Spectacle multi-média Masarat : "Al-Kamandjati"

12 décembre 2008
mardi 29 décembre 2009
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Note surles photos [1]

Al Kamandjati est un spectacle multimédia magnifique et terriblement émouvant, basé sur la vie du violoniste palestinien Ramzi Aburedwan, le gamin issu d’un camp de réfugiés près de Ramallah qui raconte sa chance d’avoir rencontré la musique, et comment il en est venu à lancer l’association Al-kamandjati (le violoniste), destinée à apprendre la musique aux enfants palestiniens des territoires occupés.

« 1987 : j’ai 9 ans et demi. Aux premier jours de l’Intifada, il y avait une manifestation. Je rentrais de l’école primaire avec une petite fille que j’aimais beaucoup. Un tireur israélien, posté sur le toit d’une maison, l’a prise pour cible. Je n’ai pas compris tout de suite qu’elle était morte, mais quand j’ai compris, je me suis mis à lancer des pierres de colère sur les soldats, et je n’ai pas cessé de le faire durant toute mon adolescence... La pierre, c’était ma façon de m’exprimer, de dire non. Si j’avais eu un autre moyen de m’exprimer, je l’aurais fait. » [2]

Si personne n’avait tendu un violon à Ramzi lorsqu’il n’était encore qu’un de ces jeunes jeteurs de pierres, il se pourrait qu’aujourd’hui il croupisse dans une prison israélienne. A moins qu’il ait été tué, une des milliers de jeunes victimes palestiniennes de ce conflit apparemment toujours sans solution.

Mais lorsqu’il a 17 ans, Mohammed Fadel, un professeur de musique, l’entend jouer et est tout simplement émerveillé par sa capacité naturelle à jouer de la musique classique : « Il n’avait jamais joué avant Il ne connaissait pas le violon, seulement la violence." Impressionné, les professeurs lui obtiennent des stages au USA puis en 1998, une bourse pour aller étudier en France, au Conservatoire National de Région d’Angers.

Ses études terminées, plutôt que de s’installer en Europe, Ramzi décide de retourner chez lui, en Cisjordanie et de monter sa propre école de musique. Quatre ans plus tard, avec le soutien financier du Consulat général des USA et de différentes organbisations européennes, il fonde l’association Al Kamandjati (le violoniste). Son objectif est de mettre sur pied des écoles de musique pour les enfants les plus démunis de Palestine, en premier lieu ceux des camps de réfugiés (la scolarité des élèves serait évidemment gratuite.) «  La musique , dit-il, donne une structure du temps et une structure corporelle : il y a toute une discipline importante pour ces enfants vivant dans un monde chaotique. Je veux leur rendre la dignité, l’identité, l’envie de vivre qu’on tente de leur enlever. »

En cinq petites années, Al-Kamandjati a évolué du petit groupe d’internationaux jouant du Bach aux Palestiniens coincés dans les checkpoints jusqu’à devenir aujourd’hui une organisation respectée qui enseigne la musique classique à quelques 400 étudiants venant des camps de réfugiés de Beirut à Ramallah. Depuis 2003, chaque été, Ramzi invite des musiciens de divers horizons dans les territoires palestiniens. Ils sont plus de trente à sêtre succédés pour donner des concerts et animer des ateliers pour les plus jeunes.

Même si, actuellement, rien ne permet de croire qu’un Etat palestinien voit un jour le jour, le calme relatif qui règne depuis quelques temps en Cisjordanie a permis que s’y développe une vie artistique, à laquelle Ramzi , ce timide jeune homme de 29 ans a fortement contribué. Al Kamandjâti travaille dans les camps de réfugiés de Cisjordanie, de Gaza et du sud Liban et a développé de nombreux partenariats avec les structures culturelles préexistantes. A côté d’Al-Kamandjati, il y a des ateliers de hip-hop, le Freedom Theatre de Jénine, une école de cirque, un festival de films... Le credo de Ramzi ? : "Celui qui travaille à l’avancée de la culture, travaille contre la guerre." Il pense aussi que "la culture est le visage de la société" et que "pour construire un Etat, il faut une culture forte."

C’est Amira Hass, journaliste israélienne pour le quotidien Haaretz, qui est à l’origine du projet. Elle vit à Ramallah depuis 12 ans et avait écrit un article sur Ramzi Aburedwan et ses écoles de musique, et puis en a fait un spectacle émouvant qui mélange textes (en anglais, hébreux (écrits par Amira Hass) et arabe), image (interview du grand-père de Ramzi, images oppressantes réalisées aux checkpoints (filmées par le documentariste israélo-néerlandais, Benny Brunner), cartes géographiques plus parlantes que tous les discours, images pleines d’espoir d’enfants qui se donnent corps et âme à la musique), chants (mélodies et voix palestiniennes) et musiques (orientales et occidentales) composées par Franghiz Ali Zadeh d’Azerbaïdjan tandis que l’Ensemble Da’louna chante des mélodies palestiniennes..

« C’est l’histoire de ce qu’aurait été la vie de Ramzi si le monde dans lequel il vit avait été différent. Mais à travers sa vie et celle de son grand-père, je voulais parler de la Nakbah (= la catastrophe) vécue par tout un peuple qui a été chassé de sa terre et vit en perpétuel exil, tentant, malgré tout, d’exister », explique la journaliste israélienne.

NB - un long métrage réalisé en 2006 raconte la vie et le travail de Ramzi Aburedwan : "It’s not a gun ", de Hélèna Cotinier, Pierre-Nicolas Durand

Si du matériel musical en tous genres : instruments, partitions, pupitres, métronomes… s’ennuie dans vos greniers ou placards, nous nous engageons à le faire revivre dans les mains de ces enfants.

Contacter Al Kamandjati


[1Toutes les photos ont été empruntées sur le net. Merci à leurs auteurs de n’y voir aucune malice !

[2Depuis, la photo de presse a fait le tour du monde.