent la propagande et l’enseignement pour justifier leur droit d’être là. L’histoire religieuse est sans doute vraie, mais on n’a trouvé aucune preuve de ce que cette terre appartient effectivement davantage aux Juifs qu’à un autre peuple. Les Israéliens ne sont ici que depuis deux générations, soit 60 ans, les Palestiniens, eux, étaient déjà là il y a 2000 ans ainsi que l’atteste, par exemple, le nom qu’ils donnent à la Porte de Damas. Les Israéliens l’appellent : “la Porte de Naplouse”, mais l’ancien nom palestinien est “la Porte de la Colonne”, ou “la Porte d’Hérode”, en référence directe à l’histoire de la ville. »

Nous interrogeons Daoud : que reste-t-il de la possibilité d’un Etat palestinien avec Jérusalem-Est comme capitale ? « La seule façon pour les villages palestiniens de s’étendre est hors du mur d’apartheid, tandis que les colonies pourront continuer à grandir à l’intérieur. Résultat : il y aura de plus en plus de Juifs dans la partie est de la ville, un état de fait qui laisse peu d’espoir aux Palestiniens de garder Jérusalem-Est comme capitale de leur Etat. Quant à un Etat-même …Comment pourrait-on former un Etat à partir des trois ghettos auxquels le mur de séparation, les checkpoints et les colonies ont réduit la Cisjordanie ?... Cela semble de plus en plus impossible, vu le trop grand nombre de petites entités palestiniennes, lesquelles sont toutes coupées les unes des autres et entre lesquelles des colonies continuent à se développer. »

En savoir plus sur la colonisation à Jérusalem-Est

L’évidence sur le terrain (1) : visite de la vieille ville

Nous remercions la directrice du centre Spafford qui nous a accueillis et, sous la conduite de Daoud, prenons la direction de la Porte de Damas, où nous attend Moustapha qui va nous guider lors de nos premiers pas dans la vieille ville. Plongée dans le souk. Au milieu des appels des marchands et des rires des enfants, nos estomacs crient famine. Daoud nous guide vers un mini-snack tenu par un de ses amis. Il n’y a que 5-6 chaises de jardin en plastique que les habitués nous cèdent immédiatement. Nous nous asseyons sur les genoux les uns des autres et dégustons nos premiers falafels-légumes, sauf Natalia que cela n’inspire pas du tout. Daoud et Moustapha mangent debout. Nous notons qu’ils saluent des dizaines de gens qui montent et descendent la rue qui grouillent de monde, de gamins poussant ou tirant des charettes pleine de pain, ou de fruit... Un repas délicieux dans une atmosphère bien agréable. Et puis, on est partis pour la visite.

L’itinéraire que Moustapha nous fait suivre n’a que peu à voir avec celui réservé aux « touristes religieux » venus du monde entier pour « s’approprier » d’une certaine façon la ville où se sont déroulés différents épisodes de la Bible. Notre « circuit alternatif » raconte la réalité du présent et du passé proche, beaucoup moins glorieux, beaucoup moins romantique.

Nous nous rendons entre autres à l’ancien hôpital autrichien, aujourd’hui transformé en hôtel (on apprend que le nouvel hôpital autrichien a été réquisitionné par Israël qui en a fait un QG de la police, en plein Jérusalem-Est !). De la terrasse du bâtiment, la vue sur la vieille ville est remarquable mais notre attention est surtout attirée par les nombreux drapeaux israéliens qui flottent sur les toits de maisons situées dans le quartier musulman de la vieille ville. Autant de preuves de la judaïsation croissante de ce quartier, au mépris du droit international. [11]

Nous ressortons de l’hôtel, passons devant une ancienne mosquée, également confisquée et aménagée en base militaire israélienne. Comme Marie-Gaëlle fait une remarque amère sur la présence de trois miliciens armés qui se baladent, plus qu’ils ne marchent devant nous, Laurie rétorque que "c’est normal qu’ils y ait des soldats, puisqu’Israël occupe le territoire". Tanguy manque de s’étrangler : mais c’est justement ça le problème, ils occupent un territoire qui ne leur appartient pas ! Ils l’occupent par la force, comme les Allemands ont occupé la Belgique pendant la guerre ! Mais devant l’air fermé de Laurie, c’est au tour d’Anne-Claire de faire un signe "patience". Elle comprendra sans doute mieux quand on sera dans le camp de réfugiés...

Quelques mètres encore, et Moustapha nous fait entrer dans un bloc d’habitations qui abrite plusieurs familles palestiniennes et... une famille de colons israéliens, au dernier étage ! Ces derniers se sont littéralement barricadés et sont protégés de surcroît par un petit poste de garde placé sur le toit. En levant les yeux, nous apercevons le casque du soldat israélien en faction. Moustapha nous explique que la "cohabitation" se passe plutôt mal car, de manière bien compréhensible, les familles palestiniennes qui vivent là dans un dénuement certain voient d’un mauvais oeil l’installation de jeunes colons riches et armés sous leur toit et l’arrogance avec laquelle ils vont et viennent... Les maisons sont dans un piteux état. Les familles palestiniennes qui y vivent sont entassées dans des espaces plus qu’insuffisants. Mousapha nous invite à jeter un regard discret par une porte entrouverte : des morceaux de tôles et de simples tissus tendus en travers d’une pièce séparent deux "habitations". Commentaire de Moustapha : « vous voyez qu’au niveau de l’intimité, ce n’est pas tout à fait ça… » [12]

Ensuite, Moustapha nous fait voir le « Petit Mur des Lamentations », ainsi appelé car il s’agirait d’un autre vestige du mur occidental du Second Temple, plus proche de l’antique et vénéré « Saint des Saints ». Pour cette raison, des Juifs religieux viennent s’y recueillir jour et nuit, au grand dam des habitants palestiniens que l’affluence des Juifs en prière empêche parfois de pouvoir rentrer chez eux ! [13].

A proximité de l’entrée de l’esplanade des mosquées, nous bifurquons sur la droite et entrons par une grande porte ouverte dans le quartier le plus pauvre de Jérusalem-Est (il n’est même pas répertorié sur les cartes…) : le quartier des Palestiniens africains, originaires du Sénégal, Soudan, Niger et Nigéria, et qui sont arrivés ici soit comme pèlerins en route vers la Mecque (Jérusalem est la troisième ville sacrée pour les Musulmans), soit comme soldats de l’armée britannique avant 1948. Ils sont restés, se sont mariés et ont eu des enfants.

Rencontre avec Ali Jiddah

Moustapha nous emmène rendre visite à son cousin qui n’est autre qu’Ali Jiddah, que le groupe Taayoush avait déjà rencontré en 2009. Anne-Claire et Tanguy sont à la fois heureux et émus de le revoir, d’autant plus qu’Ali leur semble avoir vieilli et maigri. Il n’a toujours pas droit aux soins médicaux que réclame son état de santé (douleur et paralysie de sa main gauche, voir « La Belle Résistance »). Non seulement cela, mais Moustapha nous informe discrètement qu’en fait Ali se remet difficilement d’une agression dont il a fait l’objet quelques jours auparavant : alors qu’il guidait un groupe de Français dans la vieille ville et leur faisait faire une visite alternative (çàd en racontant les choses telles que les Palestiniens les ont vécues), il s’est fait interpeller par huit colons israéliens qui l’ont violemment agressé, d’abord verbalement, puis l’ont frappé jusqu’à ce qu’il s’écroule sur le sol, la tête en sang. Une ambulance l’a amené à l’hôpital. Ali cache son bandage sous une casquette. Il n’y a rien à faire. Se plaindre à la police (israélienne, il n’y en a pas d’autre à Jérusalem) pour attendre deux, voire trois ans avant que son dossier soit traité, et finalement s’entendre dire « votre cas n’intéresse pas le public »… à quoi bon ?

« Tous les Palestiniens sont susceptibles d’avoir des ennuis un jour ou l’autre, soit avec les soldats, soit avec les colons. C’est comme ça dans tout le pays et cela n’émeut que peu de gens. Mais basta, nous dit-il, c’était il y a 5 jours, je suis content de vous recevoir ici chez moi. » Il sourit, mais ses yeux ne répondent pas à l’action des lèvres…

« Les Palestiniens aiment les Belges, nous dit-il encore. Ils savent que les citoyens européens ont réagi après la guerre de Gaza en janvier 2009. Mais ils savent aussi que la ligne officielle des Européens vire lentement mais sûrement à droite et ils sont outrés du silence total de vos gouvernements par rapport à cette guerre. Le fait que vous soyez là donne aux Palestiniens la sensation qu’ils ne sont plus seuls. Votre rôle, nous dit Ali, c’est d’aller parler à vos représentants. »

« Les Palestiniens ne souhaitent qu’une chose : avoir la même vie que n’importe quelle autre personne libre. Il faut savoir qu’il nous est interdit de sortir après 20h, ce qui rend la vie sociale et les visites chez des amis ou à la famille impossible. Comme je vous l’ai dit, nous ne sommes jamais à l’abri d’ennuis avec les soldats ou les colons. Ceux-ci nous prennent nos biens (maisons, échoppes) "pour des raisons sécuritaires". Chaque vendredi soir et chaque samedi, ils déambulent dans les rues de la ville en disant et chantant leurs prières de manière complètement hystérique, en tapant des pieds... Ils terrorisent les habitants, en particulier les enfants... »

Anne-Claire et Tanguy se regardent : Ali n’a plus le même punch. Son discours n’est pas aussi structuré que la première fois. Il s’interrompt souvent, semble ne plus savoir que dire ni par quoi commencer. En réponse à nos questions, il nous dit un mot de la division entre le Fatah et le Hamas : "Les Israéliens, les Européens, les Etats-Unis et les pays arabes ont intérêt à ce qu’ils restent divisés", et aussi ce qu’il pense des révoltes arabes : « Saddam Hussein, Omar Béchir et consorts sont des dictateurs qui ont été créés par les Européens et les Américains, lesquels jouent un rôle double vis-à-vis de Kadhafi, tandis qu’ils ne réagissent pas par rapport à ce qui se passent au Bahreïn et au Yémen. Les intérêts économiques parlent.... Mais ce qui se passe avec l’Egypte, l’ouverture de la frontière à Rafah : Gaza n’est plus tout à fait sous blocus, me donne de l’espoir. »

Selon Ali, s’il devait y avoir une troisième intifada en Palestine, cela signifierait à nouveau beaucoup de souffrances pour des hommes et des femmes qui ont déjà tout perdu, qui ont l’impression d’avoir été trahis par tout le monde. Il rappelle quand même que ce sont des Européens qui ont commis le judéocide, mais que ce sont les Palestiniens qui en paient les conséquences. Pour lui, la solution la plus réaliste serait que Palestiniens et Israéliens arrivent à dépasser cette longue histoire de violence pour créer un Etat laïc et démocratique, où ils pourraient vivre ensemble. "Mais, ajoute-t-il, si un jour la Palestine devenait indépendante, il y aurait un énorme problème avec la jeunesse, aussi bien palestinienne qu’israélienne. Aussi bien entre eux qu’avec « les autres ». Tous les jeunes de ce pays sont psychologiquement détruits. » Et Ali nous dit un mot des jeunes soldats israéliens, entrés à l’armée à 18 ans pour trois ans et qui, lorsqu’ils se marient, ont de graves problèmes relationnels avec leur femme, leurs enfants. "Surtout, la mentalité de la majorité d’entre eux est que les Israéliens sont supérieurs aux Palestiniens. Comment cela peut-il changer ?"

Lorsque Laurie le lui demande, Ali répond que la sagesse dont il fait preuve est le résultat de ses années de prison [14]. Il n’y a pas d’autre choix. Et il nous explique que « si les Israéliens prononcent peu de condamnations à mort contre les militants palestiniens, ils en tuent chaque jour, ne serait-ce qu’au travers des conditions de détention imposées. Pour survivre, il faut avoir une forte personnalité, mais aussi être convaincu du bien-fondé de sa lutte. » 

Nous remercions Ali de nous avoir reçus ; nous ne voulons pas rester plus longtemps. Il est clairement très fatigué, sa voix est plus faible, son discours moins énergique que dans le souvenir d’Anne-Claire et Tanguy. Ca leur fait mal au cœur à tous les deux.

Nous sortons du petit périmètre africain et continuons de descendre en direction de l’esplanade. Juste avant d’arriver au checkpoint qui y donne accès, Moustapha nous invite à entrer dans un restaurant tenu par des Palestiniens. C’est un endroit magnifique, organisé sur deux niveaux : un rez-de chaussée qui s’ouvre en mezzanine sur une cave. Les blocs de pierre blanches sont très anciens, les deux salles très belles. Il n’y a pas grand monde, les serveurs attendent la clientèle, très stylés dans leurs uniformes. Moustapha attire notre attention sur le mur mitoyen : les Israéliens avaient commencé à construire un tunnel qui devaient traverser toutes les caves "inemployées" des maisons de la rue vers le Mur des Lamentations. Afin d’éviter cela, les propriétaires de cette maison ont décidé d’ouvrir un restaurant dans la cave. Les Israéliens ont dès lors dû renoncer à leur projet, mais ils ne se gênent pas pour détourner les touristes du restaurant en lui faisant une mauvaise publicité (la nourriture serait mauvaise, etc…). Nous secouons la tête : il n’y a donc pas de limites à tout cela ?

Nous poursuivons notre déambulation avec Moustapha et Daoud. L’environnement change : d’autres rues en escaliers, des places, des maisons de belle facture. La différence est nette, presque brutale, entre le quartier musulman et le quartier juif où nous nous trouvons à présent, le premier presque bordélique, un peu sale, voire miteux, mais plein de vie, de cris, d’appels, de conversations, le second particulièrement calme, bien entretenu, ordonné, froid, mort. [15]

Nous nous arrêtons un instant sur une placette, en contrebas de laquelle il y a des traces de fouilles archéologiques. Vue imprenable sur l’esplanade devant le Mur des Lamentations. Par-dessus, l’or du Dôme du Rocher et, vers sa droite, la mosquée Al-Aqsa. C’est donc à l’emplacement de cette esplanade que se trouvaient les maisons du quartier maghrébin… Moustapha nous en dit plus long : « Ce quartier a été rasé dans des circonstances assez particulières : il y a quelques années, des ouvriers qui faisaient partie de l’équipe d’alors ont avoué avoir lancé leurs bulldozers sur les maisons, tout en sachant qu’il y avait encore des gens qui y vivaient. Ceux-ci ne voulant pas quitter leurs maisons, les autorités les ont littéralement enfermés chez eux, alors que les bulldozers avaient commencé leur travail de démolition… Les ouvriers ont été forcé de se taire, mais l’un d’eux a craqué et tout raconté aux médias. »

Nous avons un peu de mal à croire ce que nous entendons… Nous suivons des yeux les allées et venues sur l’esplanade. Au milieu de la foule des touristes, Daoud repère immédiatement des policiers israéliens en civil et nous les montre : une manière de marcher, de se tenir, de s’adresser aux gens… Paul, lui, s’est mis à discuter avec un homme qui, comme nous, jouit de la vue sur le Mur des Lamentations. Ils parlent musique : cet homme dit qu’il aime écouter de vieilles musiques arabes, et les chansons d’Oum Kalthoum et Abdelhalim Hafez... Nostalgie, nostalgie.

Nous reprenons notre chemin au travers du quartier juif.

Une autre placette, un très grand chandelier dans une vitrine et une inscription : « Ménorah dorée, recréée pour la première fois depuis la destruction du second temple selon les recherches dirigées par le Temple Institute. Donation généreuse de Vadim Rabinovitch » - l’histoire biblique a ici valeur d’Histoire… [16] Un peu plus loin, une maison, petites fenêtres grillagées. « Vous ne voyez rien de particulier ?, nous demande Moustapha... Treize caméras. Treize caméras et plusieurs systèmes de fermeture !. « Quel genre de personne a besoin de se barricader de cette façon, pensez-vous ? »Quelqu’un qui se sent en danger, répond Laurie. « D’accord, mais en danger de quoi ? Et pourquoi ? Se sent-on tranquille quand on a volé la place de quelqu’un d’autre ? » Laurie fait la moue, dubitative. Sa résistance à ouvrir les yeux commence à en irriter certains dans le groupe.

L’évidence sur le terrain (2) : visite de Silwan

Moustapha nous quitte là et Daoud reprend les rênes de la visite. Direction Silwan, qui détient le record de chômage et de pauvreté de la partie orientale de Jérusalem. Y habitent 55.000 Palestiniens et 500 Israéliens. Nous avons contourné l’esplanade de mosquées par le quartier juif et redescendons maintenant vers la fameuse « Cité de David » dont il était question dans le film de ce matin, ce parc d’attraction archéologique à thématique biblique qui grignote peu à peu le quartier bas de Silwan et en chasse ses habitants. Nous longeons un chantier dont les grilles sont cachées par de joyeuses affiches publicitaires en hébreu.

Tanguy partage avec nous des informations qu’Anne-Claire et lui ont reçues lors d’une conférence le 28 mars 2010, entre autres sur la problématique des fouilles archéologiques menées par les certains Israéliens, et qu’un groupe d’archéologues israéliens contestent. Silwan est une des plus importantes communes de Jérusalem-Est et se situe au sud-est de de l’esplanade des mosquées, au pied du mur de la vieille ville. Au début des années 90, un organisme privé d’extrême droite, Elad (acronyme de ’el ir David’, vers la ville de David) colonise quelques maisons dans le quartier de Silwan. En 1998, la municipalité de Jérusalem lui confie la gestion entière des sites archéologiques de l’endroit. Les travaux de préservation [17] des sites sont financés par le gouvernement israélien qui depuis 2005 verse 50 millions de shekels par an, avec pour principal bénéficiaire Elad.

Daoud enchaîne :« Des habitants ont porté plainte contre les excavations souterraines qui mettent en péril les fondations de leurs demeures. Ils ont été arrêtés pour être interrogés. En 2002, la municipalité israélienne de Jérusalem a décidé de démolir le quartier d’Al-Bustan : plus de 88 maisons ont été détruites depuis, ce qui fait qu’aujourd’hui plus de 1000 personnes sont privées de leur logement... Des fouilles archéologiques devraient démontrer que le roi David a vécu là, preuve que, effectivement, Jérusalem tout entière a été et doit rester propriété des Juifs... Le fait est que les archéologues n’ont rien trouvé de probant durant leurs 20 années de fouilles [18] mais le mythe est plus fort que la réalité, comme souvent."

Anne-Claire, qui aime appeler un chat un chat, relaie la constatation à laquelle les intervenants de la conférence du 28 mars 2010 à Bruxelles étaient arrivés : l’archéologie est instrumentalisée au service du nettoyage ethnique de Jérusalem [19]. Mais, insiste-t-elle, tous les Israéliens ne sont pas à mettre dans le même panier : un petit groupe d’archéologues israéliens membres de Emeq Shaveh a décidé de créer son propre circuit des sites archéologiques de Silwan, en coopération avec les habitants du quartier.


Ils veulent offrir une perspective différente aux visiteurs : l’archéologie sans appropriation, qui considère le passé comme un bien commun, où chaque strate contribue à la compréhension de l’histoire de Jérusalem sans chercher aucunement à prouver la préséance d’une identité ethnique (Palestiniens, Israéliens ou Européens) sur une autre. [20].

Daoud dit encore : « Quand les maisons ne sont pas détruites, elles sont occupées par des colons, et les terrains non-bâtis sont récupérés pour y installer des infrastructures touristiques. Dans la vallée face au quartier d’Al-Bustan, par exemple, il y a maintenant une série de parkings.... Quant à Silwan même, le 22 juin 2010, le maire de Jérusalem a annoncé un plan de destruction de 22 maisons à Silwan pour faire place à un centre touristique... » [21]

A l’intérieur du parc, à droite de l’entrée principale, une clôture cache… une maison palestinienne, la dernière encore debout ! Par quel miracle ? Toutes les maisons voisines ont été détruites. Une douce musique de harpe est diffusée dans ce "havre de paix" où se croisent des soldats israéliens, des écoliers et des groupes de touristes étrangers qui tous entendent le message délivré par Elad : la présence de la capitale de David il y a 3000 ans légitime la colonisation du quartier. Réflexion mi-figue, mi-raisin de Caroline : on se croirait dans un Disneyland pour rabbins...

Des escaliers en bois mènent à un réseau de fouilles souterraines. Nous ne voyons pas ce que nous pourrions y lire et remontons à la surface. Daoud nous guide jusqu’à l’extrémité du parc qui s’ouvre sur une petite vallée caillouteuse de l’autre côté de laquelle nous apercevons Ras Al-Amoud, le quartier haut de Silwan où résident Daoud et sa famille depuis plusieurs générations [22]. Pour combien de temps encore ? Tandis qu’il nous parle du comment et du pourquoi de ce parc biblique, nous sommes distraits par les commentaires d’un guide israélien qui, à quelques pas de nous, raconte en anglais une toute autre histoire à son groupe, selon toute apparence, des Américains juifs venus s’extasier devant les ruines de la "Cité de David". Sentiment étrange d’être sur deux plaques tectoniques différentes, isolées l’une de l’autre par un mur invisible qui rend aveugle et sourd à une autre réalité que la sienne propre [23]. "Tu ne risques pas d’avoir des ennuis ?", demande-t-on à Daoud. "Cet autre guide doit bien se douter que tu dis autre chose que lui". Daoud sourit. "Oui, sans doute. Mais, quoi ? Ne plus vivre ?". Difficile pourtant d’oublier que nous sommes en plein cœur d’un quartier palestinien. En dehors de l’entrée principale, toutes les issues du site sont fermées par des barrières et tourniquets : le parc de David est effectivement un lieu refermé sur lui-même...

Nous quittons le parc qui est encore en plein aménagement, suivons la petite route jusqu’à la Piscine de Siloé, mentionnée dans la Bible. Tout à côté, des travaux, encore. "Les Israéliens creusent des tunnels pour mettre au jour les anciennes canalisations… On ne sait pas encore où ils mènent." Nous faisons la grimace : clairement, il y a appropriation des vestiges archéologiques de la ville... [24]

Nous voici maintenant devant la tente de la solidarité, une grande tente dressée depuis 2009 par des gens de l’endroit le long de la route centrale de la ville basse de Silwan, en signe de protestation contre les visées israéliennes sur le quartier d’Al-Bustan. C’est un endroit où les Palestiniens se retrouvent, ceux qui ont perdu leur maison dans les projets israéliens et ceux qui les soutiennent. Il s’y organise des manifestations culturelles, destinées à attirer l’attention sur leur sort de sans-abris en sursis. Des milliers de gens y sont déjà venus pour témoigner de leur soutien aux habitants de Silwan. Parmi les visiteurs, il y a eu des représentants d’ONG, des politiciens, des ambassadeurs et des activistes travaillant à la défense des droits de l’homme. L’ex-président des Etats-Unis Jimmy Carter et l’ancienne Présidente irlandaise Mary Robinson en font partie. Et chaque vendredi il y a là un rassemblement pacifique d’activistes palestiniens et israéliens… Avec, en général, une réaction militaire israélienne typique : lancement de bombes lacrymogènes et arrestations massives.

Un représentant du comité de quartier est assis sous la tente, qui nous attend. Daoud nous a aménagé cette rencontre avec lui. Il se présente en nous donnant ses 10 noms et ceux de ses ancêtres, ce qui nous fait rire. Il s’agit du papa de l’enfant de 11 ans dont il était question dans le film que Daoud nous a montré. Nous redevenons instantanément sérieux. Ce monsieur nous parle doucement. Il a l’air fatigué. Sans doute n’est-il pas si vieux que cela, s’il a encore un enfant si jeune... Il nous parle d’abord de la situation des habitants du quartier. La municipalité israélienne émet des ordres de démolition des maisons sans s’inquiéter le moins du monde du sort des familles devenues sans abri. Selon Israël, ces maisons sont illégales car elles ont été "construites sans permis". En réalité, beaucoup de ces maisons datent d’avant 1967, certaines ont été construites dans les années 70, d’autres dans les années 80. Mais, au cours des années les propriétaires ont fait des aménagements et, pour certains, des agrandissements à leur maison. Personne n’a jamais interdit aux Palestiniens de le faire. Après tout, ils étaient sur des terrains qui leur appartenaient.

Les ordres de démolition ont effectivement été donnés aux habitants du quartier, mais aucune date fixe, ce qui fait que toute la communauté vit dans la peur constante de voir arriver les bulldozers israéliens d’un moment à l’autre. Les familles d’Al-Bustan vivent dans un stress insupportable, d’autant plus que, trop fréquemment, la police israélienne et l’armée font des descentes dans le quartier pour arrêter des enfants de 9, 10 ou 11 ans. Le but est de les effrayer, de les casser. Les mères qui envoient leurs enfants à l’école le matin craignent de ne pas les voir revenir le soir. Beaucoup d’entre elles font dormir leurs enfants tout habillés parce qu’elles ont peur que les autorités ne débarquent en pleine nuit et ne les « enlèvent ». Les enfants vivent dans un climat de peur permanent, et ils sont nombreux à avoir des problèmes de sommeil et à faire des cauchemars. Et pour ce qui est de faire sortir leurs enfants de prison, les parents sont obligés de payer des amendes très élevées...

Notre hôte nous parle alors de son propre fils : il a 11 ans et a déjà été plusieurs fois arrêté par les soldats et envoyé en prison sans aucune raison, de façon tout à fait arbitraire. Les soldats peuvent faire cela : arriver dans un lieu où des enfants jouent, en arrêter un ou plusieurs, les emmener sans que leurs parents en soient informés autrement que par d’éventuels témoins de la scène. Ou alors, ils viennent les chercher chez eux et les parents ne peuvent rien faire pour empêcher leur enfant d’être emmené sous des prétextes souvent fallacieux. Son fils, par exemple, a été accusé d’avoir jeté des pierres. C’est un motif d’arrestation extrêmement courant, tant pour les enfants de Jérusalem-Est que pour ceux de la Palestine occupée. Mais, à l’heure à laquelle les soldats accusent son jeune fils d’avoir jeté des pierres, celui-ci était en fait à l’école. Rien n’y a fait, ni les témoignages des enseignants, ni ceux des autres enfants de l’école…

Quelle fatigue sur le front de cet homme, une infinie tristesse dans ses yeux, beaucoup de gravité dans sa voix... Il a préparé un thermos de café, qu’il nous sert dans de petits gobelets en plastique. Tandis qu’il parle et que Caroline traduit, un homme puis un autre encore entrent et se joignent à notre cercle. Ils opinent du chef, ajoutent çà et là un petit commentaire à ce que dit notre hôte. Surtout, ils nous regardent avec des yeux immenses, comme si nous étions une promesse, une fenêtre ouverte. Et nous confirmons : oui, nous irons dire, répéter ce que nous entendons ici, nous ferons passer le message, pour que, chez nous, l’on sache ce que vivent les gens ici. [25]

Nous sortons de la tente, assommés par ce que nous venons d’entendre. Nous n’avons pas tout suivi : notre hôte parlait en arabe et Caroline faisait son possible pour traduire en français ce qu’il disait. Mais elle nous avoue manquer de vocabulaire. Elle n’a, en fait, jamais vécu en Palestine, même si elle retourne chaque année voir sa famille : des“ Arabes israéliens” qui vivent au nord de ce qui est aujourd’hui Israël. Natalia et Sébastien, les pauvres, se sont presque endormis sur leur chaise. (Anne-Claire leur a fait signe de changer de place : ils étaient assis juste en face de notre hôte et c’était pour le moins embarrassant qu’ils s’endorment alors qu’il nous parlait de son fils toujours en prison !) Mais nous avons suffisamment compris pour comprendre qu’il s’agit là d’un exemple clair du nettoyage ethnique qu’Israël a entrepris à Jérusalem : le gouvernement essaie de débarrasser la ville de sa population Palestinienne d’origine. Ce témoignage nous a permis aussi de nous faire une idée de l’enfer dans lequel les habitants de Silwan et Al-Bustan se trouvent. [26]

Pour clore la journée sur une note plus légère, Daoud propose de nous emmener chez lui, à Ras al-Amoud. Quelle bonne idée ! Nous avons vraiment envie de voir où il vit et de rencontrer sa famille. Nous ne savons pas grand chose de lui, il est si discret. A nos questions "personnelles", Daoud répond qu’il est tellement engagé dans ses activités pour et avec les enfants de Jérusalem-Est et a tant à faire avec les contacts qu’il prend, les visites qu’il organise pour des gens comme nous, qu’il est bien obligé d’admettre qu’il n’a pas le temps de penser à lui ou de rêver à fonder une famille. Ca nous fait quelque chose, parce qu’il le dit si doucement, avec ce sourire magnifique qu’il a toujours lorsqu’il parle de choses graves.

A sa suite, nous suivons un dédale de ruelles étroites qui serpentent entre les habitations, toutes des constructions sommaires, puis passons entre ce qui fait office de terrain de sport et un champ de gravats : ce qu’il reste d’une maison palestinienne démolie par des bulldozers israéliens le 2 mars 2009. Ensuite, nous nous attaquons à une montée pas mal raide : des escaliers de pierre qui nous permettent de nous faufiler entre les maisons du quartier natal de Daoud.

Il nous invite à entrer dans son antre, une pièce bureau-chambre en dessous de la maison familiale, nous offre à boire et nous présente une assiette de délicieux biscuits sablés. Pendant qu’à l’étage, sa famille termine le repas du soir, nous montons avec lui sur la terrasse de la maison familiale. La vue sur la Vieille Jérusalem est exceptionnelle, et Marie-Gaëlle ne peut s’empêcher de dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas : quelle injustice pour ces hommes et ces femmes, tous les Palestiniens, qui perdent peu à peu « leur » ville et ne peuvent plus que la regarder de loin !

Après quelques minutes, Daoud nous propose de descendre saluer sa famille. Nous sommes accueillis avec chaleur et dirigés vers un ensemble de canapés, fauteuils, chaises diposés en carré dans la pièce débarrassée des reliefs du repas. Notre petit groupe plus les parents de Daoud, ses oncles et tantes, ses frères, sœurs et un petit Mahmoud d’un an, le filleul de Daoud : nous sommes une bonne vingtaine. Tout le monde se voit, peut se parler par-dessus la table basse et les tasses de thé brûlant. Un peu de timidité, mais bien vite, c’est avec ses voisins immédiats que l’on se met à discuter dans un sabir qui fait rire tout le monde. Anne-Claire est assise à la droite du papa de Daoud qui lui confie qu’il aimerait vraiment le voir se marier. Daoud, qui n’est pas sourd, sourit, tout en jouant avec le petit Mahmoud dont il est visiblement bleu.

Natalia et Laurie admirent la robe traditionnelle brodée de la grand-mère qui, soudain toute coquette, se lève et tourne sur elle-même pour mieux faire admirer son travail. Tanguy discute avec ses voisins immédiats de la situation politique. Paul, Margot et Marie-Gaëlle sont en plein échange philosophique avec d’autres membres de la famille. L’islam n’est pas ce que l’Occident croit ; il y a fondamentalement un grand respect du christianisme et du judaïsme, car ces religions partagent la vision d’un seul et unique Dieu. L’islam reconnaît aussi Marie et propose les mêmes règles de vie que les deux autres religions (les 10 commandements, par exemple). Il suffit de respecter ce qui est écrit dans le Coran pour avoir une vie bonne. Quand on leur dit qu’en Occident on croit dur comme fer que l’islam impose la soumission des femmes, ils sourient : la tante de Daoud nous apprend qu’elle est pharmacienne... Ca ne cadre pas tout à fait avec l’image que les Occidentaux se font en général des musulmanes ... Et Sébastien prend des photos, pour ne rien oublier de cette soirée toute simple, toute chaleureuse, toute paisible, malgré tout ce qui se trame et se passe au dehors.

Nous repartons vers la vieille ville en "service" (minibus) avec Daoud (ouf ! nous n’aurions pas pu faire un pas de plus !). Première journée bien dense, et riche en rencontres et en découvertes. Nous la terminons au Jerusalem Hotel, restaurant typiquement palestinien situé près de la Porte de Damas. Des musiciens jouent du oud. Caroline a donné rendez-vous à un des ses oncles, palestinien-israélien. Lorsqu’il arrive avec sa femme et sa fille, nous leur faisons de la place à notre table. Les retrouvailles avec Caroline sont très joyeuses, on les sent tous très émus. Daoud prend une première leçon de français et, avant de partir, il dira avec un délicieux accent « j’ai passé une excellente soirée en votre compagnie ». Adopté ! Anne-Claire avait bien prévenu le groupe : vous verrez, c’est un jeune homme adorable. Et elle nous apprend un mot qu’on collera durant tout le voyage sur chaque personne enivrante et gentille qu’on rencontrera : Habibi. Daoud est notre premier Habibi… C’est vrai qu’on l’adore.

Voir les photos de la visite de la vieille ville

Voir les photos de la visite de Silwan

En savoir plus sur la colonisation à Jérusalem-Est

Lire la suite du voyage


[1Voir aussi notre petite chronologie.

[2Massacres organisés contre une communauté ethnique ou religieuse

[3Lire visite du musée de la Haganah, dernier jour à Tel Aviv

[4A propos de la judaïsation de la Palestine et des villages palestiniens rasés par l’armée israélienne, voir entre autres les travaux de Benny Morris et des nouveaux historiens israéliens, l’article des Amis d’Al-Rowwad sur la Journée de la Terre en Palestine et les nombreux articles et documents de l’International Solidarity Movement.

[5Pour plus d’informations sur ces villages détruits en 1948, consulter les sites Nakba et Palestine remembered.

[6La loi israélienne sur les biens des absents, votée en 1950, a permis l’acquisition massive de terres palestiniennes laissées vacantes par la récente population des réfugiés palestiniens. Des centaines de milliers de Palestiniens ont été forcés de fuir pendant la guerre, laissant leurs biens et actifs derrière eux. Dans le cadre de la « loi sur les biens des absents », ces vastes étendues de terres ont été placées sous la garde du gouvernement israélien qui à son tour a transféré la propriété à des immigrants juifs. (Source : ABP)

[7Accords qui reconnaissaient l’Autorité Palestinienne, et décida de la division de la Cisjordanie en "zones" : des zones A, sous contrôle théorique de l’autorité Palestinienne, mais les Israéliens y pénètrent s’ils le jugent utile ; des zone B, sous contrôle civil palestinien, mais dont la sécurité intérieure est assurée conjointement par l’AP et par Israël - ce qui signifie en pratique que les Israéliens ont tout à dire ; des zones C, sous contrôle civil et militaire israélien, englobant les "colonies de peuplement" et les principaux axes de communication routière. Les camps de réfugiés et villages situés en zone C peuvent donc à tout moment subir des contrôles de l’armée israélienne.

[8Voir un petit film montrant la réaction d’activistes israéliens bouleversés par ces démolitions de maisons. (Source : Compassionate Listening in Palestine)

[10Habitants de Jérusalem.

[11Voir la carte établie par PASSIA pour se rendre compte de l’étendue de cette judaïsation de la vieille ville.

[12Lire l’article "Jérusalem confisquée".

[13Voir à ce sujet le récent petit reportage d’Euromideastnews (avril 2011).

[15Voir d’autres photos de la vieille ville.

[16Sur la récupération des mythes bibliques, voir l’excellent film d’Avi Mograbi, "Pour un seul de mes deux yeux".

[17Préservation ? En toute inobjectivité scientifique, les archéologues ignorent et parfois détruisent les couches qui attestent la présence d’autres peuples ou civilisations...

[18L’ancienne responsable des fouilles, une archéologue anglaise, a même été licenciée aprés avoir declaré qu’on n’avait rien trouvé dans le coin qui s’apparente à la période du roi David...

[20Ils ont d’ailleurs un site où les universitaires sont invités à signer une pétition appelant le gouvernement israélien à retirer la gestion des sites archéologiques de Silwan des mains d’Elad : http://www.alt-arch.org/petition.php.

[21Ce plan, selon le conseiller juridique de la municipalité de la ville, l’avocat Yossi Havilio, ne correspond pas aux normes juridiques.

[22Daoud en a eu la confirmation en faisant son arbre généalogique.

[23Cf. le film du réalisateur israélien, Avi Mograbi : "Pour un seul de mes deux yeux" : le moment où le groupe de touristes est à Massada.

[24Voir le site d’Emek Shaveh pour une approche archéologique différente.

[25Voir un petit reportage datant de février 2009 sur les expulsions à Silwan et le plan Jérusalem 2020... Des images jamais vues sur les écrans occidentaux !

[26Voir d’autres photos de Silwan.