Difficile, délicat, impossible ?

mardi 27 septembre 2011
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Est-il vraiment difficile, délicat et/ou impossible de parler du conflit israélo-palestinien dans les écoles ?

- Difficile d’en parler ? Oui, dans une certaine mesure, car il importe de commencer par bien s’informer soi-même sur l’histoire et la géographie du conflit, d’éviter les écueils racistes de tous bords et d’avoir conscience des véritables enjeux qui se cachent derrière ce que les médias et les manuels scolaires présentent encore trop souvent comme un conflit religieux ou ethnique. Non, car une fois qu’on a une idée claire de "qui fait quoi, actuellement, sur place ?", ou - mieux encore - lorsqu’on a pu se rendre en Israël et en Palestine occupée, la situation devient extrêmement claire. Bien éloignés des discours de propagande qui se basent sur des mythes et non sur des faits, de nombreux outils pédagogiques sont accessibles, fiables et efficaces : sites web, dossiers, émissions "dessous des cartes", etc.

- Délicat d’en parler ? Oui, dans une certaine mesure, car ce conflit déchaîne des passions et parce qu’en parlant de l’occupation israélienne en Palestine on s’expose toujours à la réprobation des enseignant·e·s qui refusent de se mouiller, sous prétexte qu’ils/elles "visent à expliquer, avec objectivité et impartialité, ce qui s’est passé", sans "couleur idéologique à annoncer", ni "cause à défendre", ce qui semble les autoriser à faire fi du droit international et de l’indispensable justice. Non, car s’engager à parler aux jeunes et avec eux/elles de vérité et de justice, en prenant ses responsabilités, ce n’est jamais délicat mais salutaire et honorable.

- Impossible d’en parler ? Non, mille fois non. La preuve : comme beaucoup d’autres, nous l’avons fait ! ;-)

Reste qu’il est nécessaire et important d’en parler à l’école, car celle-ci est un lieu d’éducation et qu’il est de notre responsabilité d’enseignant·e de ne pas taire les choses, d’essayer de contrebalancer la désinformation et l’intoxication ambiante, d’aider les jeunes à porter un regard critique sur l’information et à vérifier ses sources. Important aussi parce que l’éthique ne court pas forcément les écoles, que le public adolescent est fragile, influençable, et peut être pris en otage par un professeur sympa mais manipulateur. Il s’agit de donner aux apprenants (et de construire avec eux !) des outils pour interroger, mettre en doute, critiquer, argumenter. Sur ce sujet-là comme sur les autres.