Vendredi 8 avril 2011 : Al-Arroub – Mar Saba

vendredi 28 octobre 2011
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Petit cours d’arabe : les jours de la semaine. Le premier jour s’appelle yawm al-ahad, le premier, c’est logique. Sauf que le premier jour pour les musulmans correspond à ce que nous appelons dimanche. Le second jour est, effectivement "le deuxième jour", yawm al-ithniin, lundi donc. Puis, yawm al-thoulatha (3ème), yawm al-arbiya (4ème), yawm al-ramis (5ème), mardi, mercredi, jeudi, stop... Vendredi n’est pas juste "le 6ème jour", c’est yawm al-djoumoua, le "jour du rassemblement", le jour de la prière, leur "dimanche" en quelque sorte. Et la semaine se clôture sur yawm as-sabt, le 7ème jour, Shabbat pour les juifs, samedi. Le lendemain, yawm al-ahad (notre dimanche), les enfants retournent à l’école : c’est le premier jour de la semaine qui recommence...

Aujourd’hui, donc, jour de la prière et congé pour les jeunes Palestiniens. Merveilleuse occasion de passer la journée tous ensemble. Nous partons en excursion au monastère Mar Saba au nord-est de Bethléem, où nous avons prévu de faire un barbecue. Nous avons dit à nos amis Palestiniens que nous nous chargions de tout. Nous avons demandé à Tareq où l’on pouvait trouver quoi et, avant que toute la bande arrive, nous partons faire les achats de nourriture. Tareq nous emmène dans le « supermarché » (6 rayons, quand même !) où travaille Bassam. Sur place, nous hésitons, demandons à Hassan et Mohammed qui nous ont rejoints ce qui leur ferait plaisir. C’est peine perdue : les Palestiniens ne s’expriment JAMAIS clairement là-dessus. Tout juste nous indiquent-ils que Hachem aime les gros cornichons. Nous en prenons une boîte, pensons à acheter des graines de tournesol, le régal des jeunes. Nous passons ensuite chez un vendeur de légumes qui nous fournit en oignons et tomates, chez le boulanger où nous prenons deux sacs de kmag, pains plats, sortes de galettes souples qui se déchirent et font office de couverts. Il ne reste plus qu’à trouver du poulet pour le barbecue. Hélas, les seuls poulets disponibles sont congelés... Il faut que le vieux marchand appelle un de ses fils pour les tailler en pièces, ce qu’il fait à grands coups de hache. Heureusement qu’il y a du soleil pour attendrir la viande pendant le trajet !

Première "rencontre" avec les soldats israéliens

Rassemblement dans la rue centrale où nous attend le minibus que Sandra s’est chargée de réserver pour la journée. Aucune des jeunes filles palestiniennes ne viendra. Apparemment, c’est inimaginable pour elles (ou leurs parents) qu’elles participent à une activité mixte. C’est vraiment dommage, pour elles et pour nous.

Départ un peu chaotique : sacs de nourriture, instruments de musique, une vingtaine de jeunes à moitié réveillés, tout cela s’entasse sur et entre les sièges. Quelqu’un a pensé au BBQ ?... On se regarde entre Belges, on se sent un peu niais. Ah oui !... en effet… Mais nos amis haussent les épaules en riant : ils nous taquinent et Hashem nous rassure en annonçant que Hassan nous attend devant chez lui avec un demi-fût qui fera l’affaire. Sourires et plaisir de retrouver leurs visages ; on refait un tour des prénoms, sans se tromper ou presque, mais la prononciation n’y est décidément pas. Rires, et bonne humeur : chic, un jour de congé à la campagne avec des amis venus de loin ! Le minibus a démarré et roule lentement en direction de la maison de Hashem qui se trouve juste à l’entrée du camp.

Quelques mètres plus loin, nous apercevons Hassan qui nous attend tranquillement à côté du barbecue, lunettes de soleil sur le nez, brin d’herbe en bouche. Comme il est beau, ce jeune gars dans le soleil ! Il y en a qui craqueraient bien, n’est-ce pas ? Nous lui faisons signe et le mini-bus s’arrête à sa hauteur.

Et là, soudain… Il se passe une chose absolument hallucinante. Nous ne sommes plus ici mais projetés dans un film de guerre ou de science-fiction. D’un coup, quatre-cinq soldats israéliens surgissent de l’entrée du camp et déboulent devant nous, armés, casqués, bottés, habillés en treillis et portant à la ceinture tout un matériel qui n’a rien d’amical. Réflexion de Margot : on les verrait plutôt dans le bush australien que dans un village qui prie...

Il y en a deux qui prennent la ruelle sur leur droite en courant, les genoux à demi pliés comme pour éviter de se faire voir, puis s’accroupissent derrière un bidon d’essence rouillé et pointent le canon de leur fusil d’assaut devant eux, puis vers la gauche, la droite, au-dessus de leur tête... Personne, la ruelle est vide. Un autre contourne notre ami Hassan sans même le regarder, puis longe la maison à notre gauche, le dos plaqué contre le mur, sa mitraillette serrée en diagonale sur son ventre, comme dans les meilleurs films de série B. Un autre encore marche en crabe tout en balayant le flanc droit du mini-bus de la pointe de son arme, l’œil dans le viseur : courses, agitation, ordres jetés et signes péremptoires de la main : avancez !, repliez-vous ! Entourez le bus !... A deux mètres du pare-brise, un jeune  Falasha [1] a mis genou en terre et lève son fusil d’assaut à hauteur d’épaule, le pointe vers Tanguy qui se trouve à l’avant, puis vers le chauffeur. Mais ma parole, il va tirer ! Il va tirer ?... On en a le souffle coupé. Mieux que dans le jeu-vidéo Counter-Strike, pour ceux qui aiment...

Le temps est suspendu. Laurie et Natalia sont couchées au fond de leur siège et rient nerveusement. Margot, Marie-Gaëlle et Caroline suivent tout le cirque bouche bée : ces soldats ont leur âge, ou à peine plus ! Sébastien demande s’il peut prendre des photos, Paul répond que non, on ne peut prévoir leurs réactions. Anne-Claire a pris la main de son ami Tareq. Elle est froide. Quant aux jeunes Palestiniens qui nous accompagnent, ils sont muets, toute insouciance envolée. Nous ne savons pas s’il vaut mieux éviter de regarder par la fenêtre ou non ; il semble que n’importe lequel de nos gestes pourrait déplaire à ces miliciens. Où sommes-nous ? Dans quel univers parallèle avons-nous si soudainement basculé sans nous en rendre compte ?...

De derrière le dossiers des sièges, nous apercevons une femme qui, à quelques pas de nous, descend la ruelle d’en face. Il y a deux petits enfants avec elle. Ils reviennent apparemment d’avoir été acheter de quoi nourrir la famille. Nous oublions de respirer : que va-t-il se passer ? Elle s’arrête, et sans lâcher ses sacs, prend la main de chacun des enfants qui se sont instinctivement rapprochés de leur mère... Silence dans le mini-bus. Silence et immobilité. Attente tendue...

Le soldat qui tenait notre chauffeur en joue se relève et, ignorant la dame et ses enfants comme s’ils étaient transparents, rejoint en courant les autres soldats qui ont pris la rue qui mène à la mosquée du camp. Aujourd’hui, yawm al-djoumoua, jour de prière : ce n’est pas difficile de savoir où trouver un maximum de musulmans rassemblés. Les soldats ont disparu, comme ils sont venus, brutalement... Nous cherchons Hassan des yeux. Il est toujours là, au même endroit, dans la même posture… C’est plus fort que la quatrième dimension : Hassan, le barbecue à la main, ses lunettes de soleil sur le nez, et ces soldats à peine sortis de l’adolescence qui circulent autour de lui avec de vraies armes chargées de vraies balles …

On ne le sait pas encore, mais c’est fini. Comme dans un jeu de postures où, au signal, les gens reprennent le cours normal de leurs activités, achèvent leur phrase interrompue, terminent un geste. Les jeunes Palestiniens ont recommencé à parler entre eux en arabe. Ils s’affairent pour aider Hassan qui monte dans le minibus. Ils ont l’air beaucoup moins amortis que nous. L’habitude ?...

On aimerait comprendre ce à quoi nous avons assisté, ce au milieu de quoi nous nous sommes trouvés. Tareq explique en deux mots : «  C’est un exercice, un entraînement. Ils font ça dans le camp, au milieu des enfants, de la vie quotidienne, sans prévenir, quand ça leur chante ou quand ils s’ennuient trop. Et tant pis s’il y a des problèmes, si l’un deux s’énerve, tire, blesse quelqu’un : "Real-life training"… » Nous l’écoutons, abasourdis : un grand jeu scout, sauf qu’il peut y avoir des blessés, surtout parmi les gosses qui, généralement, répondent à la provocation en jetant des pierres. Les armes israéliennes sont chargées à balles réelles. Les adultes ont appris à attendre que cela passe, mais les enfants... Ils font ça souvent ? « Oui, surtout les vendredis. En fait, quasi tous les vendredis... » [2] Quand on pense que chez nous, il y en a qui se retrouvent le week-end pour des jeux de rôles grandeur nature, jouent « pour du vrai » à la guerre ! Chiqué !... Ici, on peut faire couler du sang chaud, arrêter vraiment des enfants, les envoyer réellement en prison, waouw !... Cette tension qu’on crée chez les habitants du camp, c’est excitant !... Vraiment ?...

Le mini-bus redémarre tout doucement. Nous quittons le camp, direction Bethléem, où nous cueillons Sandra qui passera la journée avec nous. Nous lui racontons en deux mots notre aventure. Nous sommes encore bien secoués. Elle n’est pas étonnée.

En route vers Mar Saba

Juste avant de quitter Bethléem, une autre question intéressante : quelqu’un a-t-il pensé à prendre du charbon de bois ?...

Bon sang, les Belges que nous sommes commencent à se sentir vraiment nuls ! Ca les fait marrer, nos amis Palestiniens, et ça leur donne des idées de chansons qu’ils accompagnent de percussions sur la darbouka qu’ils ont apportée avec eux… Hashem, Mahmoud et Anne-Claire, eux, vont rapidement jusqu’à une petite boutique où ils espèrent trouver l’or noir... Ouf, problème résolu ! Yallah ! On est enfin partis !...

Le paysage défile sous nos yeux, grandiose et désertique. C’est ce que les Israéliens appellent le désert de Judée.

La route est étroite et serpente à flanc de collines. Nous traversons trois, quatre villages palestiniens puis nous arrêtons un instant à un panorama : la vue est incroyable. Sandra précise que, si le temps avait été plus clair, nous aurions pu apercevoir la Mer Morte d’ici !...

Ca et là, une colonie israélienne : arrangement froid et méthodique, quasi militaire, de constructions qui ne cadrent pas du tout avec les ondulations de la campagne palestinienne. Margot grimace : ils ont dû faire appel à des architectes hollandais (elle est elle-même hollandaise :-))...

Loin sous nos pieds, des enfants semblent jouer (ou travailler) dans ce qui a bien l’air d’être une décharge. Où vivent-ils ? Qui sont-ils ? « Je ne sais pas », répond Tareq, « ce sont peut-être des Bédouins. Ils n’ont pas la vie facile non plus... » Et en effet : les Bédouins trouvent de moins en moins d’espaces de vie vu que tous les bons bouts de terres sont confisqués et transformés en bases militaires. Nous remontons à bord. Quelques dizaines de lacets encore et nous apercevons le monastère. Sandra nous en dit quelques mots :

« Mar Saba est un des plus vieux monastères du monde. Il se trouve à environ 15 km de Bethléem, mais il faut y aller en voiture ou en minibus : le bus 60 venant de Bethléem ne va que jusqu’au dernier village, avant la décharge où nous nous sommes arrêtés. Le monastère a été fondé au Vème siècle après J.-C. par saint Sabas de Cappadoce en Turquie. Les bâtiments ont été reconstruits après un tremblement de terre en 1834. C’est un monastère grec orthodoxe. Les femmes n’ont pas le droit d’y entrer. Mais, ajoute-t-elle devant la grimace des éléments féminins du groupe, vous allez voir, ça vaut malgré tout le déplacement : la vue sur les gorges du Cédron est à couper le souffle… »

Devant le monastère, une petite aire de parking. La route ne va pas plus loin. Nous descendons du bus, chargés de victuailles, bouteilles d’eau et sodas, guitares et chichas. Subitement, quelqu’un pose une dernière question intéressante : quelqu’un a pensé à prendre une grille pour poser les aliments à cuire sur le demi-tonneau-BBQ ?... Là, c’est le bouquet… Dire qu’on avait dit qu’on (nous les Belges) se chargeait de tout !... Brève, (mais animée) discussion entre nos amis en arabe : Hashem, qui décidément semble avoir un réel ascendant sur les autres gars du groupe, renvoie le bus avec Baha qui se débrouillera pour trouver et ramener une grille...

En attendant, on va installer notre campement au pied d’une tour carrée construite un rien à l’écart du monastère-même. Tout le monde (ou presque : il y a toujours des planqués ! ;-) ) se met aux pluches, et vas-y que je te verse moult larmes sur les oignons (pauvre Abed !), que je te me coupe le doigt en tranchant les tomates (bravo, Margot !). Bénie soit Sandra qui a apporté des épices (un autre oubli, important dans ce pays où rien ne se mange sans épices !), dans lesquelles on roule les morceaux de poulet qui ont presque fini de dégeler. Improvisation encore : en fait, il aurait fallu faire mariner la viande pendant toute la nuit… On cherche déjà l’ombre. Normal, nous sommes en plein désert et la température est tout ce qu’il y a de moins clément ! Les hommes, eux, s’occupent d’allumer le feu, tout en se charriant ou en fredonnant des bouts de chanson.

Le temps que les braises soient à point, Sandra, Tanguy (qui a protégé son chauve crâne avec un chapeau en toile qui lui donne un look de champignon), Caroline, Mahmoud, Hashem, Laurie et Wassim partent à la découverte de l’endroit : ils veulent aller voir « la source » dont il est question dans les guides touristiques, en réalité un tout petit filet d’eau.


Anne-Claire, restée à l’ombre de la tour avec les plus paresseux (ou les plus travailleurs, c’est selon), propose de préparer une surprise pour les randonneurs. Une chorale belgo-palestinienne qui interprètera un « Mon coq est mort » en français. Je sais, dit-elle, les paroles sont idiotes, mais la chanson en canon est jolie ! Les Palestiniens se prêtent immédiatement au jeu et répètent avec un plaisir évident les mots français. Seule concession : on change le « cocodicodicodicoda » final en « cadacadacadacada » plus proche du cri du coq en Palestine. Eh oui, les coqs aussi parlent arabe !... Chanter tous ensemble, c’est bien. Reste maintenant à chanter en canon…

On rit beaucoup, on se trompe et recommence dix fois, et ça finit par ressembler à quelque chose ! Hashem veut aussi nous apprendre un chant, en anglo-arabe, mais il nous prévient : les paroles sont «  tout aussi stupide ». En fait, c’est pire encore !... « Everybody likes hoummous. Some like it with lahm (viande), some like it bidoun lahm (sans viande) », et on reprend en ajoutant d’autres ingrédients au dit hoummous... C’est stupide, mais on a tant de plaisir tous ensemble… La glace est définitivement brisée (sous ce soleil de plomb !). Surtout, la timidité a fondu pour de bon et les connivences se tissent. On est tout simplement bien ensemble. Pour nous, rien de très exceptionnel, mais pour tous ces jeunes gars (nous le découvrirons au fur et à mesure de notre vie au camp) c’est un moment tout à fait privilégié : hors du camp, hors de la bulle de tension permanente dans laquelle l’occupation les condamne à vivre. Ici, ils se sentent libres et en sécurité. Nous ne mesurons pas encore vraiment ce que représente pour eux cette journée avec nous.

Mais voici que les randonneurs reviennent de leur promenade. La petite chorale s’est installée sur les escaliers en pierre de la tour, et c’est parti !... Et ça marche ! Applaudissement et bis ; les Palestiniens n’en finissent plus de reprendre le chant en canon, trop fiers de chanter en français !

Les braises sont prêtes, mais toujours pas de Baha ni, donc, de grille.

Anne-Claire, qui a été chez les scouts, propose d’utiliser le papier aluminium (prévu pour la chicha d’après le repas) et d’y placer les morceaux de poulet, les oignons et les tranches de tomates, et de déposer le tout sur les braises. Ce n’est pas génial, mais c’est mieux que rien ! Les héroïques cuistots essaient d’attraper des blocs de charbon pour les poser sur une seconde feuille d’alu qui recouvre la viande et les légumes. C’est ultra-brûlant !... Voilà... Il n’y a plus qu’à patienter maintenant, et retenir notre salive. Heureusement qu’il y a les graines de tournesol !

En attendant que cela cuise : les jeunes nous proposent un atelier dabkeh, cette danse traditionnelle palestinienne que garçons et filles exécutent (séparément !) en se tenant par les épaules.

Sébastien, Natalia, Paul et Anne-Claire essaient d’apprendre un pas, un second, un troisième sur le son un peu criard d’un gsm. C’est loin d’être simple, c’est à la fois folklorique et sportif, surtout pour celui (un Palestinien) qui se lance dans un solo au milieu du cercle… Bon, pas très doués les petits Belges !...

Premier service annoncé. On essaie à huit mains de retirer la première fournée… Les braises sont trop chaudes, c’est nous qui cuisons ! Les feuilles d’aluminium se déchirent, on repêche ce qui est tombé dans la cendre, on rit, on peste. Les premiers morceaux de poulet servis sont carbonisés et couverts de cendres à l’extérieur, encore un peu trop roses à l’intérieur. Mais avec la salade de lentilles faite maison (Sandra, c’est délicieux !, merci !!), le hoummous, le pain au sésame, les feuilletés à la pomme de terre (Sandra : que ferions-nous sans elle !), les biscuits sucrés au sésame, les bananes, cela ressemble presque à un barbecue réussi… Les plus carnivores s’en contentent, en tout cas. Et tout à coup, au loin, un nuage de fumée : c’est Baha qui revient avec la grille salvatrice…

La cuisson est maintenant plus facile, les morceaux de poulet vraiment à point. Nous sommes presque repus... Mais nous nous rendons tout à coup compte que nos amis palestiniens n’ont encore rien mangé, qu’ils n’ont fait que nous servir... A leur tour, maintenant.

Et puis, c’est la sieste pour les plus accablés, autant que possible à l’ombre. Chicha et guitare paresseuses pour Laurie, Paul, Natalia, Sébastien, Caroline et la bande. Au loin, quelques touristes venus visiter le monastère ; plus près, un âne et trois jeunes enfants qui terminent avec un appétit vorace les « restes » de notre repas. Si nous avions su, nous en aurions laissé davantage ! Difficile de savoir d’où ils viennent. Clairement, ils traînent ici toute la journée en essayant de grappiller quelque chose auprès des touristes.

Nos amis Palestiniens se moquent un peu de l’accent d’un des enfants (un Bédouin) qui leur demande une cigarette… Il n’a que huit ans... C’est incroyable ce que les garçons peuvent devenir idiots lorsqu’il s’agit d’épater la galerie. Pareils pour toutes celles que cela fait glousser !... Les jeunes ne sont pas vraiment sympas avec l’enfant. Ils jouent avec lui, lui disent qu’il aura sa cigarette seulement s’il chante d’abord quelque chose, ce qu’il fait. Les plus grands, belges et palestiniens, rigolent, lui donnent sa récompense. Mais, à peine l’enfant a-t-il commencé à fumer qu’un homme arrive et, furieux, le fouette avec sa canne.

C’est à ce moment là que Tanguy, Tareq, Anne-Claire, Margot et Marie-Gaëlle reviennent de leur exploration. Ils étaient partis promener après le repas et avaient suivi un sentier, ou plus exactement une sorte de canal creusé dans la roche pour récolter les eaux de pluie, canal bien évidemment à sec sous cette chaleur. En haut d’une colline, ils ont aperçu des abris de tôles et de toiles. Tareq a pensé que cela pouvait être des Bédouins. Il avait très envie de monter jusque là : « Je n’ai jamais rencontré de Bédouins. J’aimerais parler avec eux, leur demander comment ils vivent ». Mais il n’y avait personne là-bas, sauf un homme qui jouait de la flûte. Un instrument qu’il a fabriqué lui-même. Tanguy lui a demandé s’il pouvait essayer d’en jouer, puis l’homme est reparti et eux ont continué. C’est apparemment cet homme qui a battu l’enfant, sans doute son fils. En voyant l’enfant en larmes, Tareq ne peut s’empêcher de s’approcher de lui pour essayer de parler avec lui, de le réconforter… Les jeunes, belges ou palestiniens, ne sont pas fiers d’eux-mêmes. Il y a de quoi.

Le jour avance ; on replie bagage, ramasse serviettes, assiettes et gobelets qui se sont envolés, et on retraverse la petite crevasse qui nous sépare du monastère. Le mini-bus devrait bientôt arriver. En l’attendant, Paul, Sébastien, Tanguy et deux Palestiniens vont faire une courte visite du monastère. Les femmes sont interdites d’entrée. Ce n’est pas grave, juste vexant, comme chaque fois qu’on s’entend ou se voit considérées comme ”indignes” ou “impures”… Mais, de toute façon, le monastère est fermé ce vendredi. En fin de compte, personne ne le visitera. Sourire de Margot : c’est Dieu qui punit les hommes d’être aussi machos. [3]

Les jeunes Palestiniens, surtout Hashem, sont friands d’expressions françaises ; on leur en apprend. Ils sont mignons, tellement concentrés et passablement doués ! Expressions à connaître lorsqu’ils iront étudier en France (le rêve de plusieurs d’entre eux) : “Bonjour, je m’appelle… Je suis étudiant… Merci beaucoup, de rien, je vous en prie… Je t’adore…” Pour d’autres, petit travail de révision des pas de dabkeh appris avant le repas… Pas terrible ! Personne parmi nous n’a vraiment le rythme dans le sang !...

Le taxi-van est arrivé, nous embarquons barbecue et sacs, refaisons le chemin en sens inverse, laissons Sandra à Bethléem, et retrouvons le camp d’Al-Arroub où tout a l’air calme à présent.

Témoignage des jeunes Palestiniens

De retour à l’appartement, repas léger en attendant que nos amis reviennent de chez eux pour passer la soirée avec nous. Ils arrivent, lavés, parfumés, vêtus de propre, comme chaque soir. Abed apporte des petits gobelets en plastique remplis d’une préparation maison pour le dessert. Il est trop mignon, son plaisir de nous faire plaisir fait plaisir à voir : quel sourire magnifique il a !

Quand ils sont tous là et que nous avons terminé vaisselle et rangement, ils nous apprennent que la journée n’a pas été calme dans le camp. Comme quasi tous les vendredis, il y a eu des provocations de la part des soldats : incursions dans le camp, jet de bombes lacrymogènes et fumigènes dans la mosquée pendant la prière... Hashem est venu avec une courte vidéo, tournée en cachette depuis la terrasse de sa maison la semaine précédente. Nous y voyons des soldats israéliens faire une descente dans le camp, assistons à la course de jeunes et de moins jeunes pour leur échapper et rentrer chez soi. Nous entendons le bruit que tout cela fait, tirs, fumée, exclamations de surprise ou d’indignation, cris, excitation et peur mêlées. La caméra tremble dans les mains qui la tiennent, les images sautent, ce qui se passe est immensément stressant.

Quand la vidéo s’achève, Hashem prend la parole. Hashem, c’est vraiment l’étudiant ou le gendre idéal : beau, intelligent, à l’aise en public. Il a beaucoup de prestance, de bagout, et les autres jeunes du groupe lui témoignent beaucoup de respect. Il annonce que chacun d’entre eux a préparé un bref témoignage et que, ce soir, ils ont prévu que chacun à son tour nous raconte un moment de sa vie de réfugié. Ils souhaitent le faire en anglais, pour nous. Et c’est ainsi que commence la soirée la plus longue de notre séjour au camp d’Al-Arroub. A tour de rôle, ils prennent la parole et racontent, avec une sobriété touchante, une anecdote ou un épisode de leur vie dans le camp, dans le silence des autres de leur groupe, lesquels, parfois, opinent de la tête comme pour dire “c’est vrai, j’y étais” ou “oui, je connais ça, ça m’est arrivé aussi”. Moments très denses, remplis d’émotion et de gravité.

C’est Baha qui se lance en premier. Il a 19 ans et nous dit que depuis qu’il vit dans le camp d’Al-Arroub il doit faire face à toute une série de problèmes qu’il n’avait pas lorsqu’il vivait à Bethléem. Il nous en donne un exemple :

Baha
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« Il y a 3 semaines, j’étais en route pour l’université. Il était 10 heures du matin.

Quand je suis arrivé aux abords de la colonie de Kfar Etzion, un soldat m’a fait signe de m’arrêter et a demandé à voir mes papiers. Je lui ai donné ma carte d’idendité. Il m’a dit alors qu’il y avait un problème : d’après lui, ce n’était pas la mienne. Il m’a dit que je ne bougerais pas de là de toute la journée et, en effet, il m’a obligé à rester là et s’en est allé avec ma carte d’identité. Au bout de 3 heures, il est revenu. J’avais réfléchi, je m’étais dit que je lui montrerais ma carte d’étudiant universitaire pour qu’il compare et voie que c’était bien ma carte d’identité… C’est ce que j’ai fait. Il l’a à peine regardée. Finalement, il m’a laissé partir.
 » [4]

Il passe la parole à Wassim. Un adorable petit gars de 15 ans, au visage encore plein d’enfance mais que contredit le sérieux avec lequel il parle et écoute. Il y a une telle franchise, une telle intensité dans son regard que nous ne pouvons nous empêcher d’éprouver à la fois du respect et de l’admiration pour lui. Il parle avec beaucoup de douceur et soigne son anglais :

Wassim 1
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« Je ne sais pas très bien par où commencer, il y a tant de choses que je pourrais vous dire... Je vais vous raconter ce qui est arrivé à deux de mes amis, il y a trois semaines. Ils se trouvaient au bord de la route qui relie Hébron à Bethléem quand une voiture conduite par un colon s’est arrêtée à leur hauteur. Mes amis, pensant que l’homme voulait leur demander un renseignement, se sont approchés pour écouter sa question et l’aider. Le colon a sorti un fusil et leur a tiré dessus. Le premier de mes amis a été touché au ventre, et le deuxième à la jambe. Il ne peut plus marcher depuis. Deux jours plus tard, des soldats sont venus chez lui et l’ont arrêté. Il est toujours en prison à l’heure actuelle, ça va faire trois semaines... Je ne pense pas qu’il pourra remarcher un jour : sa jambe est complètement démolie. »

Nous nous étions dit que nous n’interromprions pas les témoignages, mais nous ne pouvons retenir nos questions. Est-ce que ton ami a été soigné en prison ? Oui, nous dit Wassim. Et sait-on pour combien de temps il est en prison ? Hashem intervient alors pour nous expliquer comment fonctionne le système : « Aucune idée ? Quand une personne est emmenée en prison, il est impossible de savoir pour combien de temps il ou elle en a. Il sera jugé et condamné en fonction de ce que le tribunal israélien jugera qu’il a fait (peut importe ce qu’il en est en réalité). Il y a un tarif clair : pour avoir jeté des pierres, ou même un seul caillou, c’est 6 mois de tôle. Pour avoir jeté un cocktail Molotov, 2 ans. Si vous ne faites que penser à tuer quelqu’un, 7 ans… Il n’a pas encore été jugé. En fait, son jugement est constamment postposé. » Nous demandons à Wassim l’âge de son ami. « Il a 16 ans. » Laurie et Natalia réagissent : il a notre âge ! ... Moins même ! Hashem nous montre son portable : « J’ai une photo de sa jambe ici », et le fait passer. « Je sais que c’est horrible, mais il faut que vous regardiez. Vous voyez : il a été touché au mollet, ce qui signifie qu’on lui a tiré dessus alors qu’il s’enfuyait. On lui a tiré dans le dos… » Nous nous passons le portable en silence. Laurie se fait réexpliquer ce dont il s’agit. C’est la première fois que nous lui voyons abandonner son air méfiant par rapport à tout ce qui est dit des horreurs de l’occupation israélienne. Il est vrai que le beau Hashem est un bien meilleur passeur d’information que tous ceux qui l’ont précédé... Natalia demande ce qu’il en est de l’autre jeune, touché au ventre : est-il mort ? Non. Apparemment, il s’en sort même mieux que celui qui est blessé à la jambe.

Wassim fait signe qu’il voudrait ajouter quelque chose. Sa voix est douloureusement tendue. De toute évidence, il est vraiment urgent pour lui que nous comprenions bien la situation :

Wassim 2
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« Les soldats ont arrêté mon ami, alors qu’il n’avait rien fait. Il voulait juste aider le conducteur. Mais le colon lui a tiré dessus !... Mon ami n’avait rien fait, mais il a été arrêté ! » Pour lever toute équivoque et que les choses soient dites et non pas seulement supposées, Anne-Claire demande : est-ce qu’il est possible que ce colon israélien ait tiré parce qu’il a eu peur en voyant deux jeunes Palestiniens s’approcher de lui ? Wassim répond immédiatement : « Non !... Non !... Ce n’est pas eux qui se sont approchés de lui ! C’est lui qui a arrêté sa voiture à côté d’eux. ».

Nous demandons : Est-ce ces jeunes peuvent prouver qu’ils n’ont rien fait ? Pourquoi ne disent-ils pas que c’est le colon qui les a attaqués ? Hashem répond : « Aux yeux des juges, les colons seront toujours considérés comme plus honnêtes que les Palestiniens ». Wassim ajoute avec beaucoup d’amertume dans la voix que les Israéliens ne font qu’appliquer leur règle ou leur logique selon laquelle les Palestiniens n’ont pas à vivre ici : ils peuvent tous crever. « Les soldats savaient très bien que personne n’apporterait son soutien ni ne défendrait la cause de mon ami. C’est pour cela qu’ils l’ont arrêté. » Hashem complète : « Le colon n’a eu aucun problème. Une heure après, il était rentré chez lui. Vous le savez, j’habite près de l’entrée du camp. Tout ça s’est passé devant chez moi. Les policiers sont arrivés, ont délimité le périmètre du drame, ont mis des marques à la craie sur le sol, autour du sang, ont dit au colon qu’il serait puni. Mais après coup, la famille a essayé à plusieurs reprises de savoir ce qui était arrivé au colon. Ils se sont rendu compte qu’on lui avait simplement confisqué son fusil. Ce qui est ridicule parce que si il y a bien une chose facile à se procurer en Israël, c’est un fusil ». Comme dans certains Etats américains, fait remarquer Margot. Il ne faut pas de permis pour avoir une arme, ce qui nous semble à nous, Européens, une aberration totale.

Margot, Marie-Gaëlle et Caroline ont l’air assommées par ce que les jeunes d’Al-Arroub nous disent. Dans quel système de valeurs les colons et soldats israéliens fonctionnent-ils, où la vie d’un Palestinien a si peu de valeur, où les policiers prétendent faire leur travail, où le colon coupable n’est pas inquiété, où rien ni personne ne semble faire barrière à n’importe quel fou furieux qui pèterait un câble… ? Quelle mascarade de justice ! Laurie se mord les lèvres : sa conviction de départ ("Les Israéliens se défendent et les Palestiniens ont dû faire quelque chose pour mériter ce qui leur arrive") est bien mise à mal. Natalia s’imagine un instant à la place des jeunes et rien que l’idée la terrifie. Sébastien prend des photos. Quant à Paul, s’il n’a jusqu’ici jamais clairement manifesté de résistance à ce qu’il découvre, il semble rester imperturbablement à distance de ce qu’il entend et voit : aucun signe d’empathie, aucune question non plus.

C’est maintenant au tour de Mahmoud de parler.

Il a 16 ans, des yeux magnifiques, un visage encore plein d’enfance lui aussi. C’est un grand timide qui rougit vite. Pas facile de parler de choses difficiles dans une langue qui n’est pas la sienne, en public et devant des jeunes filles si jolies. Mais il y va, courageusement, sans vraiment lever les yeux de la paume de sa main qu’il torture :

Mahmoud
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« Un jour, nous sommes partis en excursion, toutes les classes de l’école ensemble. On était plus de mille. Quand nous sommes revenus au camp de Al-Arroub, nous avons vu qu’il y avait quatre voitures de soldats à l’entrée. Dès qu’ils nous ont vus, ils ont commencé à tirer des bombes au gaz lacrymogène. On s’est mis à courir dans tous les sens pour leur échapper, nous mettre à l’abri. Ca s’est passé il y a deux ans. J’avais 14 ans. » [5] Nous lui demandons s’il n’y avait là que des enfants. « Oui, et nos professeurs. On courait tous, on ne voyait plus où on allait, tellement nos yeux brûlaient. » Nous nous regardons : comment croire encore qu’il s’agit pour les soldats d’assurer la sécurité des Israéliens ? Des adultes armés qui se défoulent sur des enfants revenant d’une excursion scolaire, vous appelleriez ça comment ?... Anne-Claire passe une main dans les cheveux de Mahmoud, lui chuchote qu’il a très bien parlé, qu’elle le trouve vraiment courageux. Il lui sourit, demande : « C’est vrai ? You mean it ? » Elle lui dit que oui.

Hassan a commencé à parler maintenant. Un visage très fin, presque féminin si ce n’est les 3 poils qui lui poussent au menton, des cheveux courts, beaucoup de douceur. Nous nous retenons de respirer car nous n’entendons qu’à peine sa voix.

Hassan
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« Mon nom est Hassan. J’ai 19 ans. Je vais vous raconter comment les soldats m’ont pris et mis en prison quand j’avais 15 ans... Ils sont venus me chercher à la maison à 3h du matin, m’ont bandé les yeux, attaché les mains dans le dos et emmené en prison. Là, ils ont commencé à me tabasser, à me frapper au visage et m’ont demandé si j’acceptais de travailler pour eux comme espion dans le camp, càd dénoncer les gens. Je leur ai répondu : “même pas en rêve !“ Ils m’ont gardé cinq jours… ils m’ont accusé d’avoir jeté des pierres... » Hashem intervient : « Je me souviens encore comme son visage était tuméfié, ses yeux gonflés et injectés de sang. Il était en mauvais état, vraiment... » [6] Hassan et ses lunettes de soleil ce matin, tandis que les soldats galopaient autour de lui...

C’est au tour d’Abed. On l’aime beaucoup, Abed. C’est son sourire qu’on a vu en tout premier lieu à notre arrivée au camp. Il est grand, très mince, quasi maigre. Il porte en permanence un sweat rayé jaune et orange, ce qui lui vaut d’être rebaptisé Tigrou. Il porte ses cheveux sculptés en pointes punk brillantes de gel. Comme les autres, il parle sans chercher du tout à faire de l’effet : « Je m’appelle Abed, j’ai 19 ans. Je pourrais vous raconter des dizaines d’histoires. Je vais vous en raconter une petite. Après que j’ai été relâché de prison, je suis rentré chez moi. Un mois plus tard, j’ai voulu aller jusqu’à Ramallah. Mais, je n’ai plus de carte d’identité… »

Abed
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On l’interrompt, c’est trop d’informations lacunaires pour nous : pourquoi tu n’as plus de carte d’identité ? Abed sourit : « Les soldats de la prison l’ont gardée. Ils ne me l’ont pas rendue quand j’ai été relâché. » On demande : la prison, pourquoi ? A 19 ans, et avec une gentillesse pareille ? Mais Tanguy fait signe de le laisser continuer, sinon, il n’y arrivera pas. On se tait, on l’écoute raconter sa "petite histoire". « Il y a un checkpoint juste avant Jéricho. Ils m’ont arrêté, m’ont demandé ma carte d’identité. Je leur ai dit que je ne l’avais pas. Ils m’ont sorti de la voiture et m’ont laissé seul pendant 3 heures. Après quoi, ils m’ont dit : « On sait que ce sont les policiers qui ont tes papiers, mais tu vas quand même rester ici ». En tout, je suis resté là pendant 8 heures. A la fin, d’autres soldats sont venus et m’ont dit : tu peux y aller ! Et ils m’ont simplement laissé partir. » [7]

Comme il n’ajoute plus rien, on lui demande pourquoi il avait été mis en prison. Abed sourit une nouvelle fois. C’est une histoire longue et un peu compliquée. Comme il n’aimait pas l’école, il s’est dit qu’il irait bien travailler et gagner sa vie. Mais il n’y a pas grand chose à faire en Palestine, pays économiquement étranglé par l’occupation, empêché de se développer, d’ouvrir des usines, de créer des emplois. Aussi est-il passé en Israël, où il a effectivement trouvé du travail, dans un restaurant. « La date de mon passeport avait expiré. En fait, je me suis fait attraper alors que je rentrais chez moi. » Mais tu as expliqué que tu rentrais chez toi ? « Oui. Mais ils n’en avaient rien à faire. Comme mon passeport n’était pas en règle, j’étais un "illégal". Et donc, c’est la prison. » Nous soupirons, tous nos repères sens dessus dessous. Et l’esprit de la loi plutôt que la loi ?... Il nous devient de plus en plus clair que l’idée n’est pas de faire régner l’ordre en punissant les contrevenants. Ce qui a cours ici, c’est l’arbitraire, l’abus de pouvoir, le désir d’humilier l’autre, de l’anéantir, l’annihiler.

Anne-Claire voudrait maintenant que Tareq parle de lui. Elle et Tanguy connaissent son histoire [8], mais pas les jeunes du groupe, ni les Belges ni les Palestiniens, dont certains sont pourtant ses anciens élèves. Le fait est que personne en Palestine ne claironne ce qui lui est arrivé, les injures, les blessures, les humiliations subies. Dignité et, surtout, puisque c’est le cas de tout le monde, pourquoi chercher à attirer l’attention ou ajouter du malheur au malheur ?

Tareq se racle la gorge. il ne s’attendait pas à devoir parler. Mais Anne-Claire insiste, c’est important que les jeunes entendent son histoire. Ils se regardent très fort un moment, puis Tareq accepte. Il est enseignant, lui aussi. Il sait que c’est important pour l’édification des plus jeunes. Mais, Anne-Claire le sent très ému, son épaule tremble contre la sienne : est-ce de parler devant ces gamins qu’il a ou a eus comme élèves, ou le fait de se replonger pour nous dans le cauchemar qu’il a enduré ?

Tareq
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« Je vis au camp de Al-Arroub. Je vais bientôt avoir 30 ans. J’avais 18 ans lorsque j’ai été arrêté. C’était le jour de mon entrée à l’université. J’ai été emmené sans comprendre ce qui m’arrivait et jeté en prison. » La voix de Tareq est toute fragile. Son éternel sourire a disparu. Il parle sans regarder personne, pour ne pas craquer : « J’ai d’abord passé 20 jours dans une espèce de cagibi minuscule, d’où ils venaient m’extraire de temps à autre pour me poser des questions sur tout ce qui se passait dans le camp de Al-Arroub. Par exemple si je connaissais les noms des gens qui lançaient des pierres, qui je savais être membre du FPLP [9]. Finalement, je leur ai demandé pourquoi ils m’avaient amené là. Ils m’ont dit : "Parce que tu fais partie du FPLP". C’était faux. En fait, je faisais simplement partie d’un groupe d’étudiants qui organisait des activités à l’université. »

Il a la bouche tellement sèche. Margot lui passe un verre d’eau. Il en prend une gorgée puis, il reprend : « La vie en prison, c’était tellement horrible, tellement triste…. J’étais enfermé dans ce cagibi sans fenêtre et je ne savais plus si c’était la nuit ou le jour. La lumière était allumée tout le temps... C’était tellement petit que je ne pouvais ni me mettre debout ni tendre les bras ou les jambes... Il devait y avoir une caméra dans un coin parce que, chaque fois que j’étais sur le point de m’endormir, ils venaient donner des coups de pied dans la porte pour me réveiller. Au bout de 20 jours, ils m’ont dit : « Tu n’as plus besoin de répondre à nos questions, on t’emmène à la prison de Majedo [10] Tu vas y rester 2 ou 3 ans, on ne sait pas. Tu seras jugé là-bas et eux te diront pour combien de temps tu en as. »

« J’ai été transporté en jeep jusqu’à cette prison. Au bout de 5 mois là-bas, ils m’ont dit : "Voilà, tu as été jugé et condamné à un an de prison". J’ai cru que j’allais devenir dingue de colère. Mais, quand j’ai vu tous ces gens là-bas, qui avaient passé tant d’années en prison, la plupart plus de 10… J’ai rencontré beaucoup d’hommes dans cette prison, et entendu beaucoup d’histoires. Il y en avait un, ça faisait 4 ans qu’il était là et personne ne lui avait encore dit pour combien de temps il y était. » [11]

« En général, les prisonniers passent leur temps à lire des livres qu’ils s’échangent, à discuter et à jouer au foot. Tout pour tromper l’ennui, le temps qui ne passe pas... Il y avait plus de 200 prisonniers dans ma prison... Personne ne peut réellement comprendre réellement ce que signifie le mot liberté s’il n’a pas vécu tout cela... Avant de nous libérer, le Shabak [12] doit nous interroger une dernière fois. Le soldat en charge m’a demandé ce que j’avais fait en prison. Je lui ai répondu qu’avant d’y être enfermé, je ne connaissais rien à la politique mais qu’en prison, j’avais bien eu le temps d’apprendre. ».

Tareq lève les yeux vers nous : « Je voudrais vous dire : personne ne peut se rendre compte de ce qu’est vraiment la liberté avant d’en avoir été privé. » Sa voix a tremblé tout au long de son récit, il s’est raclé la gorge à plusieurs reprises pour tenter de maîtriser l’émotion qui montait. Tous les jeunes Palestiniens ont écouté son récit avec une attention impressionnante. Maintenant qu’il parle de la valeur de la liberté, Abed, Hashem, Hassan, Mohamed, Baha, Wassim, Mahmoud, tous se mettent à l’applaudir. Nous nous joignons à eux, maladroitement. Eux savent de quoi ils parlent. Nous nous sentons tout petits.

Hashem prend la parole. Il n’a pas oublié sa leçon de français du matin et se présente dans la langue de Voltaire : « Je m’appelle Hashem, j’ai 16 ans. » Nous sourions. Quelle mémoire ! Et quel bel accent ! Il poursuit en anglais, plus sérieusement :

Hashem 1
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« Je suis un étudiant palestinien et je vis à Al-Arroub. Je vais vous raconter une chose que j’ai vécue et qui a laissé des traces profondes en moi. Le simple fait d’en parler est douloureux. L’été dernier, je suis allé en Amérique pour participer à un camp international "Seeds of Peace", une rencontre pour la paix. Quand je suis arrivé à l’aéroport de New-York, une policière s’est approchée de moi et m’a prié de la suivre. Elle voulait me poser quelques questions : mon nom, mon âge, mon pays. Je lui ai dit que mon pays, c’était la Palestine. Elle a essayé d’encoder cette donnée, mais sans y arriver. Elle m’a dit, "je ne trouve pas la Palestine dans mon ordinateur. Peut-être que ce n’est pas sur la carte ?". J’ai vraiment eu un choc. Je lui ai demandé : "Qu’est-ce que vous voulez dire ?" J’ai répété, "La Palestine, je viens de Palestine, vous connaissez quand même la Palestine ?" Elle m’a dit, "Oui, je connais la Palestine, mais je ne l’ai pas dans mon ordinateur". Puis elle m’a dit, "Je sais que ça va vous blesser si j’écris que vous venez d’Israël. Je vais donc écrire que vous venez de Jordanie", et elle a écrit "Jordanie" à côté de la case "pays". Un de ses chefs est alors arrivé et lui a dit de ne pas écrire Jordanie. "C’est Israël." J’étais tellement énervé ! Elle s’en est bien rendu compte et elle m’a dit : "Je suis désolée pour toi. J’ai un fils de ton âge. Et moi et mon fils, nous t’aimons. Nous savons que tu as raison". J’étais vraiment fâché, et triste, parce que ces gens sont venus dans mon pays, ont rayé son nom de la carte et l’ont appelé « Israël ». Et ils utilisent toutes sortes de moyens inhumains pour se débarrasser de nous, faire leur nettoyage ethnique. J’étais choqué mais j’ai vu aussi qu’il y a dans le monde des gens qui nous soutiennent. Cette femme m’a redonné espoir et je le lui ai dit, et aussi combien je lui étais reconnaissant. Mais c’était vraiment dur de l’entendre dire que la Palestine n’existe pas sur la carte du monde. » Hashem nous regarde les uns après les autres avec un grand sérieux : « Je voudrais dire à chacun d’entre vous ici que la Palestine est dans notre cœur. Nous l’avons là, dessinée dans notre cœur, elle y est vraiment. et nous n’oublierons jamais notre terre,Jjaffa et Haïfa et le reste… »

Il n’a pas terminé de parler :

« J’ai beaucoup d’histoires personnelles à vous raconter en tant que Palestinien. Beaucoup de choses me sont arrivées. Je ne peux pas toutes les raconter mais je voudrais vous parler de ce que j’ai vécu en Amérique. J’ai été là dans le but de parler de paix, de dialoguer entre autres avec des Israéliens de mon âge. Je suis resté là-bas 20 jours, et j’ai partagé une chambre avec mon ennemi. On dormait dans le même lit. Ca n’a pas été facile... La première semaine a vraiment été très pénible pour moi. En fait, au début, je ne me suis pas intégré au groupe ; je ne voulais parler avec aucun des participants. Il faut me comprendre : je n’ai jamais vu un Israélien sans fusil, et tout d’un coup, il aurait fallu que j’accepte de parler et même de dormir avec l’un d’eux ?... Il y avait des Pakistanais, des Egyptiens, des Afghans, des Jordaniens, des Américains, c’était un camp international. Je ne parlais pas aux Israéliens, sauf lors des activités dans les ateliers. Et là, on se disputait, "c’est notre pays, non, c’est le nôtre !"... Je vous en dirai plus sur ces ateliers, mais d’abord, ceci : après 20 jours, je suis revenu en Palestine et la première chose que j’ai vue, c’était les checkpoints, les soldats qui lancent du gaz et portent des fusils... Comme je vous l’ai dit en commençant, rien que le fait d’en parler me fait mal. C’est très dur : après avoir passé 20 jours en Amérique, où on peut vivre en paix, se sentir en sécurité, vous revenez ici et... C’était la première fois que je sortais de Palestine. Vous revenez ici et vous êtes de nouveau en plein cauchemar. Et c’est votre vie : chaque minute, chaque seconde qui passe, vous avez peur…. »

Hashem 2
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Hashem parle à voix basse, assez vite. Son anglais est excellent et Anne-Claire doit traduire, répéter ou expliquer certaines informations. Hashem nous écoute réagir en français à ce qu’il vient de dire. Il lève la main : « Je voudrais vous dire que, nous, les Palestiniens, ne sommes pas contre la paix, mais qu’il semble bien que la paix soit contre nous… » Nous lui expliquons que pour nous c’est étrange, cet attachement des Palestiniens à leur pays, cet amour. Evidemment, en ce qui nous concerne, personne ne cherche à nous prendre la Belgique. Enfin, pas vraiment. Il comprend mais répète : « La Palestine est dans le cœur de tous les Palestiniens. Notre cœur est lié à notre pays, c’est vraiment viscéral. En être éloigné, ne fût-ce qu’une semaine, c’est difficile pour nous. C’est ce que j’ai ressenti lorsque j’étais en Amérique. Mon pays me manquait, mes amis, tout… Vous savez, un jour, lors d’un atelier, le facilitateur de dialogue nous a donné cinq morceaux de feuille. Sur chacun d’eux, il y avait un mot écrit : richesse, santé, nationalité, famille, religion. Il nous a demandé de dire à quoi on serait prêt à renoncer, et dans quel ordre. Quand mon tour de parler est arrivé, j’ai dit "je laisse tomber en premier lieu la santé, en second lieu la richesse". Ensuite, j’ai déposé mes papiers "famille" et "religion". Mais le papier "nationalité", je l’ai gardé, moi, le Palestinien... J’étais le seul dans la salle de dialogue à avoir gardé celui-là, les autres avaient gardé la religion ou la famille. Ils m’ont alors demandé pourquoi j’avais abandonné tous les autres et gardé celui-là. J’ai répondu pour commencer que ma nationalité était ma richesse ; ensuite, que je pourrais donner ma santé pour ma nationalité, mais pas le contraire. Troisièmement, tous les Palestiniens du monde sont ma famille, donc si j’ai une nationalité en tant que Palestinien, j’ai une immense famille. Quant à la religion… Je suis musulman, ça a été difficile pour moi de laisser tomber le papier "religion". Mais je pense que ma religion fait partie de ma nationalité… »

Hashem 3
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« Un Israélien du groupe a réagi : "Attends ! Attends ! Qu’est-ce que tu veux dire quand tu dis que tu pourrais donner ta santé pour ta nationalité ? Tu te ferais exploser dans un bus et tu tuerais des dizaines de civils ?" Je lui ai répondu : "Je serais tué par un de vous, par un soldat de ton armée, peut-être même par toi... Peut-être que dans deux ans, tu seras un soldat. Quand tu auras 18 ans, tu entreras à l’armée. Peut-être que tu viendras dans mon camp de réfugiés, et peut-être qu’un jour, tu me feras perdre ma santé pour ma nationalité : c’est peut-être toi qui un jour me tueras". Et, je lui ai demandé : "Yuval, tu pourrais mourir pour ta nationalité ?" Et il m’a dit oui… "Tu vois", ai-je dit, "les choses sont claires : tu seras un jour un membre de l’IOF" » - et Hashem fait une parenthèse : « j’appelle leur armée IOF, Forces d’Occupation Israélienne, eux appellent ça IDF, Forces de défense israélienne » - puis, il continue son récit : « "et c’est toi qui, lors d’une attaque de mon camp, te feras exploser, en même temps que le camp où j’habite". Je lui ai dit en le regardant bien dans les yeux : "Un jour, Yuval, tu viendras dans mon camp comme soldat, mais j’espère que tu te souviendras qu’à une époque, toi et moi avons partagé la même chambre. Si tu n’oublies pas cela, tu seras le bienvenu chez moi et je t’inviterai à prendre le thé avec moi".... »

Tanguy demande à Hashem s’il revoit encore ce jeune Israélien. « J’ai encore des contacts avec lui et avec certains jeunes du camp international sur Facebook. Mais nous ne parlons pas de politique. C’est vraiment très, très différent des échanges que nous avions là-bas, parce que nous sommes tous de retour dans notre réalité, chacun la sienne. Là-bas, il y avait les conseillers, les facilitateurs de dialogue, la présence du groupe, les jeux auxquels nous prenions part pour créer une confiance mutuelle… Mais maintenant qu’ils sont rentrés chez eux, dans leur famille, l’entourage fait de nouveau pression sur eux pour leur faire croire que les Palestiniens sont des terroristes, que nous sommes leurs ennemis, qu’on ne peut pas faire la paix avec nous… »

Nous disons à Hashem ce que nous savons du système scolaire israélien, que depuis leur plus jeune âge, les enfants israéliens entendent cette chanson, et aussi celle de leur droit d’être en ces lieux. Tout le groupe de jeunes Palestiniens hoche la tête : oui, c’est comme ça, ils le savent bien tous. Hashem reprend la parole :

Hashem 4
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« Au cours d’un travail dans la salle de dialogue, un Israélien a dit : "C’est notre pays. La preuve, c’est qu’il est écrit dans notre histoire que les juifs sont venus ici il y a 6000 ans." Je lui ai répondu que ces juifs d’il y a 6000 ans faisaient partie de la Palestine. Ils étaient palestiniens. Des Palestiniens juifs. Je lui ai rappelé qu’avant 1948, il y avait des Juifs en Syrie, au Yémen, en Jordanie et dans les pays européens ou ailleurs. Les Juifs dont il parle étaient des Palestiniens. Je lui ai aussi dit qu’un des promoteurs du sionisme, Ben Gourion, avait dit qu’il fallait s’attendre à ce que les Palestiniens résistent à leurs manœuvres d’occupation du pays. Parce c’était notre pays et qu’eux étaient arrivés de l’extérieur après coup : ils étaient responsables d’essayer de bâtir leur pays dans le pays d’un autre peuple. Même le créateur du sionisme l’a reconnu. Je lui ai enfin demandé : "Les Ommeyades ont occupé l’Espagne pendant 800 ans. Est-ce que, du coup, nous, les musulmans, nous aurions le droit d‘aller en Espagne et de l’occuper parce que nos ancêtres s’y sont trouvés à l’époque ? »

Voilà, c’est le mot de la fin. Tout le monde se lève pour se dégourdir un peu les jambes. Abed fait passer les petits desserts qu’il nous a amoureusement préparés. Les fumeurs sortent sur la terrasse, les terrassés s’abandonnent dans les lits-canapés. On refait du thé, se ressert des sodas... Comment ces jeunes gars font-ils pour continuer à être aussi gentils et aussi doux, aussi ouverts et sages, aussi tendres et généreux, alors qu’ils savent que, chaque nuit, il pourrait y avoir des coups frappés à leur porte et des soldats venus pour les embarquer. Nous ressentons tellement de colère face à l’injustice, l’inhumanité de leur situation ! De la peur aussi : Natalia confie qu’à leur place, elle n’oserait même plus dormir… C’est le cas de Tareq : il ne dort presque jamais. Wassim répond : « Au début, c’est vrai, c’était douloureux. Mais, on apprend à vivre avec ça. Ca fait partie de notre vie. »

Réactions
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Hashem enchaîne : « La raison pour laquelle nous essayons toujours de nous conduire en "belles personnes", c’est que nous ne savons jamais ce qui peut nous arriver l’heure d’après. Peut-être que quand je vous quitterai ce soir, je me ferai arrêter. Peut-être que dans une heure, je serai en prison et je ne voudrais pas regretter de m’être mal comporté. Et puis, oui, comme le dit Wassim, c’est devenu une partie de notre culture. Hassan a été arrêté, mon frère a été arrêté, ... »

Hassan ajoute : « Vous savez, depuis que les soldats sont venus me prendre en pleine nuit, je ne dors plus jamais sans mes vêtements : je m’attends à ce qu’ils reviennent n’importe quand. Quand j’entends les soldats entrer dans le camp, je me tiens prêt, tout habillé, au cas où. »

Il est tard, et nos amis palestiniens vont repartir. Nous espérons qu’ils arriveront sans encombres chez eux. C’est la première fois que nous mesurons le risque qu’ils prennent chaque soir pour venir nous voir. Anne-Claire leur dit ce que nous pensons tous : nous sommes honorés de leur présence, fiers de les connaître et nous les remercions du fond du cœur de nous avoir parlé d’eux-mêmes comme ils l’ont fait. Hashem secoue la tête : « C’est vous qui devez être fiers de vous-mêmes. Je le pense vraiment et le dis sincèrement. Ce n’est pas un compliment. Soyez fiers, parce que vous avez traversé la Méditerranée pour venir voir ce qu’il en est vraiment de la situation ici, voir comment les Palestiniens vivent. Il y a des tas de gens dans le monde qui n’y pensent même pas. C’est nous qui nous sentons petits devant vous, parce que vous avez traversé la mer pour venir nous voir. On apprécie vraiment ce que vous faites. Et donc du fond du cœur je vous dis : je t’adore ! » Ces derniers mots, Hashem les a prononcés en français, avec un merveilleux accent et un merveilleux sourire... Tout le monde rit, mais les larmes ne sont pas loin.

Voir les photos de l’excursion à Mar Saba

Lire la suite du voyage


[1Les falashas sont des Juifs d’origine éthiopienne.

[2Nous apprendrons au retour de l’excursion que les soldats ont ce jour-là, une fois encore, fait fuir les fidèles en prière en lançant des grenades lacrymogènes dans la cour de la mosquée, ce qui nous a été confirmé par plusieurs témoins.

[3Voir d’autres photos de Mar Saba.

[4Lire à ce sujet les propos d’ex-soldats recueillis par l’organisation israélienne Breaking the silence. Hommes et femmes témoignent des confiscations de documents et attentes imposées "pour rien" aux Palestiniens.

[5Mahmoud a réalisé début 2011 un petit documentaire sur le camp d’Al-Arroub.

[6Lire à ce sujet les propos d’ex-soldats recueillis par Breaking the silence. Hommes et femmes témoignent des coups systématiquement donnés à tout Palestinien arrêté, "pour rien", comme ça, parce que c’est la façon de procéder.

[7Lire à ce sujet les propos de soldats vétérans recueillis par l’organisation israélienne Breaking the silence. Les soldats travaillent en shifts de huit heures au checkpoint, huit heures de garde, huit heures de repos. Les équipes se succèdent donc, et il n’est pas rare que les Palestiniens retenus par une équipe soient laissés au bon vouloir de l’équipe suivante.

[8Voir le récit du voyage Taayoush 2009.

[9FPLP : Front Populaire de Libération de la Palestine, organisation palestinienne militante.

[10La prison de Majedo (ou Megiddo, nom d’un important site archéologique) se trouve en Galilée (nord d’Israël), à 30 km au sud-est de Haïfa.

[11Sur le système carcéral en Israël/Palestine, voir par exemple les informations du Comité Action Palestine ou celles de l’association israélienne B’Tselem.

[12Le Shabak, ou Shin Bet, est le service de sécurité intérieure d’Israël.