Dimanche 10 avril 2011 : Hébron

samedi 5 novembre 2011
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Lever aux aurores. Au programme d’aujourd’hui, la ville d’Hébron qui se trouve à 40 minutes en voiture de Jérusalem, à environ 30 km de Bethléem. Et, pour Anne-Claire et Tanguy, retrouvailles avec Chantal Abu-Eisheh, Française installée à Hébron qui avait accueilli le groupe Taayoush en 2009.

Petit déjeuner sur le pouce, puis nous remontons la rue centrale du camp jusqu’à la route 60 et l’arrêt des bus, en fait des "taxis-vans collectifs". Il est encore fort tôt et il n’y a personne dehors, sauf un balayeur de rue. Pour nous c’est dimanche, jour de repos, mais pas pour "nos" jeunes amis palestiniens qui ne nous accompagneront pas à Hébron. Dans les maisons, les enfants doivent achever de se réveiller : aujourd’hui, yawm al-ahad, le premier jour de la semaine, il y a école. Dans une heure, comme tous les matins de la semaine, les appels au micro résonneront dans la cour de l’école des filles sur laquelle donne notre appartement. Vêtues de pantalons bleu uni et de tabliers de vichy bleus et blancs, elles se mettront en rangs puis, après le chant du matin, entreront plus ou moins calmement en classe.

Nos pas résonnent dans la rue vide. Nous n’avons, à ce moment-là, encore aucune idée d’à quel point ceci prélude la réalité que nous découvrirons d’ici quelques heures à Hébron... Devant la porte ou les volets fermés de presque chaque maison ou boutique du camp, il y a une boîte en carton avec des morceaux de pain rassis. Parmi les choses que les musulmans considèrent comme haram, "péché", il y a le fait de jeter du pain. Ils le déposent dans ces boîtes, où il sera récolté pour être donné... aux animaux de la ferme-école d’à côté peut-être ?

Ce balayeur tout seul dans le matin, face à toute la poussière des rues du camp, ça nous semble un peu dérisoire, en tout cas désespérant : le revêtement en macadam de la rue date et part en morceaux, les accotements de béton (pas vraiment des trottoirs) sont dans le même triste état, et il y a des gravats de bâtiments détruits qui débordent çà et là... Qui s’occupe de réparer tout cela ?

Au bout du camp, la route 60. Nous arrêtons un premier taxi collectif. Tanguy se met d’accord sur le prix avec le chauffeur, puis trois d’entre nous y montent et partent pour Hébron. Les quatre autres devront attendre un certain temps avant que ne s’arrête un second taxi avec suffisamment de places pour les prendre tous.

Nous traversons la Cisjordanie occupée. Tout au long du trajet, des tours de guet israéliennes, des soldats aux carrefours et des colonies en pleine extension... le processus de paix ne serait-il qu’une mascarade ? Le fait est que les autorités israéliennes travaillent assidûment à établir des "faits sur le terrain" : « il y a des centaines d’Israéliens juifs qui habitent ici, vous voyez bien que la terre est à nous... » [1]. Anne-Claire, comme à son habitude, essaie de faire un peu la conversation avec le chauffeur : le boulot, la famille... Il a un drapeau de l’équipe de foot espagnole sur son tableau de bord. C’est vrai qu’il n’y a pas vraiment d’équipe nationale dans un pays qui n’existe pas. Accrochés à son rétroviseur, les incontournables chapelets et main de Fatima contre le mauvais œil, des photos de ses enfants et une sculpture en olivier en forme d’étoile. Mais c’est la crèche ! lui fait remarquer Anne-Claire, vous êtes chrétien ? Non, musulman. C’est un cadeau d’un passager. « TeHebbehâ ? (Tu l’aimes ?) » demande-t-il à Anne-Claire. Qui dit oui... et la reçoit. Un cadeau qui ne se refuse pas.

Rencontre au Centre de Réhabilitation de la vieille ville d’Hébron


Nos deux taxis nous déposent à l’entrée de la ville d’Hébron, à quelques mètres de l’université et des locaux actuels de l’association franco-hébronite fondée par Chantal Abu-Eisheh. Par son entremise, Tanguy nous a arrangé une rencontre avec une guide de l’Association Hébron-France, Mara’an, une jeune femme voilée adorable qui parle un très beau français. Elle va nous accompagner tout au long de notre journée à Hébron. Nous descendons avec elle jusqu’au bâtiment qui abrite les anciens bureaux du Comité de Réhabilitation de la vieille ville où nous sommes attendus. Ils se trouvent dans la vieille ville, dont les rues et les maisons commencent à être refaites avec soin, dans le respect des techniques anciennes. Une atmosphère de paix se dégage du quartier tout en pierres blanches et grèges.

Le directeur du Comité nous reçoit dans son petit bureau où les dossiers s’entassent dangereusement : attention à ne rien accrocher en passant ! Il est embarrassé car le système Powerpoint est en panne. Qu’à cela ne tienne, nous pouvons regarder les films qu’il propose de nous montrer sur son écran d’ordinateur, soit deux courts documentaires qui nous donnent tout de suite une idée de la situation des quelque 160.000 habitants palestiniens, à la merci des 500 colons religieux fanatiques vivant dans divers endroits de la vieille ville et protégés par plus de 2000 soldats : chaque colon a donc 4 soldats pour le “protéger” ?! [2]

« Notre ville est la deuxième en importance de Cisjordanie et la seule qui abrite une colonie juive en son sein », nous dit le directeur du Comité avant de lancer le premier film. [3] « Le nom arabe de la ville est Al-Khalil, ce qui signifie "l’Ami", en référence à Abraham, l’Ami de Dieu - en hébreu Hévron, avec la même signification. »

Nous suivons attentivement la voix off du premier documentaire : « Hébron est une ville sainte pour les juifs, les chrétiens et les musulmans. Elle est aussi appelée la ville des Patriarches : Abraham/Ibrahim, l’ancêtre des trois religions monothéistes, aurait vécu à Hébron en 1800 avant JC et aurait acheté la grotte sur laquelle a été construite ce qu’on appelle aujourd’hui la Mosquée d’Ibrahim (ou Tombeau des Patriarches dans la tradition judéo-chrétienne). Ce monument abrite les cénotaphes des personnages bibliques qui y seraient enterrés : Abraham et sa femme Sarah, leur fils Isaac et sa femme Rebecca, leur petit-fils Jacob et sa femme Léa. ».

« Il y a toujours eu une minorité juive à Hébron, aux côtés de la majorité musulmane de la ville. Après la Première guerre mondiale, la Palestine s’est retrouvée sous mandat britannique. Au cours des années 1920, période de la montée du sionisme ainsi que du développement de la conscience nationale arabe, les tensions entre les habitants juifs et arabes de la Palestine sous mandat se sont accrues. Elles ont culminé dans le massacre d’Hébron en 1929, au cours duquel 67 Juifs furent tués par des civils et policiers arabes. »

« Après la Seconde Guerre mondiale et suite au judéocide commis par les Nazis en Europe, des milliers de Juifs ont émigré en Palestine. Sur place, la droite sioniste s’en prend alors à l’"occupant" britannique, tandis que la Ligue arabe récemment formée reprend à son compte les revendications nationalistes palestiniennes. Aucune solution n’est trouvée qui satisfasse les différentes parties. Ne parvenant plus à maintenir l’ordre en Palestine, le gouvernement britannique décide en février 1947 de remettre son mandat aux Nations-unies. Ces dernières vont tenter de résoudre le conflit entre Juifs et Arabes sur la "question de la Palestine". Le Plan de partage de la Palestine est décidé la même année : les autorités juives l’acceptent sans condition (le découpage du territoire leur est favorable), les pays arabes voisins le rejettent. La conséquence immédiate en sera le déclenchement d’une guerre civile en Palestine, suivie de la guerre israélo-arabe de 1948. »

« Le Plan de partage de la Palestine de 1947 avait attribué Hébron à l’État arabe palestinien. Toutefois, après la Guerre de 1948, ce dernier ne voit pas le jour. La ville passe alors sous administration égyptienne, puis sous autorité jordanienne, sous laquelle elle restera jusqu’en 1967. Le 8 mai 1948, les forces britanniques quittent définitivement le territoire, et David Ben Gourion proclame la naissance de l’Etat d’Israël. »

« Après la guerre des Six-Jours en juin 1967 [4], Hébron et le reste de la Cisjordanie passent sous autorité militaire puis administrative israélienne. Les premières colonies israéliennes apparaissent peu de temps après dans les territoires occupés. En 1969, un groupe de Juifs s’installe à nouveau à Hébron même, alors qu’ un compromis avec le gouvernement concentre la présence juive à Kiryat Arba, colonie située à l’est de la ville. À partir de 1979, des Juifs sortent de Kiryat Arba pour aller s’installer dans le quartier juif historique autour de la Synagogue Avraham Avinou, puis dans d’autres quartiers de la ville (colonies de Tel Romeida, Beit Romano, Beit Hadassa). »

« Le 13 septembre 1993, le Président de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) Yasser Arafat et le Premier Ministre israélien Yitzhak Rabin signent les Accords d’Oslo [5]. La communauté juive d’Hébron est particulièrement opposée à la signature de ces accords puis des accords bilatéraux qui sont négociés par Israël et la nouvelle Autorité palestinienne. En 1994, alors que le processus de paix d’Oslo est en cours, un colon israélien, Baruch Goldstein, ouvre le feu sur des musulmans en prière dans la Mosquée d’Ibrahim, tuant 29 personnes et en blessant de nombreuses autres. »

(détail carte)

« Le processus d’Oslo continue cependant et, en février 1997, un accord est signé concernant le redéploiement partiel des FDI. La ville est coupée en deux zones : la zone H1 - où se trouvent la plupart des habitants palestiniens de la ville - qui tombe sous juridiction palestinienne, et la zone H2, environ 18% de la superficie de la ville (4 km²), désormais sous le total contrôle de l’armée israélienne. Cette zone H2 relie la vieille ville et la colonie de Kiryat Arba. L’"Accord d’Hébron" attribue à l’Autorité Palestinienne la responsabilité administrative des quelques 35.000 habitants palestiniens vivant alors en zone H2. »

« En 2000, on assiste à une escalade de la violence dans la ville après le début de la Seconde Intifada : il y a des troubles quotidiens, des attaques de la part des Palestiniens aussi bien que des Israéliens. L’armée israélienne envahit alors Hébron et occupe la quasi totalité de la partie palestinienne d’Hébron, soit H1. Les 4 colonies israéliennes d’Hébron font désormais également partie du territoire assujetti au contrôle de l’armée. En 2002, l’armée a repris le contrôle de toute la ville. En 2003, des tours de contrôle permanentes ont été construites dans la zone H1. »

Le premier documentaire s’achève. Le directeur du Comité s’excuse encore. Il se rend bien compte que nous ne sommes pas dans des conditions idéales pour recevoir autant d’informations : debout ou assis sur les genoux les uns des autres, et (pauvre Laurie !) tout est en anglais. Heureusement Margot et Anne-Claire ont pris des notes : on pourra toujours les leur demander.

Le second film se concentre sur le quotidien des habitants palestiniens. Il dévoile une réalité incroyablement choquante et nous nous demandons comment ces familles font pour supporter ce qu’elles endurent, où les Palestiniens trouvent la force de rester dans leur maison, leur quartier malgré les harcèlements quotidiens, les restrictions de circulation auxquelles ils sont soumis, l’omniprésence de soldats et de policiers au service des colons - alors que les attaques physiques et verbales les visent, eux. Surtout, nous sommes sidérés par la violence des colons, y compris, et cela nous bouleverse, celle de leurs tout jeunes enfants. [6].

Comment font-ils pour gérer tout cela ? Est-ce la conviction d’avoir le droit d’être là qui les fait encore tenir debout, l’inévitable choix de ne pas baisser la tête pour ne pas perdre sa dignité d’être humain, alors même qu’on les traitent plus mal que des animaux ?... Il nous semble quant à nous que nous aurions (lâchement ?) plié bagage depuis longtemps plutôt que de vivre dans un tel enfer...

En réponse à nos questions, le directeur confirme les exemples de situations auxquelles les Palestiniens d’Hébron sont confrontés au quotidien : des colons attaquent un quartier, jettent des pierres sur les maisons.

Bris de vitres et dégâts matériels à l’intérieur, en plus de la peur des habitants, terrés chez eux. Les soldats présents laissent faire, ceux qui font mine d’intervenir se font prendre à partie par les colons : "Vous êtes de quel côté ? Vous êtes là pour nous défendre !" La police appelée au secours ne viendra jamais. Beaucoup de soldats israéliens détestent les colons. Outre que c’est "à cause d’eux" qu’ils se retrouvent à devoir gendarmer la population palestinienne, le fait est que la majorité des colons sont des fanatiques qui semblent avoir perdu tout sens moral dès qu’il s’agit de "leur droit à être là". [7]

Autre exemple : des colons attaquent les passants, les injurient, s’amusent à arracher le hijab des femmes, agressent des écoliers. Parfois, les agresseurs ne sont encore que des enfants : leurs mères, au mieux, sourient, laissent faire, presque fières de leurs rejetons. Ailleurs, ils attaquent une voiture palestinienne dans la vieille ville, cassent les vitres, la martèlent plusieurs fois. Des soldats les accompagnent... [8]

Ou encore : des colons jettent des ordures sur une maison palestinienne, coupent et brûlent des arbres appartenant à un Palestinien, poussent depuis le toit une citerne d’eau, réserve d’une famille pour les mois secs, fracturent des magasins dans la zone H2, et les soldats se servent ensuite... [9]

Difficile de croire encore que les soldats et la police veillent à ce que tous les habitants d’Hébron jouissent des mêmes droits, ou accordent leur protection à tous sans distinction. Notre impression est plutôt qu’ils travaillent avec les colons au maintien de l’iniquité de l’occupation : les colons attaquent les Palestiniens, les soldats protègent (obligatoirement) les colons et la police arrêtent les Palestiniens, pourtant victimes des attaques... Leur rendre la vie tellement insupportable qu’ils n’aient plus d’autre choix que de partir.

Petit café serré pour ceux qui aiment ça ; le directeur nous invite maintenant à aller prendre l’atmosphère de la ville en la parcourant à pied. Il nous sourit : « vous verrez, il y a de belles choses ». Mais il a une demande : « Ouvrez bien les yeux et quand vous rentrerez chez vous, en Belgique, témoignez de ce que vous aurez vu. » Il s’arrête un instant, puis ajoute : « Il y a des gens qui pensent qu’il faut rester neutre. Mais on ne peut pas rester neutre quand on assiste à des actes qui sont contraires aux droits humains, comme cette habitude israélienne de la punition collective, par exemple. »

Nous lui demandons si la ville est calme pour le moment (quand même, nous ne sommes pas venus ici pour nous prendre des coups !) Il nous rassure. Il y a eu une manifestation pacifique la semaine précédente pour qu’Israël mette un terme à la fermeture des rues d’Hébron [10], mais aujourd’hui il ne devrait rien se passer. Avant de nous laisser partir, il sent qu’il est nécessaire de remettre les points sur les i : « Nous faisons toujours en sorte d’adopter une approche non-violente face aux colons et aux soldats mais, pour les jeunes, c’est vraiment difficile de contrôler leur colère, surtout lorsqu’ils voient que la seule réponse qu’on reçoit à nos revendications ce sont des bombes lacrymogènes ou sonores qui vous laissent complètement sourds pendant 2 semaines... Ici, on connaît le scénario par cœur : d’abord les soldats lèvent leurs fusils contre nous, puis ils commencent à hurler, à nous injurier, nous menacer. Ensuite ils lancent leurs bombes : d’abord les sonores, puis les gaz lacrymogènes… Mais aujourd’hui, apparemment, c’est calme. » [11]

Des employés viennent réclamer la présence du directeur. Nous le saluons, le remercions pour son accueil. Il nous propose de monter sur le toit de la maison avant d’aller dans les rues de la vieille ville. Un escalier de pierre blanche nous conduit à une première terrasse, un autre jusque sur le toit. Nous nous glissons entre les dômes de béton piquetés de carreaux ronds (effet féerique de l’intérieur !) et les réservoirs d’eau de pluie. Vue sur la vieille ville... Mara’an, notre jeune guide palestinienne, nous désigne des bâtiments du doigt, exemples du magnifique passé architectural de la vieille ville d’Hébron : constructions ottomanes, constructions en style mamelouk reconnaissables à leurs pierres roses, jaunes et blanches. Elle attire notre attention sur les cimetières juifs et arabes : ils sont côte-à-côte. Et puis, sur des caméras de contrôle. Il y a 10 postes militaires et des dizaines de caméras de surveillance dans toute la ville, nous apprend-elle.

Il y a çà et là des drapeaux israéliens ; Mara’an nous explique que ce sont des maisons palestiniennes que les colons ont prises. Ils marquent leur territoire. Tanguy qui a beaucoup lu demande si Mara’an peut confirmer l’information selon laquelle les colons qui vivent au cœur de la vieille ville d’Hébron sont probablement les plus idéologiques de la population juive de Cisjordanie. [12]. Mara’an dit que c’est probablement le cas.

« Aujourd’hui, il y a environ 500 colons dans la vieille ville et 7000 dans les colonies autour d’Hébron. Des centaines de Palestiniens ont quitté Hébron à cause de la situation économique et sociale qui est de plus en plus dramatique, nous dit encore Mara’an. D’autres ont été jetés hors de chez eux par les soldats mais ont pu se reloger dans d’autres quartiers de la vieille ville. [13]. L’école palestinienne a été confisquée et transformée en école talmudique pour les enfants des colons ; la gare des bus vers Bethléem et Ramallah fait maintenant partie d’une des colonies. Quant au marché aux fruits et légumes, c’était le plus grand marché de toute la Palestine avant les accords d’Oslo. Aujourd’hui il est fermé, vide, mort... L’Autorité Palestinienne a pris une série de mesures pour encourager les Palestiniens à rester ou à revenir vivre dans la vieille ville : la gratuité de l’eau et du gaz par exemple. Et le Ministère du Tourisme soutient la proposition d’inscrire la vieille ville d’Hébron et la mosquée d’Ibrahim comme patrimoine mondial de l’humanité sur la liste de l’UNESCO [14] – en partie pour contrer la décision des autorités israéliennes (prise en mars 2010) d’ajouter le "Tombeau des Patriarches" et la "Tombe de Rachel" (Bethléem) à leur patrimoine national. »

Visite de la vieille ville

Mara’an nous propose maintenant de nous rendre dans le vieux souk, puis d’aller visiter la Mosquée d’Ibrahim/Tombeau des Patriarches et, enfin, d’aller jusqu’à la rue des Martyrs. Nous pourrons, si nous le désirons, aller jeter un coup d’œil du côté "israélien", mais ce sera sans elle : la zone H2 est interdite aux Palestiniens qui n’y résident pas. Nous fronçons les sourcils, incrédules : cet apartheid qui ne dit pas son nom nous paraît relever d’un autre âge. Nous l’avons étudié en classe à propos de l’Afrique du Sud, comme une situation dépassée, un problème solutionné, une des grosses erreurs du siècles dernier...

Tout en marchant, Mara’an répond à nos questions concernant l’arrivée des colons juifs dans la ville après la guerre des Six-Jours. En avril 1968, le rabbin Lewinger loue un hôtel de Hébron pour y passer la soirée de Pessah avec une centaine d’autres personnes. Il s’agit pour lui de remettre pied à Hébron que les Juifs religieux considèrent comme la seconde ville sainte après Jérusalem. Commentaire de Tanguy : il utilise ainsi la méthode du fait accompli qui sert encore aujourd’hui aux partisans de la colonisation de la Cisjordanie. Mara’an continue : en 1970, le gouvernement israélien donne son accord pour construire une colonie à côté de Hébron, Kiryat Arba [15]. Entretemps, Lewinger a obtenu la permission de s’installer dans l’ancien quartier juif de la ville, au milieu de la population palestinienne.

Comme nous lui disons notre admiration pour les vieilles maisons en pierre blanche devant lesquels nous passons, Mara’an approuve :

« Oui, le Comité de Réhabilitation de la Vieille Ville d’Hébron (CRVVH) a fait un fameux travail. Plusieurs maisons ont été reconstruites par ses soins et, peu à peu, les Palestiniens reviennent vivre dans le vieux centre. [16]. Mais il y a des endroits où c’est interdit, où nous n’avons pas le droit de reconstruire les maisons endommagées. Par exemple lorsqu’elles donnent sur la rue des Martyrs. C’est la rue qui sépare Hébron en deux : elle est exclusivement réservée aux colons ». [17].

Nous sommes maintenant dans le vieux souk. Il semble à Anne-Claire et Tanguy qu’il y a davantage de petits commerces ouverts que lors de leur passage en 2009. Beaucoup, cependant, sont encore fermés, par ordre militaire ou parce que les commerçants, découragés, ont jeté l’éponge. Le souk est donc loin d’être florissant et l’atmosphère n’est pas à la joie, malgré les jolies couleurs des étalages : fruits, épices, travaux de broderie faits-maison...

Les Palestiniens nous sourient et nous saluent d’un ahlan wa sahlan fi filistin ! ("soyez les bienvenus en Palestine"), même si nous secouons la tête devant les marchandises qu’ils nous invitent à regarder. Aucun harcèlement de leur part, pas de mendicité ; nous achetons, c’est bien, nous n’achetons pas, bienvenue quand même.

Nous craquons pourtant devant un marchand de jus de fruits frais - orange, carotte, citron : il fait chaud et ça a l’air délicieux ! Achat de boîtes de loukoum pour tout le monde aussi.

Quelques pas encore et, au-dessus de nos têtes, des grilles et grillages installés par les boutiquiers pour se protéger des ordures, bidons vides, pierres et autre projectiles (il y a même une roue de vélo sans pneu...), toutes choses jetées sur les Palestiniens par les colons qui ont envahi les étages et terrasses des maisons annexées... Des conflits de voisinage, il en existe partout, mais ici, ça atteint des proportions démesurées...

Nous arrivons près de la Mosquée d’Ibrahim. Pour y accéder, nous devons passer par un triple poste de contrôle, celui-là même où le jeune Ayssar de Aïda s’était fait arrêter deux ans auparavant [18]. A l’entrée de l’édifice, les filles se couvrent la tête d’un foulard ou enfilent une des capes à capuchon mises à la disposition des visiteuses. Tout le monde se déchausse avant de monter l’immense tapis de prière. Le bâtiment est paisible, les incrustations de marbre géométriques magnifiques. Une équipe d’ouvriers est en train de travailler à la restauration d’un mur : de vrais artistes...

Nous traversons ensuite le côté "femmes" de la mosquée pour pénétrer dans la grande salle au centre de laquelle se trouvent les cénotaphes des Patriarches. Dans notre dos, cette petite grille si spéciale dans le mur, dont Tanguy et Anne-Claire nous avaient parlé. Au travers de celle-ci, il y a moyen d’apercevoir les juifs présents dans la partie "synagogue" de l’édifice. [19]

Nous ressortons de la mosquée, repassons par le poste de contrôle et les tourniquets. C’est toujours aussi désagréable qu’à l’entrée. Nous récupérons nos pièces d’identité, saluons les jeunes soldats qui ne prennent pas la peine de nous répondre. Nous ne sommes clairement pas les bienvenus...

A peine revenus dans la ruelle, nous sommes littéralement assaillis par des enfants et de jeunes adolescents dépenaillés qui veulent nous vendre des colifichets : « Five Shekels, madame, Monsieur, five shekels only. It’s not expensive ! » Ils ne nous lâchent pas, nous supplient, se fâchent, essaient la séduction, tout y passe. Nous sommes un peu mal pris : nous n’avons jamais eu ce rapport-là avec les enfants d’Al-Arroub. Tout au plus nous suivent-ils à deux ou trois pendant quelques mètres, le temps de nous lancer les 3 mots d’anglais qu’ils connaissent avant de s’éparpiller en riant. Mais mendier comme le font ces enfants-ci, non. Sans doute est-ce parce qu’il n’y a que peu d’étrangers qui viennent dans le camp et qu’ils n’ont pas encore acquis ce réflexe de considérer tout visiteur comme un porte-monnaie ambulant ?... Quelques pas encore et nous voilà hors d’atteinte : dans cette direction, la ruelle est coupée par une barrière et un second poste militaire. Les gamins sont interdits de passage et s’ils font mine de s’approcher un peu trop d’eux, les soldats les malmènent du bout de leurs fusils d’assaut. Ils leur parlent comme à des chiens, les menacent... Suffisamment que pour que nous regrettions de ne pas leur avoir acheté davantage. Margot, Marie-Gaëlle et Anne-Claire y retournent et leur prennent des bracelets de perles aux couleur du drapeau palestinien. Ils sont joliment faits et il y aura toujours bien quelqu’un à qui les offrir en Belgique… C’est effrayant, ce brusque sourire que ces enfants nous font alors. Ils reçoivent nos shekels avec un soulagement qui nous met réellement mal à l’aise : l’argent gagné est précieux...

Tanguy, Paul, Sébastien, Caroline, Natalia et Laurie décident d’aller jusqu’à la partie "synagogue" du Tombeau. La mosquée a été réduite de moitié après l’attentat de 1994 et une synagogue y a été installée. L’entrée est de l’autre côté du bâtiment. Pendant ce temps, les acheteuses de bracelets s’installent avec la jeune guide devant le verre de thé que leur offre un marchand de souvenirs. Il est l’un des trois seuls commerçants palestiniens dont l’échoppe existe encore, tolérés par les soldats israéliens pour le bien des touristes. « La toute grande majorité des commerçants ont fait faillite ou ont dû fermer boutique sur ordre militaire. », nous confie Mara’an. Nous demandons : pour quelle raison ? « Sécurité. Soi-disant. En fait, pour étouffer la ville économiquement. D’autres se sont découragés après le saccage de leur échoppe ou les vols répétés de leur marchandises par des colons ou des soldats. » [20] Margot et Marie-Gaëlle entrent dans cette petite caverne d’Ali Baba : des bracelets et colliers, des vases, cruches, plats en verre soufflé, allant du bleu turquoise au cobalt, du bordeaux au jaune miel et vert. Des poteries en argile jaune et rouge (ah, ces jolies foukhar [21] dont on ne fait plus rien une fois rentrés à la maison !). Des assiettes, plats de service, tasses à thé ou café en céramique peinte, des carreaux peints à la main pour la déco des cuisines, salles de bain... Margot se laisse tenter par des objets en verre soufflé. « Si cela vous intéresse, nous pourrons aller visiter une verrerie dans l’après-midi, nous dit Mara’an. L’artisanat de verre soufflé, de céramique peinte et de poterie de Hébron est renommé et exporté en Europe, en Israël et même en Amérique latine... » Nous sommes évidemment partantes.

Le groupe est de nouveau au complet. Nous suivons maintenant Mara’an jusqu’à la limite de la zone H2. Elle s’arrête au poste de contrôle, interdite d’entrée. Nous hésitons : et si on n’y allait pas non plus ? Mais Tanguy fait remarquer qu’il faut que nous ayons vu ce quartier de l’intérieur si nous voulons pouvoir en parler. Nous passons donc devant le soldat (est-ce qu’ils ne déposent jamais leur fusil d’assaut ?) et entrons dans la rue des Martyrs qui relie deux des "colonies de peuplement" juives.

La rue est complètement déserte : pas un chat, pas âme qui vive, sauf aux postes de garde. A gauche et à droite, un alignement de volets en fer vert clair : des boutiques fermées. Les mauvaises herbes ont envahi les trottoirs sur lesquels plus personne ne marche, et montent à l’assaut des murs. En nous rapprochant, nous constatons que les volets ont été soudés au fer, sans doute par les soldats. Les ruelles qui partent perpendiculairement sont bloquées soit par des pans de murs emboîtés de 2-3 mètres de haut, du même type que ceux qui constituent le mur de séparation, soit par un empilement de bidons d’huile ou d’essence rouillés. Y habitent des Palestiniens, interdits d’accès à l’a rue des Martyrs. Les fenêtre et les portes des maisons qui donnent dessus ont été condamnées. Les habitants ont dû s’assurer d’autres sorties.

Nous avançons en silence. Partout, du fil barbelé, des blocs de béton, et, tagués à la bombe, des croix de David et des appels à la haine en arabe, en hébreu, en anglais - "Gas the Arabs !..." Au balcon d’une maison, du linge mis à sécher, seul indice que l’endroit n’est pas complètement déserté. Mais quelle triste vie pour ces Palestiniens dont les maisons se sont retrouvées "du mauvais côté", une fois décidée, de façon arbitraire, la coupure de la ville en deux zones... Se terrer au premier bruit de bottes ou de cavalcade : les passages de soldats et de colons sont fréquents.

Nos pas résonnent dans l’espace vide et silencieux. Cà et là, un drapeau israélien, des soldats sur les toits, des caméras de surveillance. Une pancarte posée sur le sol nous informe que "ces bâtiments ont été construits sur des terres achetées par la communauté juive d’Hébron en 1807". En plus grandes lettres, blanches sur fond rouge, il est écrit que "cette terre a été volée par les Arabes après le meurtre de 67 Juifs d’Hébron en 1929". Puis, lettres rouges sur fond blanc : "Nous demandons justice ! Rendez-nous nos biens !" Signé "la communauté juive d’Hébron".

Un peu plus loin, d’autres panneaux aux couleurs du drapeau israélien expliquent en anglais et en hébreu quand et comment les quartiers de Beit Romano, Yeshiva et Avraham Avinu ont été établis, comment les colons ont récupéré les lieux. On peut y lire que "La restitution des propriétés juives, volée après le pogrom brutal de 1929, est un impératif légal et moral". Sébastien prend des photos d’une série de tableaux peints sur des maisons, illustrant des étapes importantes de l’histoire de la population juive locale. [22]

Tableau 1 : "Racines du peuple juif. Epoque biblique. Hébron, ville des Patriarches et Matriarches, capitale de la Judée et lieu de naissance du règne de David." - Tableau 2 : "Une communauté pieuse : 10ème-19ème siècles. Hébron, une des villes saintes du pays d’Israël. Une communauté de la Torah, de charité et de bonté" - Tableau 3 : "Destruction. Les émeutes de 1929 : des bandits arabes massacrent les Juifs. La communauté est déracinée et détruite." - Tableau 4 : "Libération, Retour, Reconstruction : 1967, libération d’Hébron et ré-établissement de sa communauté juive."Les enfants sont retournés à l’intérieur de leurs propres frontières -Jérémie, 31-7""... Dans les interstices des pierres des maisons vidées, des broussailles et des herbes folles poussent... Laurie demande : comment on peut savoir si les maisons sont encore habitées par des Palestiniens ? C’est simple : citernes d’eau sur le toit.

Nous sommes maintenant tout près de l’école talmudique. Sur le toit, des soldats montent la garde et nous observent, fusil d’assaut entre les mains. De derrière le mur, des cris d’enfants nous parviennent. Il y a donc vraiment des colons qui vivent ici ? Leurs maisons sont regroupées et donnent dans des rues commerçantes parallèles à la rue des Martyrs, abritées par de grands grillages...

Comment peut-on décider de venir s’installer dans un endroit qu’on a vidé de sa substance, dont on a fait fuir les habitants, la vie ? Comment peut-on imaginer y vivre, y fonder une famille ?... Ce lieu est irréel. On se croirait dans une ville fantôme du Far West , ou dans un décor de cinéma abandonné. Nous prenons des photos. Où sont les enfants, les appels des marchands, les rires des gens ?... Qu’ont donc fait les colons de cette ville ?!

Soudain, à quelques pas de nous, marchant dans notre direction, deux femmes en pantalons et brassards. Elles sont étrangères (allemande et suédoise) et membres de EAPPI, une association de bénévoles internationaux qui assurent une présence dans les zones sensibles de Cisjordanie, comme le centre d’Hébron, afin d’empêcher au maximum les affrontements entre Palestiniens et colons israéliens.

Elles nous expliquent en deux mots ce qu’elles font là. Les missions d’observation ont commencé en 1997, à la demande des autorités israéliennes et palestiniennes, afin d’améliorer la situation des habitants d’Hébron et de leur donner un sentiment de sécurité. Les bénévoles qui y participent envoient des rapports sur les infractions qu’ils constatent par rapport au droit international humanitaire et aux droits humains reconnus internationalement. Les polices israélienne et palestinienne (FDI et FPP, Forces de Police palestinienne) sont obligées de donner des réponses officielles aux enquêtes et questions que leur posent des organismes comme EAPPI ou TIPH, et ce dans le but d’arriver à trouver des solutions ou réparations relatives aux incidents rapportés.

Les deux dames nous donnent leurs cartes ; elles n’ont pas beaucoup de temps pour nous parler car elles doivent arriver à l’école palestinienne avant l’heure de la sortie des classes pour protéger les enfants palestiniens qui doivent rentrer chez eux. Il n’est pas rare qu’ils soient victimes d’agressions de la part des colons, enfants ou adultes. Nous frissonnons : comment continuer à vivre ici, oser envoyer ses enfants à l’école en sachant qu’ils risquent à tout moment d’être agressés ? [23]

Il est temps pour nous de faire demi-tour. Nous retrouvons Mara’an qui nous attend patiemment derrière les barrières Nadar, sous le regard impassible des soldats. Nous nous éloignons aussi vite que possible de cet endroit lugubre. Nous sommes de nouveau en H1, au milieu du quartier palestinien, et l’oppression que nous ressentions en H2 s’efface lentement. Mara’an nous emmène au musée d’Hébron. Il s’agit en fait d’un ancien hammam, dont on peut retrouver effectivement certaines caractéristiques comme les coupoles percées de trous laissant passer des rais de lumière tamisée, des cuves en pierres, des robinets.

Dans la première pièce, un panneau en anglais qui nous surprend par sa totale absence d’appropriation ou de récupération des lieux : "Le vieil Hébron, le charme d’une ville historique et son architecture - Bienvenue". Quel contraste avec tous ce que nous avons lu dans la rue des Martyrs ! Nous passons entre les objets exposés, poterie, anciens outils agricoles, mosaïques...

Dans la pièce suivante, Mara’an attire notre attention sur une affichette nous priant d’excuser l’état des murs, salis par des traînées d’eau. « Si vous regardez au-dessus de vous, vous en comprendrez la raison. Le harcèlement des colons est dirigé même contre le verre. ». Mara’an nous explique : « Toutes les coupoles des hammams sont piquetées d’ouvertures laissant filtrer la lumière. Ces ouvertures sont recouvertes de verre teinté. Enfin, théoriquement. Les colons ont fait sauter les petits couvercles de verre plusieurs fois. Chaque fois que nous réparions et remplacions les verres brisés, ils s’amusaient à tirer dessus et à les faire exploser. C’était peine perdue… Mais depuis, il pleut dans le musée. »

Nous laissons un petit message dans le livre d’or du musée et suivons Mara’an dans le dédale des rues du vieux quartier.

Soudain, au-dessus de nos têtes, surprise !, une enseigne en français : "Association d’échanges culturels Hébron-France." et au-dessus d’un dessin de tour Eiffel et mosquée entremêlées, la devise du peuple français " Liberté, Egalité, Fraternité ". Waouw ! Voilà qui était inattendu ! Et un motif de fierté pour Marie-Gaëlle, Française jusqu’au bout des ongles ! Nous nous trouvons en fait devant le local d’origine du centre culturel Hébron-France.

Le groupe Taayoush l’avait visité en 2009. Depuis, la cour de récréation a pu être agrandie, le bac à sable aussi et le centre accueille aujourd’hui davantage d’enfants. Mais le danger n’est pas pour autant inexistant. La cour est entourée d’un mur et d’un grillage et les enfants ont pour consigne de ne pas s’en approcher car il est arrivé que des colons s’amusent à tirer depuis leurs terrasses situées à quelques mètres. Ils ne sont "que" 500, mais protégés par 2000 soldats israéliens… Ceci explique sans doute leur sentiment d’impunité. En levant les yeux vers les collines, nous apercevons le mur de séparation et ses tourelles. Impossible de l’oublier. Il n’est jamais très loin... Photos et sourire aux enfants qui viennent nous faire la papote sans aucun complexe, avant de suivre une des animatrices à l’intérieur du bâtiment.

Plafonds voûtés, portes arrondies, architecture ancienne : il se dégage une atmosphère sereine du lieu. Autour d’un verre de thé bienvenu, l’animatrice nous explique que ces locaux constituent en fait leur nouveau centre, récupérés lorsque l’Association Hébron-France a déménagé pour s’installer à côté de l’université. Le premier centre, en effet, a dû fermer suite aux nombreuses attaques dont il faisait l’objet de la part des colons. Aujourd’hui, c’est ici qu’ils organisent les activités parascolaires pour les enfants âgés de 6 à 15 ans vivant dans la vieille ville d’Hébron. Tous ont des problèmes, soit à l’école, soit avec leurs parents, soit encore parce que la vie dans les rues est dangereuse et traumatisante.

Le centre est le seul endroit où ils peuvent venir jouer ou lire et le samedi pas loin de 500 enfants s’y retrouvent. Le centre s’est doté d’une bibliothèque contenant des livres en arabe, en anglais et en français ; il dispose d’une salle de jeux éducatifs. Il y a deux assistantes sociales et des professeurs à la retraite viennent aider les enfants qui ont des problèmes de compréhension en maths ou en anglais. On y organise également des cours de musique [24], trois camps d’été (théâtre, musique, dabkeh ; un pour les garçons, un pour les filles, un mixte). L’Union européenne y soutient des activités de préservation du patrimoine et de l’environnement (jardinage, plantation de vigne) ainsi que la plaine de jeu.

Avant de partir, l’animatrice nous indique trois étagères. Elles contiennent des bricolages faits par les enfants : bracelets, dessins, petites poupées en laine, bibelots divers. « Ce sont des cadeaux pour nos visiteurs. Chaque enfant y a accroché un petit billet où il a écrit son nom et son âge. C’est pour vous, pour vous remercier d’être venus nous voir. »

Rencontre avec Chantal Abu-Eisheih

Avant de retourner à l’Association d’échanges culturels Hébron-France où nous avons rendez-vous avec Chantal Abu-Eisheih, nous invitons Mara’an à venir manger avec nous. L’occasion d’échanger sur son parcours universitaire et sur la situation économique de la Palestine.

Retour aux bureaux de l’association Hébron-France, près de l’université de la ville. Re-verre de thé. Chantal nous explique comment elle en est venue à vivre ici. Elle est française et a rencontré Anouar Abu-Eisheih, aujourd’hui son mari, en 1970 à Paris (elle avait 20 ans). Elle est tombée amoureuse de ce Palestinien expulsé de sa ville natale. Après les Accords d’Oslo, ils ont pu revenir en Palestine avec leurs deux enfants, âgés à l’époque d’un an et de quatre ans. Lui a travaillé comme taximan pendant trois ans, puis comme professeur d’université à Jérusalem.

En 1997, Chantal et son mari décident de créer une association de soutien aux Palestiniens de Hébron et de promouvoir des contacts entre Hébron et la France. Ils mettent sur pied des cours de français qu’ils donnent d’abord dans des maisons privées, puis à l’endroit où se trouve actuellement le centre culturel que nous avons visité dans la vieille ville, et enfin dans ces locaux-ci.

Tout n’a pas été comme sur des roulettes. Avec l’intifada de 2000-2005 et le couvre-feu, beaucoup de professeurs qui n’étaient pas en règle de papiers n’ont plus pu venir donner cours. En 2OO2, Chantal en a eu marre de jouer à cache-cache et a décidé que soit ils arrêtaient tout et quittaient Hébron, soit ils se donnaient les moyens de réussir. Grâce à l’argent des subventions, à des dons et à l’aide du Consulat de France, il y a aujourd’hui 10 salariés plein-temps [25], en plus d’elle-même et de son mari qui sont tous deux bénévoles. « Ce lieu est un des seuls endroits mixtes de la ville ; la société est encore très traditionnelle à Hébron : l’aîné de famille a un statut différent, une autorité sur ses frères et sœurs, etc, Ce qui explique sans doute pourquoi 70% des étudiants sont des filles : elles apprennent le français dans l’espoir de pouvoir partir continuer leurs études en France et échapper ainsi à la tutelle familiale.

Outre les cours de français, nous organisons des activités culturelles (expositions, concerts,...), des visites d’Hébron et des alentours (sites archéologiques, villages, artisanat) avec logement possible chez l’habitant. Notre objectif est non seulement de promouvoir les échanges et le dialogue interculturel, mais aussi de sensibiliser à la réalité du quotidien d’Hébron et de soutenir les habitants de la zone H2, en particulier les enfants. »

A nos questions sur ses enfants, Chantal répond que sa fille étudie actuellement la médecine à Jérusalem et souhaite travailler ici, en Palestine ; que son fils, âgé de 16 ans aujourd’hui, se sent autant palestinien que français mais admet que, pour un adolescent, vivre ici est quelque peu frustrant, vu le peu de possibilités qu’il y a au niveau des sports, des loisirs, etc. Sa fille porte le voile « pour être cohérente », dit-elle. Seule une jeune fille sur 10 ne le porte pas ici. Elle se sent de culture musulmane car, dit-elle, les principes de base sont les mêmes dans les trois religions monothéistes. Chantal elle-même n’a pas vraiment de regrets, même si sa famille (et les moules-frites !) lui manque parfois. Ici, elle fait des rencontres autrement plus intéressantes et gratifiantes qu’en France.

Chantal dit encore que Hébron est un concentré de tout ce qu’on voit dans toute la Palestine : l’apartheid, le développement des colonies israéliennes, les conséquences quotidiennes de l’occupation par Israël, qui est ici à la fois verticale et horizontale (en plus d’avoir leurs propres quartiers, les colons juifs se sont installés dans les étages supérieurs des maisons palestiniennes, en plein milieu de quartiers palestinien). La difficulté de circuler, par exemple. « Le délit de faciès est habituel aux checkpoints. Et il vaut mieux bien choisir sa voiture : choisir une Mercedes, c’est être d’office du côté palestinien, car les Israéliens roulent davantage en Citroën... »

Chantal nous taquine en disant que les Hébronites sont un peu les Belges de la Palestine : ils ont (par rapport aux habitants de Naplouse par exemple) un accent particulier, un peu traînant, et des expressions particulières.

« Les visiteurs qui viennent jusqu’à Hébron sont pour la plupart des pèlerins peu préoccupés par le sort des Palestiniens. Ou alors ce sont des militants pour la cause palestinienne et il faut qu’ils soient prudents de façon à ne pas être la source d’ennuis pour leur guide palestinien. »

Quand on lui demande ce qu’elle pense de l’éventualité d’une troisième intifada, Chantal nous dit que ce ne sera pas pour tout de suite : « Il y a encore trop de séquelles psychologiques des précédentes intifadas. En plus, les gens entrent lentement mais sûrement dans ce qui est typique de l’économie néolibérale : le chacun-pour-soi, la jouissance à tout prix. Ils veulent "en profiter", partir en vacances. Et plus se battre pour une cause. » Oui, on voit bien ce qu’elle veut dire. Nous en avons rencontré un qui réagit comme cela à Al-Arroub : Bassam.

Une dernière question à propos du Hamas. « Ceux qui ont voté pour le Hamas sont d’abord les islamistes, ensuite les "anti-autorité-palestinienne", puis tous ceux qui ont bénéficié de l’aide apportée par les associations dépendantes du Hamas, lequel a tissé au fil des ans un vrai maillage social et caritatif, bien nécessaire. L’opération Plomb Durci [26] avait sans doute pour but de décourager les gens à réélire le Hamas ».

Nous quittons Chantal, non sans lui promettre de lui faire parvenir un exemplaire de La belle résistance, écrit par le groupe Taayoush après son voyage de 2009.

Visite d’un atelier de verre soufflé

Parmi les beautés qui font la renommée de la ville d’Hébron, il y a l’artisanat du verre soufflé. La production de verre en Palestine remonte à la période romaine mais les technique utilisées aujourd’hui dans l’artisanat du verre à Hébron date du 13ème siècle. On en trouve des exemples dans les structures qui surplombent la Mosquée d’Abraham et le Dôme du Rocher à Jérusalem. « L’artisanat du verre soufflé est une histoire de famille. Les secrets de fabrications sont bien gardés et se transmettent de père en fils. Au 14ème siècle, il y avait 14 manufactures de verre soufflé, toutes situées dans la vieille ville », nous dit Mara’an.« Le verre d’Hébron était exporté en Egypte, en Syrie et en Jordanie, transporté en caravane de chameaux dans des boîtes spécialement fabriquées et tapissées de laine. Mais, la production de verre a beaucoup souffert du conflit avec Israël. Nous espérons qu’elle y survive... Aujourd’hui, les artisans utilisent du verre recyclé et chauffent leurs fours avec des huiles de moteur usagées. ».

A sa suite, nous entrons dans un des deux seuls ateliers où l’on souffle encore le verre aujourd’hui. Le souffleur nous accueille avec un grand sourire. Il est assis face à un four voûté qui trône au milieu de la pièce. Il a différentes petites ouvertures fermées par des trappes et de petites niches où les souffleurs entreposent leurs outils. A l’intérieur, la température atteint 1400 degrés. Juste à côté, il y a un compartiment moins chaud (500 degrés quand même !), où les objets sont mis à refroidir lentement pour éviter ainsi qu’ils n’éclatent. Le maître verrier accepte de nous faire une démonstration de son savoir-faire. Il tient une canne d’environ un mètre, du bout de laquelle il cueille une boule de verre en fusion. Il commence par la rouler sur une plaque de métal, pour bien la centrer, puis il souffle dans la canne pour faire gonfler le verre. Il faut qu’il retourne plusieurs fois au four pour que la pâte reste bien chaude et ne durcisse pas. Il fait différents mouvements de balancement ou de moulinet et, petit à petit, une forme naît. Il étire, aplatit, perce la pièce avec sa pince. Travail impressionnant ! Nous ne pouvons quitter des yeux ce colosse qui fait onduler cette pâte en fusion avec une maîtrise incroyable, la modèle selon son envie pour faire un vase, un cygne au cou gracile, une lampe… Laurie s’y essaie ; eh bien ! Il en faut des poumons !... Nous félicitons et remercions le maître verrier et passons à la boutique. Il y a des centaines d’objets en verre, utiles ou décoratifs : des tasses, des bouteilles, des cruches, des assiettes , des lampes à huile, des bijoux, des perles en verres, bleues, vertes et d’autres avec l’œil (“owayneh”) supposé protéger du mauvais œil, des perles en formes de main, celle de fatimah, la fille de Mahomet… Tous plus jolis, plus raffinés les uns que les autres et qui attrapent la lumière, jouent avec elle. Quel merveilleux spectacle ! Nous comprenons que le verre de Hébron continue d’attirer les touristes, malgré toutes les restrictions auxquelles sont soumis les souffleurs. Achat de cadeaux pour nos familles ; pourvu que rien ne casse dans les transports ! Dommage que nous n’ayons plus le temps d’aller voir les ateliers de céramique peinte à la main ni la manufacture de keffiyeh. Ce sera pour une autre fois.

Vie quotidienne au camp de Al-Arroub

Nous reprenons des taxis collectifs pour revenir au camp. Nous n’avons que peu de temps pour prendre quelque chose qui ressemble à un repas car c’est ce soir que la maman de Youssef et Noah vient. Elle a proposé de nous faire des gâteaux et d’apporter ses robes brodées. Nous nous débrouillons avec des petits restes des repas précédents que nous accommodons avec créativité :-)

18h20 : Par les fenêtres ouvertes de notre salon-salle à manger, des bruits nous parviennent qui finissent par nous interpeller. Ce ne sont pas les cris habituels des enfants qui jouent et se pourchassent dans la rue, il y a autre chose… Les fenêtres sont toutes grillagées, on ne peut pas se pencher, ni rien voir. Nous allons sur la terrasse : elle donne sur l’arrière des maisons voisines et de l’école des filles, rien à voir de ce côté-là. Nous ouvrons donc la porte d’entrée de notre appartement : il y a clairement un souci. Devant la maison, la rue est vide, mais plus bas, dans la rue centrale où se trouvent les commerces et où habitent Tareq et Sarah, il y a du remue-ménage. On entend des bruits d’objets jetés, comme du gravier sur des poteaux métalliques, et des voix qui appellent, ordonnent, préviennent, défient, chantent un slogan. Et aussi des bruits de tirs : des balles en caoutchouc ou des vraies qui tuent ? Nous ne nous risquons pas à sortir, nous ne savons pas au milieu de quoi nous nous retrouverions.

Soudain, des enfants remontent jusque devant chez nous en courant : ils jettent des regards derrière eux, s’arrêtent, repartent, cherchent à se cacher de quelque chose, puis redescendent en bande vers la rue centrale… Des adolescents de 12-15 ans... Les exclamations se font plus fortes, des voix jeunes huent, des voix d’hommes leur répondent : des ordres jetés en arabe et en hébreu. Les soldats. D’autres bruits encore, qu’on n’identifie pas. Une voix de femme tout près ; elle tremble en parlant. D’une des fenêtres de la maison d’en face, quelqu’un nous fait signe de rentrer chez nous, de fermer la porte. Mais nous voulons voir. A ce moment, un projectile lancé par on ne sait qui atterrit juste devant nos pieds : une pierre. Vite, nous refermons la porte, blindée et grillagée, on comprend pourquoi maintenant. D’autres pierres viennent s’y écraser.

Impossible de laisser se dérouler ce qui se passe sans en garder une trace : Anne-Claire entrouvre la petite fenêtre de la porte et Tanguy enregistre les sons qui nous parviennent, tandis que Sébastien prend quelques photos à la sauvette.

Incursion et jets de pierres
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Scène étrange : des adolescents regardent vers le bas de la rue, certains ramassent des cailloux, d’autres sont en position de les lancer, et à la fois prêts à déguerpir. D’autres encore regardent, les mains en poches ou posées sur les hanches. Mais, eux aussi sont prêts à s’enfuir, le cas échéant.

Aux fenêtres grillagées d’appartements aux étages supérieurs des petits buildings voisins, les femmes et les plus jeunes enfants, comme au balcon d’un théâtre. Tout d’un coup, l’un des jeunes nous aperçoit et nous fait signe non ! Pas de photos ! ! Il est menaçant, il va nous lancer une pierre, nous lui faisons signe que c’est OK, qu’il ne doit rien craindre de nous, qu’on ne va plus prendre de photos, que nous sommes avec eux. Les photos, c’est pour témoigner en Belgique de ce que vivent les habitants.

Parce que ce qui se passe, nos jeunes nous l’apprendront plus tard, c’est que des soldats sont entrés dans le camp, se sont baladés dans les rues en provoquant les gosses. La machine bien huilée s’est mise en route : provocation, réaction des jeunes et des enfants, jets de pierre, tirs de bombes lacrymogènes et fumigènes dont l’odeur insupportable arrive jusqu’à nous…

Et puis, d’un coup, cela se calme. Les soldats sont sans doute ressortis du camp. La rue s’est vidée des enfants. Soudain, des coups sont frappés à notre porte. Nous nous regardons, pétrifiés : c’est quoi encore ? Mais Youssef nous appelle : ouvrez ! C’est nous ! C’est vrai, nous avons des visiteurs de ce soir ! On a failli l’oublier avec ce qui s’est passé. Il entre avec son fiston dans les bras, suivi de sa maman et de son frère Noah qui chacun portent un grand plat recouvert d’un linge blanc. Notre propriétaire nous a confectionné deux gâteaux fabuleux !

Quelques minutes plus tard, on frappe à nouveau à la porte et, à notre étonnement (habitude palestinienne, nous n’étions pas au courant !), tout le restant de la famille débarque "chez nous", hommes, femmes et enfants, que nous avons un peu de mal à situer. Nous sommes un peu débordés... parce que "nos" jeunes sont bien évidemment là aussi. Ils n’ont pas l’air outre mesure choqués de la bagarre qui vient de s’achever à l’extérieur. Ils entrent, heureux comme chaque fois qu’ils viennent ici. On s’entasse comme on peut, parle avec qui on peut aussi… Nous ne sommes pas habitués à de telles réunions de famille. Ni non plus à ce que, au milieu d’une phrase, l’un ou l’autre (Hashem, la man de Youssef et Noah), se lève pour aller faire sa prière dans une pièce plus tranquille, puis revienne, son tapis de prière sous le bras…

A un moment, la maman de Youssef fait un signe aux filles du groupe : elle a apporté ses robes ! Qu’elle nous encourage a passer : photos, nous sommes absolument magnifiques dans ces vêtements ! Quel beau travail, toutes ces broderies ! La vieille dame nous explique que c’est fini, qu’elle n’en fait plus : elle ne voit presque plus…

Tout ce beau monde s’entremêle : Margot écrit tous nos prénoms sur une feuille et les filles de la famille s’amusent à les retranscrire en arabe… On apprend à compter jusqu’à dix dans la langue de l’autre, fous rires assurés…
Marie-Gaëlle et Caroline gloussent dans la cuisine en voyant Abed et Majid faire les pitres, Paul et Sébastien jouent assis sur la tapis avec les plus petits à des jeux…

Anne-Claire est bien sûr en pleine discussion avec tareq qu’elle appelle affectueusement "mon deuxième fils palestinien", Tareq. Le Premier ? Ben, Daoud, tiens ! Ils ont tous les deux l’âge de ses propres fils et donc, adoptés !.

Sur la terrasse, les hommes fument et parlent avec Tanguy des relations israélo-palestiniennes. Ils nous expliquent qu’ils ne veulent qu’une seule chose, c’est la paix. Ils espèrent que leurs enfants ou petits-enfants pourront un jour retourner dans leur village. Pour eux, le camp reste le camp, et devoir y vivre n’est que temporaire. Ils nous disent d’où ils viennent : de Jaffa, Haifa, mais aussi de petits villages qui sont désormais devenus des colonies.

Nous les écoutons et, pour nous, ce qu’ils disent et ressentent est étrange : avoir l’impression de vivre temporairement dans un lieu (en l’occurrence le camp d’Al-Arroub), alors qu’ils y sont nés et vont, sans doute aussi, y mourir… Bien sûr, nous ne le leur disons pas.

Etrange aussi, comme aujourd’hui les choses se sont suivies sans se ressembler, ni s’empêcher l’une l’autre d’avoir lieu. Il y a 4 heures d’ici, on se serait cru en pleine guerre civile, et puis là, nous sommes à manger du gâteau et à défiler en robes longues… C’est leur vie : choc, détente, choc, détente… Et donc, oui, ne rien rater des bonnes choses. Comme le disait Hashem, je ne sais pas où je serai dans une heure…

Voir les photos de l’excursion à Hébron

Lire la suite du voyage


[1Pour plus de détails sur ces "facts on the ground", consulter par exemple les documents et cartes de l’association Americans for Peace Now.

[2Sur l’histoire récente d’Hébron et la situation actuelle, voir le documentaire d’ARTE "Hébron : le chemin de la paix" (février 2011).

[3Depuis quelque temps, les choses changent : le gouvernement israélien travaille à implanter des colonies juives à l’intérieur de Jérusalem-Est aussi, cf informations données par Daoud entre autres.

[4La guerre des Six Jours opposa, du 5 au 10 juin 1967, Israël à une coalition de pays de la Ligue arabe formée par l’Égypte, la Jordanie, la Syrie et l’Irak. Cette guerre fut déclenchée comme une "attaque préventive" d’Israël contre ses voisins arabes, à la suite du blocus du détroit de Tiran aux navires israéliens par l’Égypte le 23 mai 1967 (les Israéliens avaient préalablement annoncé qu’ils considéreraient cet acte comme un casus belli). Les chars de Tsahal bousculèrent leurs adversaires sur tous les fronts. En moins d’une semaine, l’État hébreu tripla sa superficie : l’Égypte perdit la bande de Gaza et la péninsule du Sinaï, la Syrie fut amputée du plateau de Golan et la Jordanie de la Cisjordanie et Jérusalem-Est.

[5soit la reconnaissance mutuelle d’Israël et de l’OLP, la création de l’Autorité Palestinienne (AP) et le retrait des « Forces de Défense Israéliennes » (FDI ou IDF, l’armée israélienne) de certaines villes palestiniennes

[6Pour avoir une idée de cette violence, voir entre autres les documentaires "Welcome to Hebron" (Press TV, décembre 2010) et "Hébron, ville symbole de la colonisation israélienne" (France 24, juillet 2008).

[7Lire à ce sujet les témoignages de vétérans recueillis par l’organisation israélienne Breaking the Silence.

[8A titre d’exemple, voir l’article "Des colons agressent des enfants palestiniens à Hebron" (Alternative Information Center, avril 2011).

[9Lire à ce sujet les témoignages d’anciens soldats recueillis par l’organisation israélienne Breaking the silence.

[10Au sujet de cette fermeture, voir La Belle Résistance.

[11Lire les témoignages d’anciens soldats israéliens qui ont servi (sévi ?) à Hébron entre 2005 et 2007.

[12Selon les chiffres du Conseil de Yesha (acronyme de Judée-Samarie et Gaza en hébreu), 30% des colons sont ultra-orthodoxes, 30% laïcs et 40% religieux ou traditionalistes.

[13En 2007, l’ACRI (Association pour les droits civils en Israël) et B’tselem (une organisation des droits de l’homme) ont publié un rapport sur la fermeture de la zone H2 aux Palestiniens et sur le nombre de Palestiniens qui sont partis depuis. Dans cette partie de la ville, plusieurs rues sont interdites aux résidents palestiniens qui ne peuvent plus y circuler ni y tenir leur commerce.

Selon ce rapport, les conditions sociales et économiques auxquelles ils sont soumis, auxquelles s’ajoute la violence quasi permanente des colons ont abouti à ce que près de 40% des Palestiniens abandonnent leurs maisons pour aller habiter en H1 ou dans une autre ville

[14Voir le dossier de presse à ce sujet.

[15La colonie de Kiryat Arba abrite en 2010 plus de 8000 habitants.

[17Seuls les colons peuvent s’y déplacer en voiture ; un étroit passage a été récemment aménagé le long d’un tronçon de la rue pour les piétons palestiniens du quartier.

[19Le bâtiment a été coupé en deux suite au meurtre de 29 Palestiniens en prière, meurtre commis par le colon sioniste fanatique Baruch Goldstein en 1994.

[20Lire les témoignages d’anciens soldats israéliens qui ont servi (sévi ?) à Hébron entre 2005 et 2007.

[21Pot pour la cuisson du foukhara, une des spécialités culinaires d’Hébron : plat composé d’un mélange de légumes, de viande et d’épices cuit à l’étouffée dans un four

[22Voir d’autres photos de la vieille ville d’Hébron.

[23Voir le documentaire de Press TV "Welcome to Hebron".

[24Voir aussi le projet musical Al-Kamandjâti.

[25Leur salaire est d’environ 350 shekels, soit 70 euros, par module de 48h de cours

[26Opération "Plomb durci" : raids israéliens sur la bande de Gaza, décembre 2008 – janvier 2009.


Portfolio

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