Mercredi 13 avril : Tent of Nations - Al-Arroub

lundi 7 novembre 2011
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Aujourd’hui, nous emmenons nos deux Danois avec nous : Yeppe et Esben que notre programme intéresse. Sandra nous a proposé d’aller rendre visite à Daher Nassar, un Palestinien chrétien qui se bat pour garder ses terres agricoles et sa ferme. Celles-ci se trouvent dans les collines au sud ouest de Bethléem (Palestine occupée), à proximité du petit village palestinien de Nahalin, en plein milieu du gros bloc de colonies illégales de Goush Etzion. Sandra nous a dit que ces terres appartiennent à la famille Nassar depuis des générations, mais les autorités israéliennes tentent de les récupérer pour y bâtir d’autres colonies. Daher et sa famille ont été en procès pendant 12 ans devant la Cour militaire. A l’heure actuelle, leur affaire est devant la Cour suprême et, sur le terrain, la vie n’est pas facile.

(détail carte)

« Les Nassar, » nous dit Sandra, « font partie de ces Palestiniens qui refusent de répondre à la violence qui leur est faite par davantage de violence encore. Ils ont mis sur pied le projet Tent of Nations, autre exemple de Belle Résistance… Les internationaux sont les bienvenus pour aider Daher à travailler ses terres, faire de petites améliorations dans les bâtiments, aider à la cuisine, à la cafetaria, à la boutique de souvenirs, faire du travail administratif, du jardinage, s’occuper des animaux, planter des arbres, récolter les fruits, etc. Vous verrez, il y a une grande tente où ils peuvent dormir la nuit. Et le soir, on fait un grand feu, on mange et on chante tous ensemble, Palestiniens et internationaux. C’est très fort...  » Mmmmh ! Chouette rencontre en perspective !

Les taxis qui nous ont cueillis aux abords du camp d’Al-Arroub nous déposent en pleine campagne. La petite route que nous suivions est en effet barrée par des gravats, amenés là par les autorités israéliennes. Daher ne peut plus utiliser sa voiture. C’est une des multiples vexations auxquelles les Israéliens le soumettent lui et sa famille, nous explique Sandra. Laurie demande, naïvement nous semble-t-il : "Mais dans quel but ?" « Lui compliquer la vie, à lui et sa famille », lui répond Sandra. « Le faire craquer, le décourager de continuer à vivre là, car il gêne les projets de colonies israéliennes. »

Il nous faut marcher un bon quart d’heure pour arriver à la ferme des Nassar et ses 100 ha de terrain. La campagne pourrait être magnifique, mais les colons sont passés par là. Ils ont abattu des centaines d’oliviers et dénudé les collines alentour pour y construire leurs colonies de béton. Des poteaux électriques sont placés dans des zones encore non construites mais qui le seront bientôt.

La politique est à l’expansion des colonies, quels que soient les discours que tiennent les dirigeants devant la presse étrangère. La propriété familiale des Nassar se trouve désormais au centre d’un amas de 5 colonies qui s’étendent pour la plupart au sommet des collines avoisinantes et coupent peu à peu Bethléem de la ville d’Hébron... [1]

Tout en marchant, Sandra nous raconte le genre de crasses que les colons infligent aux Palestiniens qui habitent trop près de leur colonies. « Ils descendent en bande dans les villages, de préférence le vendredi (qui est notre dimanche) et cassent tout sur leur passage ; ils mettent en joue les habitants, qu’ils terrorisent. Il n’est pas rare qu’ils tirent. Ou alors ils brûlent les cultures, empêchent les fermiers d’aller récolter leurs olives. Il y a aussi cette histoire d’égouts. Une colonie était, pour une certaine période, déconnectée du système des égouts nationaux. Les colons n’ont fait ni une ni deux, ils ont fait en sorte que les eaux usées se déversent dans le village palestinien situé en contrebas. Imaginez le drame : l’odeur pestilentielle, le nombre de gens qui sont tombés malades ! » Comme le dit Margot, retour au XVIIIème siècle...

Au bout du chemin, nous arrivons devant une grille cadenassée. Protection bien dérisoire. Il nous semble qu’un simple coup d’épaule pourrait la faire tomber. Sandra sonne et, quelques minutes plus tard, voici Daher, un petit bonhomme dans les 60-70 ans (ou 50, c’est difficile à dire), vêtu d’un pull rouge et d’un bonnet en laine (malgré la chaleur ! Mais Daoud aussi portait toujours un pull à Jérusalem). Il salue joyeusement Sandra qu’il reconnaît, nous souhaite à tous la bienvenue en angalis. Ses yeux brillent d’un vrai plaisir. Il nous invite à monter jusqu’à sa "maison", et en profite pour ramener son vieux tracteur. Anne-Claire et Marie-Gaëlle ne résistent pas et y grimpent avec lui.

En fait de ferme, il n’y a pas grand-chose comme bâtiments. Les soldats israéliens sont passés par là aussi. Mais le domaine de Daher est petit coin de paradis : des poules, des chèvres, deux chevaux qui broutent, des terres cultivées partout, et ces arbres fruitiers, ces oliviers, ces vignes et amandiers à n’en plus en finir. C’est beau, la Cisjordanie...!

Un havre de paix

Daher nous parle de ses terres et de sa famille tout en nous faisant les honneurs de la propriété familiale. Sa famille, la famille Nassar, est une des dernières familles de Palestiniens chrétiens vivant dans ces collines situées à 9km au sud-ouest de Bethléem. Leur ancêtre, Daher Nassar, a acheté ces terres en 1916, sous l’empire ottoman, comme le prouvent l’acte de propriété et les documents que les Nassar ont en leur possession, signés par les Ottomans, les Anglais, les Jordaniens et même les Israliens après 1967. Il nous raconte tout cela au micro de Tanguy :

Daher se présente
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« Je m’appelle Daher. Je vis ici. C’est ici que je suis né et que j’ai habité durant toute ma vie. Vous pouvez voir que mes terres sont entourées de colonie : 4 de ce côté-ci (le bloc de Gush Etzion). Nous sommes en procès (avec le gouvernement israélien) depuis 1991 pour défendre nos droits. Nous avons été sous la domination des Turcs pendant 400 ans, et j’ai des papiers signés de leur main attestant que ces terres m’appartiennent. Ensuite, les Anglais sont venus et restés pendant 30 ans, puis les Jordaniens. J’ai des documents signés de leur main également. Pourtant nous sommes en procès depuis 1991 et ne sommes pas encore au bout de nos peines… Des bénévoles viennent ici, pour m’aider à planter des arbres, des bénévoles allemands qui viennent faire leur service civil chez moi… Je vous montrerai où ma famille a habité pendant des années… Chaque année, nous avons des camps d’été ici, pour 80 enfants, et 25 bénévoles de pays différents viennent m’aider. »

Alors qu’ils possèdent des documents signés successivement par les Ottomans, Anglais et Jordaniens, et même par les Israéliens après 1967, la famille Nassar apprend par hasard en 1991 qu’Israël a déclaré leur propriété "terres d’Etat", et donc terrains à bâtir pour de futures colonies, terrains donc qui peuvent leur être confisqués à n’importer quel moment. La famille s’est engagé dans une longue bataille juridique pour pouvoir conserver son bien : l’avocat de la famille a montré les documents attestant que la ferme appartient bien à la famille, mais la bataille juridique est loin d’être terminée.

Depuis 1991, les autorités israéliennes et les colons n’ont de cesse de harceler la famille de Daher, de leur mettre la pression, de leur pourrir la vie : descente de colons qui viennent déraciner des arbres et menacer les habitants avec des fusils, envois d’ordres de démolition de bâtiments existants [2], la ferme n’est reliée à aucun réseau de distribution d’électricité ou d’eau, etc. Tout ceci dans le but avoué de les faire partir, abandonner leurs terres. La présence de Palestiniens en ces lieux est en effet un problème pour les Israéliens vu qu’elle empêche qu’il y ait une continuité entre les différentes colonies du bloc. Mais l’excuse officielle est qu’ils "constituent, selon eux, une menace pour la sécurité des colons du coin". Nous jetons un coup d’œil à Laurie. C’est vraiment dommage qu’elle ne comprenne pas l’anglais. Elle remarquerait que Daher et Sandra parlent d’une même voix.

Depuis les Accords d’Oslo de 1993-1994, cette région est entièrement sous le contrôle d’Israël (zone C) et le gouvernement israélien exige que les habitants demandent des permis (qu’ils ne reçoivent jamais) pour toute extension d’infrastructures "en dur"qu’ils possèdent encore - seuls les colons reçoivent les autorisations de construire dans cette zone… Surtout, le mur de séparation qu’Israël continue à élever va bientôt couper ce coin de terre du restant de la Palestine.

Malgré tout cela, nous dit Sandra, la famille Nassar ne croit pas à la violence comme réponse à la violence. Le rêve de Bishara Nasser, le père de notre hôte était de créer sur ses terres un centre où puissent se retrouver des gens qui participent à la construction de la paix et de la co-existence entre tous les habitants de la terre. L’idée du père de Daher était aussi de faire venir des gens de l’extérieur pour qu’ils voient de leurs yeux ce qui se passe en ce lieu, et pas seulement au travers du filtre des médias. L’autre idée était de canaliser leurs frustrations dans quelque chose de constructif.
C’est ainsi qu’est née en 2000 la "Tente des Nations", un projet qui vise non seulement à soutenir les bonnes volontés pour arriver à préserver la terre des Nassar mais aussi à permettre que se rencontrent des gens de tous les pays et que se construisent entre eux des "ponts vivants" de confiance et d’espoir. [3]

Comme nous le disait Sandra, des bénévoles du monde entier viennent travailler à la ferme éducative et environnementale de Daher. parmi les différents projets menés ici, il y a deux types de "chantiers" : énergie/irrigation et plantation d’arbres.

Dans le premier type de chantier, les bénévoles travaillent à préserver et consolider les infrastructures et systèmes existants, afin de garantir l’approvisionnement en eau pour la cuisine et de permettre l’irrigation suffisante des cultures, ainsi qu’à la mise en place de systèmes d’approvisionnement énergétique respectueux de l’environnement (chauffage à l’énergie solaire, recyclage des eaux usées). Bref, à faire en sorte que la ferme puisse être auto-suffisante malgré toutes les restrictions dont elle fait l’objet de la part des autorités israéliennes. Daher nous montre ainsi une citerne construite par des bénévoles.

Le problème de l’eau
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« Nous n’avons pas l’eau courante ni l’électricité. Nous avons mis au point un système pour récolter l’eau dont nous avons besoin pour boire et arroser les cultures. Ils ne nous permettent pas l’accès à l’eau potable et ne nous donnent pas les permis nécessaires pour construire des bâtiments. Ce pavement de pierres blanches que vous voyez ici, sert à récolter l’eau de pluie et à la conduire vers cette citerne. Lorsque nous n’avons plus d’eau, nous en achetons au village (Palestinien) d’en bas. »

Daher et ses visiteurs ne peuvent donc compter que sur l’eau de plie récoltée pour cuisiner, se laver, boire, abreuver les animaux, arroser les cultures. Il y a actuellement 4 citernes, mais elles ne suffisent pas pour couvrir les besoins, surtout en été quand le soleil dessèche tout (comme aujourd’hui), ou quand la ferme accueille des groupes d’enfants et de bénévoles lors des camps d’été.

Nous nous approchons du seul bâtiment en dur qui soit resté debout après les différents passages des soldats et des colons. Il est recouvert d’une très belle fresque de mosaïques, chef d’œuvre réalisé avec des enfants au cours d’un camp d’été. Daher le commente pour nous : « Voici un verset de la Bible (unissez-vous et que Dieu protège cette demeure"), et là, un dessin de Palestiniens et d’Israéliens discutant ensemble. Ca, c’est une mosquée. L’artiste a dessiné les contours et les enfants les ont remplis avec des restants de carrelage que j’ai trouvé dans les poubelles. Et voilà, faire quelque chose de joli avec des déchets... C’est ma maison, là où je dors, un vieux bâtiment qui date de bien avant 1967. Les Israéliens ont tenté d’en démolir le toit, et j’ai déjà reçu neuf ordres de démolition. »

Les fresques des enfants
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C’est en effet une autre branche du projet "Tent of Nations" : l’organisation de camps d’été pour les enfants et les jeunes. Des animateurs leur montrent qu’il existe des moyens pour créer un avenir meilleur. « Nous sommes convaincus, » nous dit Daher, « que les enfants et les jeunes ont un rôle à jouer aujourd’hui pour demain. » Et il nous donne des exemples du type d’activités organisées chez lui : plantation d’arbres avec des groupes de solidarité, prière et réflexion avec des groupes de chrétiens, organisation de vie en camping avec des groupes de jeunes, conférences avec des activistes, randonnées avec des touristes... Les programmes proposés veillent à enseigner des leçons de vie, nous dit-il : comment résoudre les conflits et surmonter nos frustrations pacifiquement, ou l’importance de la foi, de la famille, de l’amitié ainsi que de la paix, de l’amour et du vivre ensemble, l’importance de pouvoir compter les uns sur les autres et le fait qu’en travaillant ensemble, nous réalisons de meilleures chose et plus efficacement...

« En 2008, par exemple, nous avons organisé un festival de musique avec des bénévoles de différents pays qui ont travaillé avec des enfants de Bethléem et des villages ou camps de réfugiés voisins. Ils ont fabriqué des instruments de musique à partir de matériaux recyclés. Leur slogan était "Nous arrivons à faire quelque chose à partir de rien, car nous nous y mettons tous ensemble". Et effectivement, ils n’ont utilisé que des matériaux de récupération, comme pour cette fresque. »

Les soldats israéliens peuvent venir d’un jour à l’autre pour détruire la maison de Daher. Qu’à cela ne tienne, il a une solution de rechange, nous dit-il, et il nous conduit vers l’une des grottes que sa famille a aménagées sur le site : la grotte de la paix. Nous descendons quelques marches creusées dans le sol et y entrons : à l’intérieur, une longue table ovale, des chaises, des livres...

La grotte de la paix
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« Je peux aussi loger des enfants ici pendant les camps d’été...Comme vous pouvez le voir, le mot "paix" est écrit dans différentes langues sur les murs... J’ai un jour eu un professeur israélien ici, qui m’a aidé à organiser des cours d’été... Parce que ce que je veux, c’est que les gens entrent en contact les uns avec les autres. Comment peut-on faire que la paix règne ? En se parlant. Des enfants palestiniens et israéliens sont venus de Jérusalem pour jouer ensemble ici. Ils étaient vraiment bien ensemble... »

Nous ressortons à l’air libre et suivons notre guide qui nous montre un rocher abritant une autre "caverne". Daher nous invite à y entrer : un bel endroit de forme circulaire, aménagé de banquettes en pierre. Sur une colonne, des portraits peints à même la roche qu’il nous détaille.

La grotte familiale
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« Ma famille a vécu dans cet endroit dès 1916... Il y fait en effet bien chaud en hivers et en été, il y fait frais. Aujourd’hui, ce sont des bénévoles qui y dorment... C’est mon grand-père qui a creusé cette grotte. On y cuisinait autrefois, et voici le trou par lequel la fumée du feu s’échappait... Là, c’est un dessin fait par des enfants lors d’un camp d’été : des Musulmans, des Chrétiens et des Juifs réunis. Et (sur la colonne) voici des portraits de mon grand-père, de mon oncle et de mon père. Le nom de mon grand-père est Daher et le mien est Daher aussi, le nom de mon père est Bishara et le nom de mon fils est également Bishara. Mon oncle a vécu toute sa vie dans cette grotte. »

Notre hôte nous emmène ensuite dans le jardin, où nous apercevons deux Américaines à l’œuvre : elles arrosent des arbres nouvellement plantés et ont l’air d’avoir bien chaud. Elles nous font signe, nous leur répondons de loin : ce que nous raconte Daher est trop intéressant que pour en perdre une miette !

Daher salue les bénévoles
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« La plantation d’arbres est un autre de nos projets. De janvier à mars, nous essayons de planter un millier d’oliviers et d’autres arbres, non seulement parce qu’ils reverdissent le paysage, mais aussi parce qu’ils nous permettent d’augmenter notre productivité. La cueillette des olives (en automne) est aussi l’occasion de voir arriver des internationaux. »

Il fait quelques pas, puis se retourne vers nous : « Cultiver la terre, c’est un moyen de nous mettre à l’abri d’une confiscation de nos terres par les autorités israéliennes qui auraient vite fait de considérer qu’elles sont abandonnées, donc n’appartenant à personne, donc à eux. » Nous comprenons bien, mais nous ne pouvons nous empêcher de penser que planter un arbre, c’est aussi un acte d’une grande valeur symbolique. C’est affirmer qu’il y a encore de l’espoir qu’un jour la paix et la justice règneront. C’est un acte de solidarité et un moyen très efficace de faire se rencontrer les gens. Palestiniens, Israéliens et internationaux de toutes origines travaillent ensemble pour quelque chose de plus grand qu’eux. Nous nous rappelons alors les documents aperçus dans la grotte de la paix : chaque visiteur peut sponsoriser ou parrainer un arbre, il suffit de verser 10 dollars…

Sandra nous indique l’endroit où, le soir venu, les bénévoles s’asseyent ensemble autour du feu de camp et chantent des chants de tous les coins du monde. On imagine bien l’atmosphère de ces veillées sous le ciel étoilé, et tous ces jeunes qui se partagent des notes d’espoir...

Nous apercevons un ensemble de bâches tendues affublées d’un incroyable bric-a-brac. Nous entrons dans l’une d’elles : pas grand chose à l’intérieur, à part des lits de camp, spartiates. Daher nous fait un large sourire :

Tentes de récup’
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« Vous savez, quand on marche dans les rues, on trouve des tas de déchets. Moi, je les ramasse, je les rapporte ici et les bénévoles m’aident à en faire quelque chose. C’est bien : faire quelque chose à partir de déchets... Et voilà, c’est devenu deux tentes. Dans chacune d’elles, une vingtaine de personnes peuvent loger ». Sandra commente : « Ce sont en fait les tentes pour lesquelles Daher et sa famille se battent depuis plusieurs années. Les Israéliens les ont déclarées "illégales" ». Daher confirme : « Ils m’ont déjà envoyé plusieurs ordres de démolition, alors que ce ne sont même pas des constructions. et donc, je suis en procès pour ces tentes. »

Il fait étouffant dans la tente, mais que l’ambiance doit y être joyeuse lorsqu’elle est pleine de bénévoles ! Il n’y a pas grand monde pour le moment, mais d’ici deux mois les gens vont arriver de toutes parts. Jeppe et Esben, nos deux amis danois, ont l’air d’avoir trouvé ce qu’ils cherchaient : c’est décidé, le temps d’aller chercher leurs affaires à Al-Arroub, ils reviendront ici pour travailler sur les terres de Daher ! Nous les applaudissons : quelle bonne idée ! Ah, si nous ne devions pas rentrer en Belgique dans quatre jours...!

Mais un bruit nous intrigue, celui de grosses machines qui se sont ébranlées au loin et qui troublent la quiétude de cet endroit.

Derrière une rangée d’arbres, nous apercevons une colline apparemment fraîchement arasée et des bulldozers qui s’activent auprès d’un ensemble de constructions qui semble tout droit sorti de Legoland, aseptisées et ultra-modernes. S’agirait-il d’une des cinq colonies qui entourent la propriété des Nassar ? Daher nous fournit quelques explications.

Les colonies
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« Là-bas, vous avez les colonies de Bazar, puis Roch Tzurin, Derech Ha’avot and Neve Daniel. il y en a encore une autre de l’autre côté. Cinq colonies en tout. Là, vous voyez que les Israéliens ont déjà installé les pylônes pour l’électricité. Du coup, plus personne ne peut travailler ces terres, puisqu’ils ont tout pris… Dans la colonie de Neve Daniel, ils ont commencé à construire de nouvelles maisons... Cela fait cent ans que ma famille est ici, sur les terres de mon grand-père et on nous empêche de constuire ne fût-ce qu’une seule et unique maison. Les colons, eux, ils décident de s’installer là et en un mois, on leur construit des dizaines de maison... »

Nous observons avec attention les mouvements des énormes engins mécaniques. A les voir s’agiter, on comprend mieux pourquoi les colonies poussent comme des champignons en Palestine occupée... Très efficace !

Le bruit des bulldozers
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Daher a-t-il déjà rencontré des habitants de cette colonie, Neve Danyel, ou d’une autre colonie ? Sont-ils tous violents et agressifs, comme dans d’autres endroits en Cisjordanie (Hébron, Naplouse, ...) ? Il nous explique qu’un visiteur israélien lui a un jour demandé si l’une de ses amies, résidant à Neve Daniel, pouvait venir lui rendre visite. Il a alors accueilli cette dame, qui n’avait absolument aucune idée du dénuement dans lequel vivait la famille Nassar.

Daher et son envahissant voisinage
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« Et donc cette dame est venue. Et je lui ai dit que je n’avais pas l’électricité. Oh !, m’a-t-elle répondu, nous avons tous la lumière dans la colonie. Un peu plus tard, je lui ai dit que je n’avais pas d’eau. Oh !, -t-elle fait, moi, j’ai une piscine. Je lui ai dit alors : vous voyez, entre ici et là-bas, nous avons deux vies différentes. Ensuite, j’ai invité son mari à venir me rendre visite… C’est bien que les gens entrent en contact. Moi, j’aime les gens, parce que Dieu aime tout le monde. Je n’aime pas que les gens cherchent les problèmes. Je voulais l’inviter pour parler de paix avec lui... Il y a aussi des gens appartenant à une organisation israélienne qui sont venus ici assez souvent… Une famille de colons vient régulièrement me voir. nous sommes voisins. Et moi, je tiens à parler avec mes voisins. »

Nous n’en revenons pas. Tant de générosité, d’ouverture et d’hospitalité, alors qu’en Europe on nous bassine avec ce cliché éculé "les Palestiniens veulent jeter les Juifs à la mer"...! Ignoble propagande, qui a tellement véhiculé ce mensonge depuis 40 ans que les gens ont fini par le prendre pour une vérité.

A côté des colonies qui défigurent durablement le paysage, les maigres constructions édifiées par la famille Nassar paraissent dérisoires. Derrière une clôture, quelques poules et une jeune chèvre. Un restant de vieille caravane (ou camionnette ?) sert de poulailler. Mais, nous dit Daher, il est considéré comme illégal par les autorités israéliennes, car “extension permanente de bâtiments existants”. Il serait temps que le ridicule commence à tuer, non ? Nous suivons Daher autour du poulailler : « Ce grillage est interdit, et ce grillage aussi. Je mets les animaux à l’intérieur parce que ces grillages sont interdits. »

Permis de vivre ?
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Anne-Claire résume avec une certaine amertume : il est évident que quoi que vous fassiez, ce sera interdit… Daher poursuit : « Oui, il faut un permis pour tout, même pour déambuler sur la colline !.. Moi, je voudrais pouvoir ouvrir un espace ici où tout le monde pourrait venir. Si des Israéliens viennent, ils seront les bienvenus, toute personne qui vient est la bienvenue ici, parce que je veux faire en sorte que la paix existe pour tout le monde. La paix est nécessaire. Le problème, c’est le gouvernement. Les gens viennent ici et ça se passe bien. Mais le gouvernement a fait fermer la route. Cela fait dix ans que je demande que la route soit rouverte, pour pouvoir acheminer du matériel. »

Oui, à notre arrivée, nous avons vu les blocs de pierre et les gravats qui barrent la petite route. Anne-Claire fait la grimace : ils ne vous aiment pas parce que vous résistez. Daher conclue : « Ils ne nous donnent pas de permis parce qu’ils ne supportent pas que des Palestiniens vivent ici. Mais je suis né ici, j’y ai vécu toute ma vie, ainsi que ma famille, depuis 1916. Je veux rester ici. Et mes enfants resteront après moi... »

Construire une maison et planter des arbres... Voilà une autre forme de "belle résistance", qui complète admirablement la résistance par la culture découverte par le groupe Taayoush en 2009. Daher, lui, préfère le terme de "résistance par l’amour" :

Planter, c’est résister
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« Je veux faire le bien... Il y a quelques temps, des colons ont coupés 270 arbres. J’en ai replanté 100 peu après. Ils en coupe un, j’en replanterai 10. Ana makabil bil mahabi : je fais de la résistance par l’amour. Je suis différent. Si quelqu’un me cause des ennuis, je lui dirai que j’ai malgré tout de l’amour pour lui, car Dieu nous aime tous. » Waouw...! C’est une sacré leçon de vie...

Construire des ponts pour bâtir la paix
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Voilà, nous arrivons tout doucement au terme de notre découverte des lieux. Ici, c’est le "théâtre", un espace que des bénévoles ont agencé "à l’antique" : petit amphithéâtre avec des marches en guise de fauteuils et une petite scène en demi-lune sur fond de collines palestiniennes. « Beaucoup de gens de pays différents viennent ici pour parler de paix. Il y a quelques temps, nous avons eu dix professeurs venant d’Angleterre et ils ont animé une activité théâtrale ici. On a joué Roméo et Juliette dans ce théâtre », nous dit Daher. Les mots ont dû avoir une résonance particulière en ces lieux…

A quelques mètres, une inscription sur une large pierre circulaire résume bien l’idée du projet de la famille Nasser : "Tent of Nations - People building bridges". « Des gens se rassemblent ici et parlent ensemble de sujets tels que la violence et la non-violence », nous dit Daher avant de nous redonner en quelques mots la philosophie qui sous-tend chacune des activités organisées à la Tente des Nations : aider les jeunes à apporter une contribution positive à leur avenir et à leur culture en incluant les valeurs de compréhension et de tolérance dans ce qu’ils vivent et leur apprendre ce que signifie vraiment de faire partie d’un pays. Tent of Nations veut pouvoir parler des conflits culturels qui secouent la planète, en particulier le conflit israélo-palestinien et faciliter les rencontres constructives entre jeunes gens de différentes cultures... Paix et Amour, voilà qui parle à nos jeunes âmes naîves et idéalistes !

Daher nous ramène maintenant de l’autre côté de son terrain, mais avant de nous laisser redescendre la colline et le quitter, il nous montre un village dans la vallée, juste au-dessous d’une des 5 colonies israéliennes qui entourent la terre des Nassars : c’est le village palestinien de Nahalin. C’est là que se trouve actuellement la famille de Daher, sa femme et ses enfants. En effet, il y a eu des attaques de colons récemment et il veut savoir tout le monde à l’abri.

Nous contemplons le village du haut de la colline de Daher. Il n’a rien à voir avec les colonies qui l’entourent : il est enroulé sur lui-même, niché au creux du paysage, en harmonie avec lui, en un mot : à sa place. Mais il nous paraît bien à l’étroit et sur le point d’être avalé par la colonie et ses toits rouges qui le surplombent (pour rappel : les colonies israéliennes sont TOUJOURS construites au sommet des collines). “On se croirait à la mer du Nord”, commente Natalia face aux grands immeubles de béton. Bof...

A cause des difficultés rencontrées et des restrictions qu’Israël impose aux Palestiniens lors de chacun de leurs déplacements, les femmes du village sont coincées sur place et ne peuvent quitter les lieux ni pour aller étudier ni pour aller travailler – la société traditionnelle leur en fournit de toute façon très peu l’occasion, quel que soit leur âge. Mais Daher explique comment "Tent of Nations" leur ouvre un peu les portes :

« Il y a un projet appelé le Centre d’Education Bent Al-Reef pour Femmes, qui vise à permettre aux femmes de reprendre leur vie en main et d’avoir accès à la technologie. Depuis quelques années, nous avons pu leur offrir la possibilité de suivre des cours d’informatique, d’anglais et d’artisanat (broderie traditionnelle). Nous sommes en effet persuadés qu’il est important que les femmes palestiniennes jouent un rôle dans la mise en forme de la société civile de demain. Et puis, c’est bien que ces femmes se rencontrent, s’encouragent et s’épaulent l’une l’autre. »

L’espoir de Daher
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Notre visite se termine, mais Daher n’est pas au bout de sa journée. Des messieurs très comme il faut, en costume, cravate et attaché-case l’attendent. Nous les saluons, remercions Daher et lui faisons la promesse de parler de son projet autour de nous. Nous prenons avec joie les quelques dépliants qu’il nous tend. Il sourit, comme seuls les Palestiniens savent le faire, avec les yeux, la bouche, le visage, le corps tout entier. Ces derniers mots sont : « J’espère que les choses vont changer. Oui, j’ai en moi l’espoir qu’elles changeront un jour. »

Nous reprenons la route caillouteuse. Nous regardons le paysage un peu autrement qu’à l’aller… Quel carnage autour de nous ! Cette terre est déjà presque aride "de naissance"… Nous ne comprenons pas : si les colons juifs aiment cette terre au point de vouloir y habiter, ne devraient-ils pas en prendre soin ? Planter des arbres plutôt qu’en arracher ? Couvrir le sol de verdure plutôt que de le retourner et le dénuder ? Nous avons l’impression d’un désastre écologique, en plus du désastre humain. Est-ce que cela ne va pas se retourner contre tout le monde en fin de compte ?...

Nous en sommes là dans nos réflexions quand, soudain, un klaxon de voiture nous fait sursauter. Une 4X4 nous pousse littéralement hors de la route et nous dépasse en trombe. A l’intérieur, deux hommes, dont l’un nous fait un splendide bras d’honneur… Des colons visiblement : plaque israélienne et certitude d’être dans leur droit… Bon… Nous retrouvons nos taxis de l’autre côté des monticules de terres et de gravats qui coupent la route. Mais d’où ce 4X4 venait-il, alors ? Où allait-il ? Vers les colonies sans aucun doute puisque la ferme de Daher est isolée de tout.

Derniers moments à Al-Arroub

Nous voilà de retour chez nous... pour la dernière fois. Ce soir, soirée d’adieu. Elle sera festive ! Mais la préparation attendra un peu, car nous sommes en retard à notre ultime rendez-vous au centre EJE, où Samaher a rassemblé les enfants pour quelques jeux. Nous laissons Anne-Claire, Tanguy et Margot faire les courses pour le soir et regagnons le centre sans traîner.

L’accueil est bien chaleureux : à notre grande surprise, les enfants ont répété une danse en notre honneur ! Cette fois, nous restons bien assis et nous contentons d’admirer l’exécution de la joyeuse dabkeh.

Dabkeh
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Après ce touchant spectacle, nous montons à l’étage pour continuer à jouer avec les enfants rencontrés l’autre jour.

L’avis est unanime : ces enfants sont un peu bruyants mais trop mignons ! Ce sera dur de les quitter, eux aussi.

Ambiance ludique
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Retour "à la maison". Tout le monde (ou presque) s’active à présent. Il faut mettre la table, décorer le salon, préparer à manger, et penser aussi à faire les sacs car demain matin nous n’aurons que peu de temps pour tout ranger ! Le souper est pris en quatrième vitesse car "nos" jeunes sont déjà là, avides de partager avec nous cette dernière soirée ensemble !

Dans la cuisine, Margot fait des crêpes avec Caroline, pendant que Bassam explique à Marie-Gaëlle comment faire le VRAI café. Abed nous prépare sa fameuse gelée rouge ou jaune hyper sucrée et Majd, lui, fait sauter du pop-corn. Il a l’air sombre et finit par cracher le morceau. Il a un énorme poids sur le coeur. La famille de son amoureuse ne veut pas de lui : trop pauvre... Abed n’est pas dans son assiette non plus. Est-ce que nous arriverons à faire comprendre leurs difficultés à nos amis en Belgique ? Parmi ceux-ci, personne n’a été chassé de chez lui pendant 1 an à l’âge de 16 ans, ni n’a dû s’occuper d’un poulailler durant la nuit avant d’aller à l’école, les vêtements couverts de plumes et être la risée de ses camarades de classe, ce qu’a dû endurer Abed.

Caroline, Marie-Gaëlle et Margot font alors tout leur possible pour remonter le moral à leurs amis... Cela se termine en "câlins collectifs" et séances photos ; bref, les larmes ne sont pas pour cette nuit ! Heureusement !

Vu que nous les quittons bientôt pour retrouver notre petit confort, tandis qu’eux retourneront à leur routine quotidienne, la moindre des choses que nous puissions faire, c’est de ne pas déclencher de crises de larmes. Elles seraient bien plus difficiles à ravaler pour eux.

Dans les fauteuils du salon, Tanguy discute avec Hashem ; Wassim les écoute puis prend part à la conversation. Anne-Claire s’est embarquée dans un troc de pull et T-shirt avec Tareq. Mahmoud et le petit Paul jouent sur la console de jeux que Hassan a apportée. Nos trois artistes musiciens, Jeppe, Esben et le beau Nour nous grattent quelques accords. Natalia sympathise avec Baha et Mohammed.

Et puis, Laurie prend la parole. Avec l’aide de l’équipe, elle a pondu un petit texte dans lequel elle dit (en français, il faut qu’Anne-Claire traduise au fur et à mesure) un mot pour chacun des jeunes Palestiniens avec qui nous avons partagé tant de bons moments.

Tout le monde a alors droit à son petit cadeau : chocolat pour les Arroubiens, œuvres d’art (dessins d’Abed), anciennes pièces de monnaie (de Mahmoud) et accessoires traditionnels (kéffiehs et foulard de diverses couleurs), bijoux pour les petits Belges. On se déguise, on hurle de rire en écoutant Majd nous faire une imitation de Khadaffi (port de tête et regard, jeu avec son foulard, et le fameux "zenga-zenga" d’un de ses discours).

On chante tous ensemble Imagine de John Lennon tandis que Sarah et Sabrina, la jeune et super jolie femme de Bassam, essaient de convaincre leurs petits bouts respectifs que les crêpes belges sont délicieuses. Sébastien prend des photos...

Tout le monde sourit et rit, mais ne vous y trompez pas : les larmes ne sont pas loin. Demain, nous reprendrons la route pour Bethléem, Jérusalem, puis ce sera Tel Aviv, et la Belgique. Hé oui, nous, on peut s’en aller d’ici, on peut voyager, on peut revenir. Alors que nos amis, eux...

Quand vient l’heure des véritables adieux, nous, le sexe supérieur, décidons que les Palestiniens devront recevoir et nous donner des câlins - non mais sans blague ! Aucun d’eux ne refuse. Première ronde, deuxième ronde. On repasse, on veut se toucher une dernière fois. On se sourit ; ils nous disent qu’on a maintenant le statut de Palestinien, parce qu’on sourit corps et âme et plus seulement les dents.

Anne-Claire, qui en a discuté auparavant avec lui, fait promettre à Abed de travailler à ce que les filles du camp puissent peu à peu faire davantage de choses, participer pleinement aux prochaines rencontres avec des internationaux. Ce sont des jeunes gens comme lui (Hashem sur ce coup-là est encore terriblement macho, tant pis !) qui peuvent faire doucement changer les choses. Il promet d’essayer.

Les adieux se sont prolongés mais ça y est, maintenant ils sont partis. Immense vide. Les reverrons-nous ?

Voir les photos de la visite de la "Tente des Nations"

Voir les photos du groupe belgo-palestinien à Al-Arroub

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[1Ces colonies font partie du grand bloc de colonies de Goush Etzion, au sud de Jérusalem et à l’ouest de Bethléem. Voir la carte.

[2Les constructions visées se résument à deux toits, trois tentes, les abris pour les animaux, la citerne d’eau , et un petit cagibi servant de toilettes.

[3Pour plus d’infos sur le projet "Tent of Nations", outre le site même du projet, voir entre autres la présentation du projet par Daoud Nassar (le frère de Daher), le petit reportage de Peace Network, le petit film réalisé par l’Alternative Information Center, et l’intervention de Daoud Nassar à la conférence "We refuse to be enemies" aux USA en novembre 2009.